Coup de tonnerre aux Beaux-Arts! Récemment, une jeune diplômée de l’atelier de Joann Sfar (Le Chat du rabbin) a fait une révélation des plus scandaleuses. Jugez plutôt : Ophélie Lefort, 25 ans, a affiché son soutien à Éric Zemmour, allant, comble de l’ignominie, jusqu’à se présenter sous l’étiquette Reconquête lors des législatives. Comble de l’horreur : aucune cellule psychologique n‘a été mise en place pour les élèves et les enseignants qu’une telle annonce aura irrémédiablement chamboulés.
Qu’a-t-il bien pu se passer pour qu’une jeune fille de son temps, tatouée, amatrice de planche à roulettes, d’escalade, d’art et d’arts martiaux, ayant grandi auprès d’un père artiste (il est vrai disciple de Philippe Lejeune), et d’une mère assistante commerciale à Palaiseau, se soit engagée sur les pires chemins de la réaction ? Comment passe-t-on d’admiratrice d’Augustin Trappenard à candidate Reconquête ? La droite dirait que « c’est le réel ! » qui en est la cause, mais il semble que « l’ouverture d’esprit et la curiosité qu’il faut cultiver » prônées par la gauche en soient en grande partie responsables.
Lire aussi : [Portrait] El Rafi : par amour du toro
Si seulement elle avait peint des Charles Martel boutant l’Arabe du coin, des Jeanne d’Arc (sous les traits de Marion Maréchal) revenant sauver la France du péril islamo-woko-gauchiste ou un Renaud Camus et Éric Zemmour se partageant le marché de la Réaction; alors son entourage aurait su à quoi s’en tenir et le cordon sanitaire aurait pu être déployé plus tôt. Évitant la stupeur à bien des élèves.
En 2021, son diplôme en poche et ayant migré à Mulhouse, Lefort devient serveuse dans un restaurant où elle a parmi ses clients des policiers. Ils ont son âge et discutent avec passion de la candidature d’un polémiste de la télé à la présidence de la République. « Intriguée, je décide de me faire un avis par moi-même et je regarde des vidéos des meetings de Zemmour. Ça devait être le discours de Cannes, en janvier. La personnalité de Zemmour m’a enthousiasmée. En partie parce qu’il parlait de culture et parce que son discours était émaillé de références historiques et intellectuelles. Il parlait aussi d’une chose que je ne connaissais pas, que je n’avais jamais vue et dont aucun autre candidat ne semblait se soucier : la France ». Elle pousse le vice jusqu’à lire La France n’a pas dit son dernier mot.
« Zemmour ne gagnera pas, pense à ta carrière, en t’engageant à ses côtés tu risques gros »
Joann Sfar
Au cours d’une conversation avec deux amies politisées (de gauche donc) des Beaux-Arts, elle leur confie les coupables inclinations qui sont les siennes. Plus rien ne sera comme avant, l’amitié s’en trouve abîmée. D’autant qu’à la question « Mais as-tu au moins écouté ce que proposaient les autres can- didats ? », Lefort répond par l’affirmative, car dans un souci d’honnêteté intellectuelle, elle écoute les autres candidats et le verdict est sans appel : « Pécresse : inintéressante. Mélenchon : hargneux, aboyeur ».
En décembre, Ophélie Lefort découvre l’existence du Z et en mai elle est candidate (sans toutefois être membre du bureau politique). « Je ne me voyais pas du tout dans cette situation. Je ne me sentais pas légitime. Mais le parti m’a demandé d’assumer cette fonction afin de respecter les quotas de femmes. En dix jours c’était plié: j’étais candidate à Mulhouse.» Ce fut une expérience enrichissante au cours de laquelle elle découvre des réalités auxquelles elle n’aurait jamais été confrontée.
Lire aussi : [Portrait] Céline Pina : elle était socialiste
Joann Sfar, en spécialiste de l’entregent et sincère- ment inquiet pour elle, la mettra en garde : « Zemmour ne gagnera pas, pense à ta carrière, en t’engageant à ses côtés tu risques gros ». S’il ne la charge pas et rétablit l’ordre sur le compte Instagram de son atelier sur lequel les publications de la coupable peintresse étaient systématiquement effacées, il a rompu tout lien avec son élève.
Aujourd’hui elle a pris ses distances avec Génération Z et l’engagement politique, mais y a gardé des amis. Elle avoue être plus intéressée politiquement par la figure de Marion Maréchal ou par Charlotte d’Ornellas. En partie en raison d’une conversion au catholicisme qui fait son petit bout de chemin. Ses projets sont plus artistiques que politiques. La lecture du Royaume de Carrère l’a marquée et celle qui aime pratiquer le dessin d’observation souhaite raconter, en bande dessinée, son parcours spirituel et artistique. En attendant, elle continue de servir des clients affamés dans une auberge de Mulhouse et publie des portraits de philosophes… dans L’Incorrect. Pas sûr que cette dernière fonction lui permette de se sauver aux yeux des vrais artistes, les gentils, les « de gauche, vraiment de gauche ».





