Le candidat Mélenchon, pour contourner l’épineux problème de l’immigration, se répand à longueur de meetings en psalmodiant, tel un mantra idéologique, le concept charmant de « créolisation ». Il s’efforce ainsi de transformer en douceur tropicale, avec palmiers et cocotiers, la brutalité des nombreux échecs des politiques migratoires subis depuis plus de quarante ans par notre pays. À l’évidence, avec ce stratagème, Jean-Luc Mélenchon tente de poétiser les difficultés, bien conscient qu’il n’a rien à proposer pour les résoudre. Il cherche, à coups de mots chantants, à esquiver le débat migratoire car il se trouve coincé entre d’une part les délires indigénistes de Madame Obono associés aux hallucinations wokistes de Madame Autain, et d’autre part des classes populaires grondantes de colère qui réclament des solutions.
Jean-Luc Mélenchon pense, avec l’expression de « créolisation », détenir le talisman lui permettant de tout résoudre. Il l’oppose à quiconque ose réclamer de soumettre les nouveaux arrivants à une discipline d’assimilation. La créolisation constituerait, à l’en croire, le passé et l’avenir radieux d’une France éternellement en costume d’arlequin, vide d’elle-même, juste capable d’empiler à foison les traditions des uns sur celles des autres. Notre pays, apparemment sans âme, aurait tout à y gagner, mais aucunement à y perdre. Ses racines judéo-chrétiennes seraient simplement de vieux oripeaux, ne risquant absolument rien d’autre que d’être réhaussées par la beauté des contrées lointaines.
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Pour donner du prestige à son discours, Jean-Luc Mélenchon mobilise, à longueur de propos, l’écrivain martiniquais Édouard Glissant. Celui-ci, chantre de la créolisation, la définissait comme une sorte de syncrétisme civilisationnel plus ou moins chaotique laissant un monde nouveau émerger par« la rencontre, l’interférence, le choc, les harmonies et les disharmonies entre les cultures ». Jean-Luc Mélenchon oublie simplement de rappeler qu’Édouard Glissant, quand il développa sa théorie de la créolisation, dû faire face à un adversaire acharné, lui aussi intellectuel antillais, qui réfuta implacablement cette idée : Aimé Césaire, qui n’accepta jamais le concept de créolisation. Il a soutenu jusqu’au bout que la créolisation ne représentait qu’un continent de la « négritude », qu’une forme d’africanité transplantée par l’esclavage sur les îles des Caraïbes. Pour Aimée Césaire, derrière le Créole se cache toujours l’Africain : « S’il n’y a pas de Nègre premier, il n’y a pas de Créole second ».
En ce sens la créolisation, si vantée par Jean-Luc Mélenchon, ne constitue pas un dépassement des identités, mais une extension de l’Afrique.
Jean-Luc Mélenchon insulte avec une violence inouïe quiconque dénonce son utilisation du concept de « créolisation » et surtout quiconque lui reproche de promouvoir ce terme afin de masquer sa soumission au communautarisme. Il voit en ceux qui l’accusent un tas de « petits blancs » rabougris, un ramassis d’ivrognes haineux et racistes. Il oublie qu’en vociférant ainsi, c’est aussi Aimée Césaire qu’il piétine.





