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[Portrait] El Rafi : par amour du toro

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Publié le

8 décembre 2022

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Alors que les débats sur l’interdiction de la corrida font rage, un jeune matador a décidé de descendre dans l’arène médiatique et de livrer combat pour défendre cette tradition.
Torero©Benjamin de Diesbach-min

Raphaël « El Rafi » Raucoule assume un paradoxe inhérent à sa vie : « J’aime le taureau par-dessus tout le taureau, et pourtant, ma vie, c’est de le combattre ». Le (très) jeune torero se définit pourtant avant tout comme un artiste. Matador – c’est-à-dire tueur en espagnol – certes, mais d’abord et surtout un magicien capable de révéler la grâce et la beauté chez un toro bravo, un véritable fauve de plus de 500 kilos. 

Pour en arriver là, le jeune natif de Nîmes a connu une véritable initiation à l’art tauromachique (ami lecteur, si vous détestez la corrida, c’est le moment de tourner la page). « La corrida, je suis tombé dedans quand j’étais petit » plaisante le Gardois. Petit fils d’un bénévole aux arènes de Nîmes, la passion du toro coule naturellement dans ses veines. « Depuis très jeune, je ne rêve que d’être matador de toros, ça a toujours été ma vocation » se remémore- t-il. Naturellement, il rejoint à douze ans l’école taurine de sa ville, et commence à s’initier aux diverses passes de cape qui font toute l’esthétique de ce combat à mort entre l’homme et la violence de la nature. Le futur torero y acquiert petit à petit une éthique et un mode de vie qui ne sont pas sans évoquer celui des samouraïs: courage, honneur, don de soi, acceptation du tragique de la vie et de la mort. Au sujet de son rapport à la mort, El Rafi se fait plus grave : oui, la mort est l’aboutissement d’une corrida.

Lire aussi : La corrida est-elle morale ?

L’affrontement, le ballet, la danse tragique entre le torero que protège sa seule muleta (la cape rouge, celle rose utilisée au début d’une corrida s’appelle un capote) et le taureau de combat ne peut que s’achever par la mort. Cependant, El Rafi le réaffirme : « Je suis d’abord là pour créer une esthétique, une harmonie à partir du chaos, de la violence, et de la force brute. Tuer n’est pas une fin en soi, mais l’aboutissement logique de cet affrontement »

Rapidement, le jeune apprenti se révèle très doué. À 15 ans, il participe à sa première novillada (une corrida pour débutant avec des taureaux de moins de deux ans) sur la terre-mère de la tauromachie : l’Espagne. Il triomphe. Il enchaîne alors les novilladas avec des succès très remarqués dans des arènes de première catégorie comme Séville, Madrid, ou celles qui l’ont vu grandir : Nîmes

« Je suis d’abord là pour créer une harmonie, une esthétique, une harmonie à partir du chaos, de la violence, et de la force brute »


El Rafi

En septembre 2020, le jeune novillero doit prendre son alternative lors de la mythique feria des Vendanges chez lui, à Nîmes, aux côtés de figuras, comme Andrès Roca Rey (le Kilian Mbappé du toreo). Malheureusement, la crise sanitaire n’épargne personne et El Rafi doit reporter d’un an ce baptême taurin qui voit le jeune matador, portant un habit de lumière blanc et encadré par deux parrains plus expérimentés, combattre et torer son premier taureau de combat. 

El Rafi, son nom de guerre, devient le 6 juin 2021 à seulement vingt-et-un ans le soixante-neuvième matador de toros français, sous les parrainages prestigieux de Daniel Luque et d’Adrien Salenc dans les mythiques arènes d’Arles. Le jeune homme enchaîne depuis les succès et semble tout destiner à devenir l’un des grands de la tauromachie française, rejoignant ainsi des noms aussi glorieux que ceux de Christian « Nimeño II » Montcouquiol, ou Sébastien Castella. Ainsi, l’année 2022 aura vu le nouveau matador couper pas moins de neuf oreilles (on précisera au lecteur sensible que les-dites oreilles sont coupées après la mort du toro, et qu’il s’agit d’une récompense) et indulter, c’est-à-dire gracier, un taureau.

Lire aussi : Corrida : défendre une tradition en tant que tradition

Mais El Rafi ne se contente pas de briller sur le sable du ruedo (la piste de sable où se déroule la corrida proprement dite), il a dû affronter en novembre 2022 une espèce beaucoup moins noble que le toro brave : les médias. En effet, à la suite de la proposition de loi du député d’extrême gauche et antispéciste de Paris Aymeric Caron pour interdire la corrida, le jeune matador enchaîne les passages médiatiques pour défendre, davantage que son simple métier, sa passion, son art de vivre, sa culture, sa civilisation. Il se distingue par sa clarté, sa passion et la pertinence percutante de ses arguments. 

En définitive, le soir même de l’entretien que l’auteur de ces lignes avait eu avec son sujet, Aymeric Caron annonçait en plein hémicycle de l’Assemblée nationale renoncer à sa proposition de loi. Satisfait de ce répit, El Rafi pourra donc continuer de se consacrer à son art, et de faire rêver les aficionados français ou espagnols, en opérant à chaque nouvelle corrida cet étrange et troublant ballet avec la mort. ¡ Suerte Maestro 

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