Nous Finirons ensemble : série culte d’une génération de fumiers

© DR

Nanarland

 

Il y a de cela neuf ans Guillaume Canet sortait en salle un « chef d’œuvre », sorte d’Empyrée de la nullité cinématographique et synthèse en forme de surmontement de tout ce que le cinéma français peut produire de mauvais et de caricatural. « Les Petits mouchoirs » racontait l’histoire d’une bande de « potes » en vacances – on utilise les guillemets à dessein tant l’image de l’amitié que nous montre Guillaume Canet nous semble son exact opposé – tandis qu’un des leurs agonisait à l’hôpital. Le pitch annonçait un précis de psychologie, tout en nuance, et une tranche de vie sur pellicule grâce à laquelle chacun allait pouvoir reconnaître quelques uns des ces petits travers qui nous rendent si humain.

 

 

Que celui qui n’est jamais parti en vacances en abandonnant un ami sur son lit de mort jette la première pierre à Guillaume Canet. On l’aura compris, au lieu de Sautet, on se retrouve avec les Frères Farrelly, mais, bien sûr, ça n’est pas fait exprès, et les sales cons censés nous émouvoir, filmée par Canet avec le talent du réalisateur d’un Plus Belle la Vie convaincu d’être le Lawrence Kasdaw des « Copains d’abord », vont pendant près de trois heures nous offrir un festival de veulerie et de méchanceté, le tout saupoudré de sentences grotesques délivrées par un pêcheur ami de cette équipe abjecte, figure du vieux sage qui fait la leçon à tout le monde sans qu’on lui ait rien demandé.

 

 

Passé la surprise, le film s’avère assez jubilatoire et selon la recette du trio des ZAZ pour lesquels il importe de produire un gag toutes les trente secondes, chaque scène nous délivre son lot de nullité : de la symbolique ultra lourde des mises en abymes jusqu’au son qui semble sonner faux, et clou du spectacle, une scène de larmes, tout en morve et en hoquet glaireux, jouée par Cotillard dont, par parenthèse, on a deviné depuis un moment qu’elle était en réalité un sous-marin souverainiste envoyé aux USA pour planter tous les films américains auxquels elle participe.

Vu la réussite, et le niveau de maestria nanardesque de Canet avec ce premier opus, on pouvait craindre que la sursomption ne se reproduise pas et que « Nous finirons ensemble » ne soit pas à la hauteur de son auguste prédécesseur. La subtile alchimie de maladresse, de suffisance, d’acteurs en roue libre – mention spéciale à Cluzet qui déclasse le terme « surjouer » – et de scènes plus fausses encore qu’un raisonnement de Michel Onfray, était-elle, même théoriquement, possible à recommencer ? – Il n’existe pas deux neuvièmes symphonies de Beethoven, ni deux Sgt Pepper’s…

 

Médiocrité oblige

 

Difficile de répondre et de se faire une idée après une seule vision, tant le film regorge de petits détails, cachés dans les dialogues ou même dans certains plans neutres que Guillaume Canet parvient à rendre prétentieux. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne déçoit pas. « Nous finirons ensemble » n’est pas juste nul, il est aristocratiquement mauvais. Les personnages prétendus « touchants » sont toujours absolument détestables aussi bien pour le spectateur qu’entre eux : comme dans le premier épisode, les vannes qu’ils se lancent les uns aux autres ou leurs règlements de comptes, figure obligée de ce genre de films, n’apparaissent pas la preuve d’une amitié profonde ou de tensions émotionnelles légitimes et propres à chaque relation affectives, mais plutôt telles d’authentiques vacheries que seuls s’adressent des gens qui ne s’aiment pas, voire se haïssent cordialement.

 

© L’Incorrect

 

Quelle idée par exemple, comme le fait le personnage de Magimel, amoureux jadis et à sens unique de celui de Cluzet, de signaler constamment le souvenir de son désir, pourtant désormais évanoui, à celui-ci, sinon par pur plaisir de le torturer et de le rendre plus mal à l’aise qu’il ne l’est déjà vis-à-vis de cette situation ? Qui rappellerait, sur le ton de la blague, à un cancéreux en phase de rémission, et à plusieurs reprises, que rémission ne signifie pas guérison ? Ce personnage incarné par Laurent Laffite, Canet le présente comme quelqu’un de maladroit et de naïf, mais, faute de psychologie, il ignore qu’il ne donne pas vie à un idiot touchant, mais dépeint, en moraliste involontaire, ceux pour qui la maladresse fait office de cache-sexe à leur réelle volonté de nuire.

 

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Le tout est à l’avenant, pistes scénaristiques résolues en un quart de seconde juste avant le générique de fin, parce qu’il faut bien conclure et que Guillaume Canet semble se souvenir in extremis que son film raconte ça aussi, dialogues surréalistes, bande originale grotesque par sa volonté de clinquant, exemple : « It’s all over now baby blue » de Dylan, repris par Van Morrison, qui ouvre le film… difficile de faire plus lourd – ainsi, on est à peu près sûr qu’on aura droit à « I’m not like everybody else » des Kinks dans le numéro 3 qui pourrait s’appeler « N’en jetez plus », afin d’illustrer une scène censée nous montrer la force de l’amitié, pourquoi pas une dégustation d’huître de la bande d’amis dans la cabane de l’infâme pécheur-vieux-sage-qui-connaît-la-vraie-valeur-des-choses-simples-de-la-vraie-vie-des-vraies-personnes…

Un bémol cependant, si le jeu de Cotillard est toujours comparable en grâce et en justesse à celles d’un veau marin pris d’un malaise vagal, elle ne pleure pas vraiment, ce qui donne un point en plus pour « Les petits mouchoirs », de surcroît dans « Nous finirons ensemble », aucun « pote » n’est abandonné seul à sa mort, tandis que le groupe de joyeux lurons de l’enfer jouit de s’entre-déchirer, semble-t-il, par pur désir de pourrir les vacances et de dégager un maximum de négativité, ce qui réduit la dimension maléfique de la bande de connards.

 

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Reste de belles leçons de morale, où l’on apprend que ça n’est pas parce que l’on traite son fils comme de la merde qu’on va le laisser se noyer, qu’il faut respecter ses amis, après qu’on les a humilié des mois durant, mais que l’on peut insulter violemment la nourrice sans problème. En fin de compte, Guillaume Canet nous dresse le portrait en creux de la caste bobo, pour nous en montrer le caractère intrinsèquement malfaisant ; aussi, on ne peut qu’espérer que d’ici un peu moins de dix ans, celui-ci nous offre un troisième opus de ce niveau pour ce qui promet d’être la trilogie culte d’une génération de fumiers.

 

Charles de Harlotte-Chomi

 

Nous finirons ensemble (2h 15), de Guillaume Canet. Avec François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel, Gilles Lellouche, Laurent Laffite, Pascale Arbillot. En salle le 2 mai.

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