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Où va la francophonie ?

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Publié le

11 février 2019

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Francophonie

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[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1549901587488{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]Le XVIIe sommet des chefs d’État et de gouvernement de la francophonie s’est tenu à l’automne dernier en Arménie, sous le signe paradoxal du renoncement de la France à une certaine idée de son rayonnement culturel. Jean-Jacques Granianski nous raconte les coulisses d’une défaite qui a vu la québecoise Michaelle Jean évincée par la rwandaise Louise Mishikiwabo le 1er janvier 2019.

 

À peine sorti de l’avion, le voyageur est transporté par la voix de Charles Aznavour. Omniprésente, lancinante, elle résonne dans l’enceinte de l’aérogare, des hôtels et jusque dans les rues et les villes de province. Le thème du sommet, « le vivre ensemble », est plus banal mais se justifie au vu des vicissitudes du pays hôte. De fait, le sommet d’Erevan est intervenu en plein processus de transition politique en Arménie.

 

Pour le nouveau Premier ministre, Nikol Pachinian, c’est l’occasion d’asseoir une fragile légitimité face à un parlement hostile. Surtout Erevan voit dans la francophonie un moyen de desserrer l’étau d’une relation déséquilibrée vis-à-vis du grand frère russe.

 

 

Une organisation moribonde

 

Née de la vision politique de l’égyptien Boutros Boutros-Ghali et de François Mitterrand, la francophonie institutionnelle est malheureusement plongée depuis quelques années dans une profonde léthargie.

 

Siégeant à Paris, l’OIF regroupe sur le papier 88 pays (54 membres de plein droit, 7 membres associés et 27 observateurs). Un espace qui compte 900 millions d’habitants, soit 14 % de la population mondiale et 20 % des échanges mondiaux de marchandises mais les chiffres sont inversement proportionnels au poids réel de l’organisation dans le monde.

 

L’Arménie revendique pour sa part 200 000 francophones, chiffre qui ne prend pas en compte l’importante diaspora qui a essaimé du Liban au Canada en passant par la France, première communauté d’Europe.

 

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De manière générale, l’inflation des adhésions à l’OIF accroît la visibilité de la francophonie mais entraîne un réel danger de dispersion. Parmi les nouveaux entrants, rares sont ceux qui encouragent la promotion de la langue française. Nombreux sont ceux qui profitent de ce forum pour se placer.

 

Le budget ne dépasserait guère celui de la chaîne TV5 Monde : le site de l’OIF n’a d’ailleurs pas mis à jour son chapitre budget, lequel était fixé à 85 millions d’euros entre 2010 et 2013. Et quand on interroge des diplomates français et canadiens sur ce point, c’est le même sourire crispé qui se lit sur les visages.

 

 

La franglophonie

 

À l’OIF la règle est le consensus. Le duel entre la Canadienne d’origine haïtienne, Michaëlle Jean – candidate désignée par défaut en 2014 faute de consensus africain – et le chef de la diplomatie rwandaise, Louise Mishikiwabo, n’a pas eu lieu.

 

La Canadienne présentait le modèle d’une immigrée parfaitement intégrée au Canada, au point d’en devenir Gouverneur Général en 2005, quand la seconde est une vieille habituée de la scène internationale, en sa qualité de ministre des Affaires étrangères du Rwanda depuis 2009.

 

« Il n’y a pas de contradiction à donner plus de place à l’anglais tout en restant un pays francophone ». (Louise Mushikiwabo)

 

Critiquée par l’Élysée (la France est le premier contributeur net de l’OIF) pour son train de vie, Michaëlle Jean a dû se retirer. À Montréal, les rumeurs de « coûts d’aménagement d’un demi-million de dollars dans son appartement de fonction à Paris » ont eu raison de sa candidature, quoique Madame Jean ait aussitôt dénoncé une campagne de « salissage ». En vain.

