La querelle des anciens et des modernes secoue l’opéra. Si la machine à déconstruire est rouillée, le souci de fidélité aux livrets refait surface, d’autant que les « dépoussiérages » et autres lubies progressistes ne font plus recette. Ressuscitant la toute première mise en scène de Carmen, l’Opéra de Rouen aura peut- être inauguré une « nouvelle vague » de l’art lyrique, consistant à le libérer des détournements idéologiques perpétrés depuis des décennies. Le plus populaire des titres, si souvent malmené à la scène, retourne au soir de sa création, le 3 mars 1875. En le voyant ainsi paré de toutes ses couleurs latines, de ses tableaux populaires, de ses chorégraphies sensuelles, empreint de sa légèreté comique mêlée aux troubles de la passion, on comprend mieux l’extase de Nietzsche, qui après avoir entendu Carmen pour la vingtième fois le déclare supérieur à tout ce qu’a écrit Wagner, son idole d’autrefois, et s’exclame : « Comme une telle œuvre vous rend parfait ! »
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Voici donc le remake le plus fidèle de ces lointaines soirées parisiennes, reconstituées avec précision et virtuosité par la mise en scène de Romain Gilbert, qui suit à la lettre les indications du premier régisseur, et la scénographie d’Antoine Fontaine, basée sur les croquis d’époque, de même que les somptueux costumes de Christian Lacroix. Le tout au service de deux interprètes de grande classe: la jeune mezzo canadienne Deepa Johnny, un prodige de charisme et de sensualité, et le ténor viril, habité, attachant de Stanislas de Barbeyrac. L’Opéra royal de Versailles reprendra le spectacle en 2025. Pour vous ravir en attendant, direction YouTube.
CARMEN, OPÉRA-COMIQUE EN QUATRE ACTES DE GEORGES BIZET – mise en scène de Romain Gilbert, direction musicale de Ben Glassberg – streaming gratuit sur la chaîne Youtube de l’Opéra de Rouen-Normandie





