Après une dizaine de productions sur les plus grandes scènes, Lisette Oropesa signe enfin au disque « sa » Lucia di Lammermoor. Un jalon décisif pour la soprano américaine, dans l’un de ses rôles phares, quintessence du bel canto romantique. Même privés de sa présence magnétique et de son jeu à fleur de peau, on succombe à la pureté d’une voix au timbre argenté, parfaitement homogène sur plus de deux octaves, d’une agilité vertigineuse jusqu’à l’extrême aigu, dessinant chaque phrase avec une fluidité telle que la virtuosité disparait derrière la ligne. Le premier acte trahit une certaine retenue, somme toute conforme au portrait de cette héroïne enfermée dans un destin absurde, sœur spirituelle d’Emma Bovary.
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Toute réserve sera dissipée lors de la scène de folie, cette apothéose dramatique en dix-neuf minutes qui depuis Flaubert a fait couler tant d’encre et de larmes. C’est là que l’admiration pour la maitrise vocale se fond dans l’émotion authentique. L’enthousiasme est tout de même tempéré par le reste de la distribution. Ni la noirceur granitique de Mattia Olivieri (Arturo), ni l’ardeur souvent débridée de Stefan Pop (Edgardo) – sans parler de la basse terne de Riccardo Zanellato (Raimondo) –, ne vous feront oublier les monstres sacrés du passé. Le chef a beau embraser de mille flammes la partition de Donizetti : le mordant, l’énergie, le souffle dramatique s’accompagnent d’une brutalité qui étouffe ses trésors de sensibilité. À écouter donc pour la protagoniste, avant de revenir aux valeurs sûres.
LUCIA DI LAMMERMOOR, Drame tragique en trois actes de Gaetano Donizetti – Lisette Oropesa, soprano – Orchestre et Choeur du Teatro Massimo Bellini de Catane, dir. Fabrizio Maria Carminati – 2 CD EuroArts – 27€99 (La version française de l’oeuvre sera donnée à Paris, à l’Opéra-Comique, du 30 avril au 10 mai 2026)