 

La première femme africaine à diriger l’organisation a profité du scandale pour couronner une carrière brillante. En 1986, Louise Mushikiwabo décroche une bourse et quitte le Rwanda pour des études d’interprète aux États-Unis, ce qui la sauve du génocide qui élimine sa famille huit ans plus tard. Elle y vit pendant plus de 20 ans et se marie à un Américain.

 

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Son soutien à l’anglais n’est pas un tabou. Elle fait remarquer au Monde pendant sa campagne qu’« il est normal et pragmatique, pour un pays enclavé, de donner une prépondérance à la langue anglaise. Il n’y a pas de contradiction à donner plus de place à l’anglais tout en restant un pays francophone ».

 

Une vision commerciale que partage le président français, qui s’exprime si souvent dans la langue de Shakespeare. Si Kigali n’a jamais quitté l’OIF, le Rwanda a remplacé le français par l’anglais en tant que langue obligatoire à l’école en 2010, rejoignant le Commonwealth.

 

 

Son président-dictateur Paul Kagamé, issu de la diaspora tutsie établie en Ouganda, n’a nullement été gêné d’annoncer en anglais la candidature de sa ministre des Affaires étrangères à Paris en mai dernier. Le Rwanda fait aussi preuve d’un certain laxisme dans l’acquittement de sa contribution statutaire. L’OIF a accordé à ce mauvais payeur en 2014 une réduction de 50 % pour une participation annuelle aux frais de fonctionnement de 30 000 euros… À l’évidence, une Rwandaise à l’OIF ne contribuera pas au rayonnement de la langue française et de la démocratie.

 

Selon Reporters sans frontières, le gouvernement de Paul Kagamé pratique « censure, menaces, arrestations, violences, assassinats » contre les journalistes qui osent dénoncer l’autoritarisme de ses dirigeants et ne se gêne pas pour éliminer les opposants les plus remuants.

 

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À Kigali, on a donc besoin d’une France coupable pour asseoir sa légitimité. Aveuglés par un «miracle rwandais» dont les origines sont à trouver en partie du côté du pillage des ressources naturelles de la RDC voisine, les Français courbent l’échine.

 

Pour faire plier le partenaire canadien qui voulait prolonger Michaëlle Jean, la France n’a pas hésité à lui promettre un fauteuil au Conseil de Sécurité de l’ONU et le rejet de la candidature saoudienne à titre d’État observateur de l’OIF.

 

 

Fête ou défaite ?

 

Le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avoue avec un soupçon de mauvaise foi s’être incliné face au «consensus africain». Aux yeux des conseillers en poste à l’Élysée et au Quai d’Orsay, l’Afrique anglophone a gagné le pari de la mondialisation et de la révolution numérique quand l’Afrique francophone demeure à la traîne. Il faut donc s’y soumettre.

 

Quant aux journalistes de la suite présidentielle française, frustrés de ne pouvoir lui soutirer le moindre mot, ils préfèrent ironiser sur l’ambiance festive du dîner de gala plutôt que de s’épancher sur le déclin de la francophonie. Les Macron s’égaient aux sons du kotchari, une danse traditionnelle arménienne, en compagnie du couple Déby, de Michaëlle Jean et de son mari. Il est de tradition en France de fêter les défaites.

 

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Au programme de ce premier déplacement en Arménie : une visite bâclée du musée du génocide et l’inauguration de la Maison Aznavour, centre culturel français flamboyant. Si le président Macron ne s’est pas distingué de ses prédécesseurs en annonçant un énième acte de décès de la Françafrique, son discours d’une quarantaine de minutes lui a permis de recycler son discours «mondialiste» inauguré à Ouagadougou en 2017, dans lequel il parlait d’une «langue monde émancipée de la France».

 

Autre recyclage, sa défense du multilatéralisme onusien, conjuguée à un plaidoyer pour une présence accrue de la francophonie sur la toile a fait l’effet d’un pétard mouillé. Faute de propositions concrètes, l’exercice d’improvisation a fini par se heurter contre le mur du réel. L’histoire retiendra de cette diplomatie verbeuse que la France a soutenu à Erevan la candidature d’un pays qui la déteste.

 

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