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La pandémie actuelle nous pousse à remettre en question la mondialisation, l’Union européenne et de manière générale l’organisation de nos sociétés. Ce confinement forcé est l’occasion de prendre du recul et repenser le rôle des frontières, les échanges de marchandises, les transports ou la sécurité.
La pandémie de covid-19 révèle combien le monde dans lequel nous vivions depuis l’accélération de la mondialisation résultait de mauvais choix. Le chemin voulu par une petite minorité de mondialistes, doctrinaires et progressistes, n’est bien sûr pas à l’origine de ce virus, même si à l’heure où nous écrivons ces lignes nous n’en savons en réalité rien. Il a cependant aidé à la circulation de l’épidémie : qui peut nier que les frontières ouvertes ont favorisé la diffusion du virus et de la contamination ? Il sera impossible de ne pas repenser nos sociétés. Mais dans quel sens ? Peut-on faire confiance aux mondialistes pour abandonner leurs dogmes? Dans tous les cas, il est difficile pour le moment d’imaginer ce que sera le jour d’après ce coronavirus, sauf à suivre quelques pistes.
Comme pour ébola, ce sont des virus d’espèces animales qui passent dans l’espèce humaine. Résultats ? Soit le virus s’adapte mal à l’homme et la transmission interhumaine ne se fait pas. Soit le virus s’adapte bien et l’homme devient un réservoir intermédiaire.
Des épidémies et des pandémies de plus en plus fréquentes ?
D’après Philippe Sansoneti, médecin et micro-biologiste, professeur au Collège de France et à l’Institut Pasteur, lors de sa conférence donnée au Collège de France le 16 mars, le « covid19 est un fléau ». C’est le troisième coronavirus se diffusant dans le monde depuis moins de 20 ans, après le SRS en 2003 et le MERS en 2012. Il insiste : « À chacun de ces épisodes, on s’est inquiété, puis rassuré, et pas grand-chose n’est arrivé ensuite pour prévoir et anticiper, en termes de thérapeutique et de vaccin ». Philippe Sansoneti indique que l’extension des foyers actifs de la pandémie a suivi « une sorte de ceinture qui correspond aux latitudes de nos régions européennes (et des régions correspondantes de l’hémisphère sud, par exemple en Australie) », autrement dit les espaces dominants de la mondialisation. Le « taux d’attaque », nombre d’individus nouvellement infecté, est selon lui bien supérieur à la grippe saisonnière et les formes graves d’un coronavirus concernent de 10 à 15 % des cas. De même, les mesures drastiques prises ont été nécessaires, même si « le taux de mortalité est relativement faible. Quand on fera le bilan complet de cette pandémie, on s’apercevra fort probablement qu’il était de 1 à 2 %. » D’où vient ce virus ? D’une origine proche : « les chauve-souris sont le réservoir du coronavirus ». Il s’agit d’un cas d’école d’émergence infectieuse liée à un « saut d’espèce » ou « zoonose ». Comme pour ébola, ce sont des virus d’espèces animales qui passent dans l’espèce humaine. Résultats ? Soit le virus s’adapte mal à l’homme et la transmission interhumaine ne se fait pas. Soit le virus s’adapte bien et l’homme devient un réservoir intermédiaire. Philippe Sansoneti pense que « ce sont des maladies d’anthropocène: pour l’essentiel voire exclusivement elles sont liées à la prise en main de la planète et à l’empreinte que l’homme y laisse ». La question de savoir quel sera le monde d’après et surtout quelle « prise en main » du monde nous envisagerons va donc vite devenir essentielle.
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La mondialisation que nous connaissons est-elle morte ?
