« Je considère mon enfance comme extrêmement heureuse ». Pour une fois, l’histoire commence bien. « Je suis né dans une famille bourgeoise très pratiquante, et j’ai quatre sœurs, tous nous sommes nés dans un écart de sept ans, ce qui fait une fratrie très soudée. » Pour trouver une camaraderie plus virile, il y a le scoutisme. Mais pour éviter l’endogamie et l’entre-soi, les parents Kauffmann inscrivent leur progéniture à l’école publique du coin. À Rambouillet, pour simplifier, il y a le collège privé, avec la tranquille bourgeoisie catholique de province, et le collège public dont dépend l’inévitable cité.
Effectivement, c’était très enrichissant. « Dans ma classe, on était deux blancs. J’ai fait l’expérience de ce qu’était une minorité ethnique, avec les discriminations, les insultes et les coups. Deux jours après la rentrée, première bagarre avec des gars qui sont venus pour casser du blanc. J’avais l’avantage d’être costaud donc ils se sont rabattus sur mes sœurs. Pneus crevés, œufs dans la gueule… » Les parents se renseignent auprès du privé pour exfiltrer leurs enfants, mais l’établissement ne peut en prendre que deux sur cinq. Tant pis, pour le meilleur et pour le pire ils resteront dans le public, ça forgera le caractère. Heureusement, la famille déménage. Mais comme dit le proverbe, la Vendée pardonne mais n’oublie pas.
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Évidemment, lorsqu’on fait cent trente kilos et quatorze heures de rugby (deuxième ligne) par semaine, c’est relativement tentant d’allonger des pralines quand on est provoqué dans la rue. Mais au moment de commencer des études de droit, le paternel recarde son fils en menaçant de lui couper les vivres en cas d’incartade.
Heureusement Paul-Étienne se passionne pour le droit public, science fort prenante s’il en est et qui ne laisse pas beaucoup de temps libre pour pratiquer en amateur le noble art dans les ruelles moites de la cité aux mille clochers. Il s’assagit, devient même président de la Corpo et grand maître faluchard des juristes de Rouen.
Tout ceci l’amène à une thèse en légistique, c’est-à-dire la technique de la rédaction de la loi, sous l’œil bienveillant de Pierre Albertini (ancien député-maire de Rouen) avec qui il se lie d’amitié. Un poste lui est proposé aux affaires juridiques du ministère de la Défense. « Si ça t’intéresse, lui dit son contact, je te fais rencontrer le grand maître ». C’est évidemment un refus. Direction le droit parlementaire. Là encore, l’idéalisme a tout du défaut. Le milieu des enseignants-chercheurs est extrêmement dur.
Évidemment, lorsqu’on fait cent trente kilos et quatorze heures de rugby (deuxième ligne) par semaine, c’est relativement tentant d’allonger des pralines quand on est provoqué dans la rue.
Mais surtout, sa thèse portait sur l’efficacité du texte législatif : pour obtenir une bourse du Parlement, il fallait expliquer à des députés et sénateurs que leurs lois étaient techniquement médiocres et qu’il allait les aider à s’améliorer. Autant dire que son audition fait long-feu. Il reste une option: remporter le concours « Ma thèse en 180 secondes » organisé par le CNRS.
Il remporte la finale normande et va en finale nationale ; malédiction, « la présidente du jury est l’une des sénatrices socialistes que j’avais emplafonnées deux semaines avant. » Tant pis, et on repassera pour le fair-play. Il soutiendra quand même avec succès sa thèse en 2016. Les années qui suivent, il travaille dans le cabinet de Pierre Bédier, au conseil départemental des Yvelines. Un travail technique passionnant, mais usant moralement sur fond de gestion du communautarisme. C’est à ce moment-là que vint son idée.
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À vingt-neuf ans, il réalise un vieux rêve en passant son permis de chasse. Mais voilà: une fois le permis en poche, il réalise à quel point il est difficile de trouver des occasions de pratiquer si l’on n’est pas déjà du sérail, et qu’il n’est pas le seul dans cette situation. Alors il crée avec deux associés un site nommé « Cocagne », un lieu de mise en relation de gestionnaires de terrain de chasse avec les chasseurs. Il y a des disparités monumentales entre les territoires du Nord, chers et bondés, et les territoires du Sud, débordés par le gibier, et manquant de chasseurs. Le monde de la chasse est encore grippé, mais y a très vite vu son intérêt: « Un jeune chasseur d’Île-de-France sans société de chasse est ravi de pouvoir descendre dans les Pyrénées, où les huit papis du coin ont des centaines de cerfs à tuer pour le plan de chasse, et en sont bien incapables ». Brassage social, relance touristique, et surtout, surtout, création de liens entre les différentes fédérations de chasse : il se crée une émulation autour de cette plate-forme. Face au camp écologiste et vegan extrêmement soudé, c’est une nécessité vitale.
Aujourd’hui Paul-Étienne vit dans un village des marches méridionales de la Normandie, quelque part entre Giverny et Évreux, où le calme est à peine troublé par le bruit des cerises mûres qui tombent et rebondissent sur le gazon épais, ou par les pas de danse de comédiens qu’il lui arrive d’héberger pour égayer son salon. Il va reprendre un travail dans une mairie yvelinoise, pour s’occuper pendant que Cocagne fait une levée de fonds, avant de s’ouvrir au marché américain.





