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Thaïs d’Escufon : blonde bloc

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Publié le

8 juillet 2020

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C’était quelque part entre un paragraphe de Raspail et un chapitre de Tolkien. En bas, la foule grouillante et haineuse, l’injure à la bouche et la haine au cœur. En haut, une dizaine de militants, pleins de sang-froid, tiennent droits leurs fumigènes pour encadrer la banderole géante qu’ils ont tendue. Précis, calmes, organisés. Un phare devant une marée noire. Portrait d’une statue de la liberté.
© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Si les manifestants du mouvement Justice pour Adama étaient un tant soit peu habiles, ils auraient demandé aux militants de Génération identitaire de descendre manifester avec eux, contre tous les racismes. Las, ceux qui se plaignent d’un racisme « systémique » n’ont rien trouvé de plus intelligent que crier « sales juifs » aux militants, et leur ont même fait l’honneur de quelques mortiers. Parmi les militants, une demoiselle a crevé l’écran tant l’image était forte. Elle était menue mais droite, et semblait une de ces femmes dont notre Histoire regorge, un de ces corps soudainement donnés à l’âme de notre pays, à la fois capitaine et étendard, pour montrer aux hommes ce qu’ils doivent protéger et chérir, de la convoitise des Huns, Anglais ou autres Omeyyades.

Est-ce trop d’emphase pour une si jeune étudiante de vingt ans ? Oui, si l’on raisonne. Non, si l’on ressent. Et la France n’a jamais voulu choisir entre les deux. Quoi qu’il en soit, cette Jeanne d’Arc-là ne manque pas de Gilles de Rais virtuels, si l’on en croit la somme d’hommages plus ou moins inspirés qu’elle traîne dans le sillage de ses comptes Twitter entre deux suppressions. Elle ne manque pas non plus de Cauchon, dont les réquisitoires sont parfois plus créatifs qu’un simple bûcher.

Aucune ville n’a jamais récompensé ses Cassandre. Avec cette notoriété qu’elle utilise comme un outil, viennent immanquablement les craintes

C’est le poids de l’Histoire et du temps long qui a poussé Thaïs d’Escufon à adhérer à Génération identitaire. Dans sa famille catholique tout à fait classique, elle a grandi à l’ombre de ces héros dont les statues sont désormais attaquées. Beaucoup de déménagements, beaucoup de frères et sœurs, et beaucoup de valeurs apprises au quotidien : « Avoir une famille nombreuse apprend avant tout à ne pas penser qu’à soi ». Le plus grand cadeau que cette famille lui a donné, c’est de pouvoir se situer: dans la géographie, dans le temps, dans une filiation, dans une culture. Mais la manière dont elle a choisi d’utiliser ce capital en commençant à militer à Génération identitaire vers sa majorité est un motif de frayeur pour ses parents. À l’époque, elle entamait des études de langue à la faculté du Mirail à Toulouse. Autant dire que maintenant, avec son exposition médiatique, il n’est absolument plus question d’y remettre les pieds pour des raisons de sécurité. Ce sont d’ailleurs des condisciples qui ont fait fuiter son vrai nom sur internet. Pourquoi d’Escufon en guise de pseudonyme d’ailleurs ? « Il s’agit d’une branche éteinte de ma famille ».

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce patronyme fait un retour fracassant. Après une manifestation sauvage devant l’ambassade de Turquie pour dénoncer la stratégie du robinet à migrants par Erdogan, elle termine en garde à vue, et se filme à la sortie. La vidéo tournée à l’arrache frôle le million de vues. Un peu plus tard, c’est Anne Nivat qui passe l’interviewer à Toulouse. Les compteurs d’abonnés s’affolent sur tous ses réseaux sociaux. Le risque physique de son engagement est réel, mais les plus grands sacrifices sont – hélas – consentis sur le plan affectif. Aucune ville n’a jamais récompensé ses Cassandre. Avec cette notoriété qu’elle utilise comme un outil, viennent immanquablement les craintes de ses proches, qui essaient parfois de la dissuader de s’exposer autant, par crainte de l’agression. « Mais à Toulouse, j’ai tellement plus de chances de me faire agresser par un clandestin que par quelqu’un qui me connaît, et ça ne va pas s’arranger. Alors oui, il y a des risques, mais au regard de ce que l’avenir prépare ce n’est finalement pas grand-chose ».

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D’ailleurs, à quoi ressemblera son avenir? À Génération identitaire, on a les qualités de ses défauts: le professionnalisme des communicants bride parfois un peu la spontanéité des propos. Les séminaires de l’IFP l’ont aidée à progresser au contact d’autres familles politiques. Elle compte sur ce savoir-faire pour travailler dans la communication politique. Avant de basculer sur la forme ultime du militantisme en fondant – un jour – une famille. D’ici-là, merde aux stratèges de salon : vainqueur, vaincu, il n’y a de déshonneur que pour ceux qui ne se sont pas battus.

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