La pandémie ne pourra pas ne pas avoir un impact sur la libre circulation des personnes et des biens. Après février, décideurs et investisseurs économiques ont enfin compris que la crise sanitaire provoquait un choc mondial, et que ce n’était que le début. Ce qui apparaît au grand jour, ce sont les incohérences de l’intégration mondiale. Par exemple, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont en question: la France ne pouvait pas, autour du 20 mars, produire suffisamment de tests car une partie des éléments nécessaires dépendait de fabricants chinois et américains. Mais cela va plus loin: la question des frontières se pose, à l’échelle du monde comme à celle de l’Union Européenne. Il y avait des échanges entre pays européens avant l’ouverture complète des marchés. Une frontière n’a jamais été un empêcheur d’échanger en rond, bien au contraire. La frontière est justement une possibilité de fermeture, comme lors de cette pandémie, et une possibilité d’ouverture, aux personnes comme aux marchandises. La vraie question est celle du contrôle et des dogmes idéologiques de la société ouverte mise en place par « les élites mondiales », celles auxquelles la mondialisation profitait au détriment de la majorité des humains. La mondialisation dogmatique et sectaire nous a imposé l’abandon de la souveraineté dans nombre de domaines: les frontières, la sécurité sanitaire, militaire, policière, monétaire… Autrement dit, ce sont des dogmes qui ont mis à ce point les populations en danger et qui expliquent le manque de moyens criant durant la crise, quand les soignants français n’avaient pas les armes pour combattre. Le Président de la République et son gouvernement ne sont pas seuls responsables de tous les manques en France. Leurs prédécesseurs avaient déjà préparé le terrain. Ils sont pourtant responsables eux aussi pour deux raisons: ne pas avoir rétabli les moyens nécessaires; avoir accentué la crise de l’hôpital par dogmatisme mondialiste. Toute une vision du monde s’est écroulée à l’occasion d’un virus, d’un seul virus. C’est donc une idéologie qui devrait être mise en cause, et même en accusation. Il est peu imaginable cependant que ses tenants soient à même de le faire. Alors quoi ?
Une autre serait de raccourcir les chaînes d’approvisionnement, les entreprises américaines déplaçant la production vers le Mexique, les européennes vers l’Europe de l’Est ou la Turquie. Développer les robots et l’impression 3D dans les économies avancées, en produisant localement, est dans l’air du temps.
Quelles conséquences possibles ?
Elles sont difficiles à évaluer. Il se peut que la Chine cesse d’être l’atelier du monde, non parce que ce pays serait jugé responsable des évènements mais parce que le mouvement était déjà en cours, l’avantage économique de la Chine s’étant réduit, le pays étant devenu plus riche et les salaires ayant fortement grimpé. Nombre d’entreprises pourraient réorganiser autrement leurs chaînes d’approvisionnement. Une option déjà évoquée consisterait à déplacer et à diversifier les opérations dans d’autres économies asiatiques, comme le Vietnam ou l’Indonésie. Une autre serait de raccourcir les chaînes d’approvisionnement, les entreprises américaines déplaçant la production vers le Mexique, les européennes vers l’Europe de l’Est ou la Turquie. Développer les robots et l’impression 3D dans les économies avancées, en produisant localement, est dans l’air du temps. Autre conséquence possible : la réduction des déplacements professionnels et des réunions, à Singapour ou ailleurs, de personnels venus du monde entier pour 48 heures. Pourquoi tant de voyages d’affaires dans un monde où la majeure partie des réunions peuvent se dérouler en visioconférence ? Voilà qui ferait gagner du temps mais aussi de la vie familiale aux salariés concernés. Sans compter les avantages écologiques.
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Des possibilités qui conserveraient le cadre de la mondialisation, n’est-ce pas ce qui malheureusement nous pend au nez ? Et c’est bien dommage.
Les religieux de la mondialisation devraient remettre leurs dogmes en cause, ouverture des marchés, privatisation de tous les aspects liés à la souveraineté ou aux échanges illimités. L’heure serait venue de repenser toutes les limites. Les « leaders » du monde en sont-ils capables ? Ce n’est pas évident.
L’Union Européenne et son prétendu marché unique sont ainsi un excellent marqueur de l’impossibilité de revenir à la mondialisation telle qu’elle était. Pourquoi ? La nécessité des frontières est réapparue très vite, ne serait-ce que par l’interdiction faite par l’Allemagne et la France d’exporter des masques ou par l’absence de réaction collective de ses 26 partenaires vis-à-vis d’une Italie en plein cauchemar. L’Union Européenne a montré sa réalité : du carton-pâte. Par contre, la Chine est venue au secours de l’Italie. La pandémie mondiale pourrait augurer d’un monde moins intégré, moins mondialisé. Les religieux de la mondialisation devraient remettre leurs dogmes en cause, ouverture des marchés, privatisation de tous les aspects liés à la souveraineté ou aux échanges illimités. L’heure serait venue de repenser toutes les limites. Les « leaders » du monde en sont-ils capables ? Ce n’est pas évident.
Matthieu Baumier
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