En découvrant les propos de saint Matthieu, qui dans son Évangile postulait qu’il serait plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu, la majorité des personnes disposant d’une certaine surface financière préfèrent quitter le game : à quoi bon se faire suer à être généreux et altruiste si c’était pour de toute façon finir dans la géhenne, là où il y a des larmes et des grincements de dents ? Autant profiter de la vie, jouir sans entrave et revoter Macron qui n’était pas si pire finalement : le CAC a encore pris 15 points. Et puis comme je le dis souvent, ceux qui ne sont pas contents, ils avaient qu’à reprendre la boîte de leur papa ! Hein ? J’ai pas raison ?
Pauline Jaricot aurait pu être de cette engeance, elle en a d’ailleurs pris le chemin : née en 1799 dans une ville de Lyon ravagée par les bienfaits de la révolution française, elle grandit dans une famille de soyeux, mais pas vraiment côté canuts : chez les Jaricot on a plusieurs usines de soieries qui tournent à plein régime, suffisamment pour offrir à la gamine. un train de vie bourgeois ++. Notre service documentation est en train de se renseigner sur l’existence de rallyes dans la France du XIXe siècle mais voilà, on est plus dans cette thématique : soirées mondaines, robe en soie sauvage, saladiers de punch… nos lecteurs eux-mêmes savent.
Pauline Jaricot est donc CEO d’une véritable licorne basée sur l’économie collaborative avec un fort impact RSE au niveau global
Sauf que Pauline, voyant ses copines devenir des instagrammeuses des beaux quartiers décide à 17 ans de rompre radicalement : bouleversée par un sermon sur la vanité de l’abbé Wurtz à Saint Nizier, elle renonce à toute ces futilités et dans la foulée, le 25 décembre 1816, fait vœu de chasteté perpétuelle tant qu’à faire, pour se consacrer à ses œuvres.
Et il y en aura : elle fonde dans la foulée avec des amies, des ouvrières et des domestiques, les Réparatrices du Cœur de Jésus offensé et méconnu dont la vocation est précisément de reconstruire les ruines spirituelles causées à Lyon par la Révolution. Vous ne le lirez pas dans vos livres d’histoire mais la ville a été un véritable laboratoire de la terreur : dénonciations arbitraires, condamnations iniques, exécutions sommaires. Ça n’était pas du luxe qu’une nouvelle génération pose de nouvelles bases. Rapidement, Pauline se rend compte que cela n’est pas suffisant. C’est bien beau de faire prier les pauvres, mais s’ils meurent de faim, on ne les fera pas prier longtemps. Si le capitalisme a un seul avantage, c’est celui de l’efficacité, et Pauline s’inspire des méthodes du paternel en 1819 pour organiser sa structure en recrutant des dizaines, puis des centaines puis des milliers d’associés qui lèvent des fonds pour les missions. Dès 1822, l’Oeuvre de la Propagation de la Foi, déjà présente dans le monde entier devient Pontificale. Rien que ça. Et toi lecteur, que faisais-tu pour l’Église à 23 ans ?
À ce stade, Pauline Jaricot est donc CEO d’une véritable licorne basée sur l’économie collaborative avec un fort impact RSE au niveau global. Le CV parfait pour aller se faire mousser dans des TEDX à 100 plaques l’heure et demi de conférence. Pauline préfère se retirer du monde et passe trois ans à contempler. À la sortie, pas de post Linkedin inspirant mais une conviction : sortir de l’agitation permet de se recentrer sur l’importance de la prière.
Lire aussi : Partout, les saints : saint André Wouters
Elle fonde donc dans la foulée l’Œuvre du Rosaire Vivant, association œuvrant pour l’union de prière des croyants partout dans le monde. Plusieurs millions de personnes la suivront, et continuent à la suivre de nos jours. C’est d’ailleurs le Rosaire Vivant qui permettra en 2013 le miracle qui entraînera la béatification de Pauline. Hasard ? Je ne crois pas.
Désireuse de rester dans les affaires, Pauline cherche à fonder une usine modèle en 1845 proposant de meilleures conditions de vie aux ouvriers afin de les évangéliser et d’en faire des relais de la foi. Malheureusement des gérants peu scrupuleux font capoter l’affaire. Pourquoi ne pas déposer le bilan et faire porter la gestion de l’échec par la collectivité ? Parce que Pauline n’est pas une startupeuse comme les autres, justement. Jusqu’à la fin de sa vie, elle mettra un point d’honneur à recouvrer les dettes contractées par la société, forçant jusqu’à l’admiration du curé d’Ars, qui touchait sa bille en matière de sainteté.
Morte en 1862 d’un problème cardiaque, Pauline Jaricot a laissé une trace durable à Lyon et dans le monde entier. Ce n’est pas un hasard si c’est le cardinal Taglé, qui dirige la Congrégation pour l’évangélisation des peuples (ex-propagation de la Foi) qui a présidé sa messe de béatification le 22 mai à Lyon. Paradoxe d’une bienheureuse lyonnaise plus connue en Angola et en Papouasie que dans sa belle ville natale. Comme si participer à l’universalité de l’Église catholique avait été le bon moyen d’élargir le chas de l’aiguille.





