Skip to content

Le confiné de l’Elysée se rebiffe

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
© Louis Lecomte pour L'Incorrect

L’allocution d’Emmanuel Macron avait été savamment « teasée » à la manière des feuilletons américains. L’objectif n’était pas de réunir un maximum de Français devant leurs écrans – et pour cause, tous confinés, nous n’avons que ça à faire -, mais bien de susciter chez eux une attente. Le Président est-il sorti de cette ambiguïté qui le dessert depuis le début de la crise pour revêtir le costume « churchillien » que son équipe de communication promettait ?

Bon acteur, il n’est pas assez impératif pour inspirer vraiment confiance. Dissection de l’exercice.

 

Emmanuel Macron ne change plus. Il est désormais toujours le même. D’un abord empathique, il semble toujours au bord des larmes pour nous annoncer le pire. Le discours du 13 avril fut d’ailleurs un modèle du genre, typique de son style. Si l’imprécision sur les questions techniques a été manifeste, le concert des violons s’est fait longuement entendre pour décrire « le monde d’après » que le monarque aux pouvoirs thaumaturgiques aimerait voir se dessiner après la crise. Le père Macron emprunte souvent au registre ecclésial pour asséner ses longs et ennuyeux sermons. La date du lundi de Pâques s’y prêtait probablement ; mais nombreux seront restés sur leur faim, qu’ils soient en première ligne, en seconde ou en troisième. Une seule annonce concrète a été faite : le 11 mai sera le point de départ du début d’un déconfinement qui, on s’en doute, sera très progressif. Enfin, si « Le Virus » le permet, puisque, de l’aveu même de l’exécutif, nous ne savons pas encore tout. Du déconfinement à la déconfiture, il n’y aura qu’un pas.

 

Lire aussi : Marco Gervasoni : « La démocratie telle qu’elle est née en 1945 est morte »

 

Après avoir fait œuvre de contrition, reconnaissant que la France n’avait pas été bien préparée à la pandémie d’un lapidaire « Avons-nous bien anticipé ? À l’évidence pas assez », Emmanuel Macron s’est cherché des excuses. Il a d’abord affirmé que le covid-19 était un virus « mystérieux » qui avait troublé les spécialistes – ajoutant qu’on ne savait toujours pas tout à son sujet -, puis a dans un même élan expliqué que l’Asie souvent citée en exemple était en train de replonger et de décider de nouveaux confinements et ralentissements de son activité économique. Autant de constats justes qui masquent mal l’évidence : ce qui aurait dû être fait il y a deux mois ne l’a pas été. Il fallait fermer les frontières aériennes et interdire les grands rassemblements beaucoup plus tôt. Face à un risque majeur, les mesures prophylactiques les plus draconiennes ne sont jamais de trop. Elles permettent de gagner du temps.

C’était d’ailleurs possible puisque c’est précisément ce qui est fait aujourd’hui. Le président l’a déclaré lui-même : « Jusqu’à nouvel ordre, les frontières avec les pays non européens seront fermées ». On notera, à ce propos, que ce qui apparaissait comme une folie il y a quelques semaines à peine est devenu la réponse naturelle de la nation en danger. Dans le même ordre d’idées, Emmanuel Macron a aussi demandé du temps, usant et abusant des termes « prévention », « résilience » et « planification ». Est-ce au moment où la pire catastrophe des 6 dernières décennies nous frappe qu’il faut planifier ? Non, c’était avant qu’il le fallait. Comme pour l’immigration autrefois. Les mesures de précaution doivent prévenir les drames. Elles sont sans effet une fois qu’ils se sont produits !

 

Long et flou, le discours s’est ensuite noyé dans des détails hors sujet et des mesures étonnantes.

 

Long et flou, le discours s’est ensuite noyé dans des détails hors sujet et des mesures étonnantes. Ainsi, les crèches et écoles rouvriront à la date du 11 mai, probablement pour soulager les parents qui n’ont pas de possibilités de faire garder leurs enfants. En revanche, les établissements du secondaire seront fermés jusqu’à la rentrée de septembre. Rien de logique. Il a aussi évoqué la situation désastreuse des commerces de service – à commencer par les restaurateurs, cafetiers et autres hôteliers -, promettant des annulations de charge et faisant référence aux assurances. Deux projets de loi ont été déposés en ce sens par Louis Aliot et Nicolas Meizonnet du Rassemblement national, dans l’objectif de faire reconnaître les catastrophes sanitaires au même titre que les catastrophes naturelles ou les catastrophes technologiques.

Pourquoi, dans le même segment, évoquer l’annulation de la dette de l’Afrique ? Quel rapport avec la pandémie et ses conséquences en France ? On sentait bien qu’Emmanuel Macron voulait inscrire son discours dans l’histoire, mais il lui manquait du souffle et de la vision pour y parvenir. Surtout, le jeune président est trop confus, trop brouillon et trop émotif pour rassurer en tant que capitaine d’un rafiot en pleine tempête.

 

Lire aussi : Xavier de Maistre, ou l’éloge du confinement

 

Evoquant une « économie de guerre » centrée sur la recherche de traitements et vaccins, la production de masques et de tests, il n’a pourtant pas su donner de chiffres et de perspectives. Traitements et vaccins ne sont pas de son ressort. Il n’est pas un super-héros capable de tout superviser et doit en la matière faire confiance à ceux qui cherchent. Pour l’heure, il n’y a rien de certain. Quant au vaccin, qui signifiera le véritable retour à une vie normale, il ne verra pas le jour avant plusieurs années. Les masques ? Ils ont été commandés mais n’arrivent pas, le monde étant en pénurie. Idem pour les tests, lesquels ne sont toujours pas totalement fiables. Ces armes de guerre conditionnent pourtant la fin du confinement et le retour à une vie qui ne sera pas normale, mais plus proche de celle que nous connaissions avant la pandémie.

On le voit, Emmanuel Macron navigue à vue. Il ne sait pas vraiment où aller, ni quelle ambition dessiner pour la France d’après la pandémie. Elle sera certainement en récession, durement affligée. Prenons-le au mot : il faudra tirer des leçons. Lesquelles sont extrêmement simples : rien ne vaut l’indépendance stratégique, rien ne vaut la nation. Nous n’allons pas payer avec notre épargne et nos biens les erreurs d’hier. Nous travaillerons. Nous lutterons. Nous nous redresserons. Sans eux. Que cette occasion de regagner notre liberté de peuple soit saisie. Le train ne repassera pas deux fois.

 

Par Gabriel Robin

 


 

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest

Share This