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Netflix et l’affaire Elisa Lam

Netflix consacre un documentaire touffu à la mystérieuse affaire Elisa Lam, qui déchaîne les passions depuis 2013. Retour sur un cas d’école en matière de délire collectif.

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© Netflix

Les amateurs de légendes urbaines connaissent le cas Elisa Lam par cœur, mais il a fallu que la plateforme de streaming américaine s’en empare avec les gros sabots qu’on lui connaît pour que cette ténébreuse affaire non élucidée refasse surface, et avec elle tout l’inconscient collectif qui entoure la Californie et sa criminalité.

Généalogie du mal

En janvier 2013 une étudiante canadienne d’origine chinoise, Elisa Lam, décide de s’offrir un voyage en Californie pour couronner son entrée dans l’âge adulte et faire face à ses inhibitions. A 21 ans, la jeune fille est en effet plutôt effacée et sa vie sociale comme amoureuse semblent être au point mort. Dans une page Tumblr elle consigne quotidiennement ses états d’âmes et ses espoirs : ceux d’un esprit plutôt doué, sensible, épris de littérature et de romantisme. Une jeune fille comme beaucoup d’autres à ceci près qu’elle est soumise à une médication assez lourde pour des troubles bipolaires constatés tout au long de son adolescence. Sans le sou mais bien désireuse de s’immerger dans le Lala Land de ses fantasmes – elle opte pour un hôtel en plein downtown, le Stay On Main, qui propose des chambres en colocation pour des prix défiant tout concurrence, le tout à quelques encâblures à peine du centre névralgique de la mégalopole. Elle ne sait pas encore que derrière le Stay On Main ce cache le Cecil Hôtel, un des plus vieux hôtels de L.A, situé en plein skid row, un des quartiers les plus pauvres et les plus violents des Etats-Unis, où s’entassent plus de 2000 sans-abri.

Un esprit plutôt doué, sensible, épris de littérature et de romantisme. Une jeune fille comme beaucoup d’autres à ceci près qu’elle est soumise à une médication assez lourde pour des troubles bipolaires

L’hôtel, qui fut plutôt luxueux lors de son ouverture dans les années 20, héberge désormais tout ce que le quartier compte de marginaux, de drogués et de souteneurs. C’est en espérant capter un nouveau public que la direction du Cecil a décidé d’isoler quatre étages et de les réserver à une clientèle plus chic : étudiants, touristes et petits négociants issus de la classe moyenne. Elisa Lam ne semble pas désappointée pour autant : arrivée dans la cité des Anges, elle applique scrupuleusement son programme. Elle assite à un enregistrement d’émission télévisée à Burbank, elle visite les studios, elle se rend dans une fameuse librairie du quartier où elle chine quelques éditions rares de ses livres préférés, elle déambule dans les rues ensoleillées et se laisse aller à son rêve californien.

Un problème d’eau courante

Dans ses post quotidiens, si elle dit être régulièrement la proie de types bizarres qui viennent l’accoster, mais pour autant elle ne fait pas particulièrement mention de l’atmosphère délétère qui règne à Skid Row. Enfant modèle, elle écrit chaque jour à ses parents pour leur relater son aventure. Pourtant, dans sa colocation, son comportement commence à déranger les autres filles : elle refuse d’ouvrir la porte certains soirs, elle laisse des mots désobligeants sur les oreillers et semble sujette à des espèces de bouffées délirantes. La direction décide alors de la placer au 4ème étage, dans une chambre seule. C’est le dernier étage du Stay On Main : juste au-dessus d’elle, commence le Cecil Hôtel et ses chambres peuplées de murmures. Le 31 janvier devait être la date de son départ : ce jour-là, elle ne donne pas de signe de vie à ses parents, qui tentent de la joindre et s’inquiètent. Devant le silence obstiné de leur fille, ils préviennent les autorités. La police de Los Angeles envoie une poignée d’enquêteurs : aucune trace de la canadienne dans sa chambre.

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Toutes ses affaires sont encore là, comme si elle devait revenir dans la seconde. Mais elle ne revient pas et les jours passent. Les équipes sinophiles détectent bien son odeur près de l’escalier de service, mais la piste s’arrête là. Stupéfaction. L’enquête piétine pendant deux semaines. Au-même moment plusieurs clients de l’hôtel se plaignent à la direction : la pression est très faible dans les robinetteries et l’eau qui s’en écoule est saumâtre, malodorante, presque noire. Selon certains témoignages, « l’eau sent la transpiration ». La direction dépêche un employé afin qu’il vérifie la pression d’eau dans les citernes qui alimentent l’hôtel et qui sont disposées sur le toit du bâtiment. L’employé ouvre la trappe du réservoir principal et y trouve le corps d’Elisa Lam qui flotte, nu et à moitié décomposé. Fondu au noir.

Mystères en série

Rien ne va dans cette affaire : comment la jeune femme a-t-elle pu se hisser toute seule sur le toit ? En effet, pour accéder au toit, seulement deux moyens : un escalier de service qui traverse une corniche, sans aucun garde-fou, et une porte réservée au personnel, reliée à un système d’alarme. Peu probable qu’elle ait emprunté la corniche, suspendue à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du vide. Mais si elle est passée par la porte, pourquoi le système d’alarme ne s’est pas déclenché ? Et si elle a été victime d’un meurtre, comment le ou les meurtriers se sont-ils débrouillés pour transporter son corps sur le réservoir, perché à quatre mètres au-dessus du sol, sans provoquer la moindre contusion sur son corps ? Une vingtaine d’enquêteurs travaillent désormais sur le cas, mais tous se cassent les dents sur les incohérences de sa mort. D’autant que les médecins légistes peinent à établir les causes de son décès.

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