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Paul Yonnet : la joie de la vérité

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Publié le

25 septembre 2020

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Coupable d’une série de crimes impardonnables pour l’intelligesta bien-pensante, Paul Yonnet a été mis au ban jusqu’à sa mort. Retour sur l’œuvre d’un intellectuel qui a alerté des dangers du communautarisme et des dérives de l’antiracisme.

Il faut attendre, chez certains essayistes, d’avoir assisté à une longue maturation de la pensée, d’être passé par mille circonvolutions du langage avant que n’arrive le moment où se résout la question et où se délivre la substantifique moelle de la réflexion. Paul Yonnet, en revanche, dit tout dès la première ligne, dans Voyage au centre du malaise français : « À première vue, l’antiracisme est une cause simple […] L’évidence est telle que la volonté de combattre l’emporte contre le devoir de réflexion – immunisation de la pensée qui explique l’extrême pauvreté théorique, sauf exception, le caractère stéréotypé des analyses et la rareté des tentatives d’objectivation. En matière de racisme et d’antiracisme, l’approfondissement des stéréotypes obéit à la loi d’airain de l’accumulation ».

En 1993, quand le livre sous-titré L’antiracisme et le roman national sort chez Gallimard, il y a déjà urgence à le dire et Paul Yonnet est l’un des très rares, dans le milieu universitaire français, à décortiquer avec autant de précision le phénomène de l’antiracisme comme nouvelle religiosité séculière. Cela lui coûtera sa carrière.

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Condisciple et ami de Jacques Le Goff, Marcel Gauchet ou Alain Caillé à l’université de Caen, le sociologue (1948-2011) s’est comme eux engagé dans le mouvement de 1968 et a critiqué très tôt la doxa idéologique qu’il a laissée en héritage. Son dernier ouvrage, Zone de mort, publié à titre posthume en 2017, revient en partie sur la période durant laquelle le sociologue décida de braquer sa loupe sur le mouvement antiraciste des années 80. La « zone de mort » en alpinisme désigne le seuil à partir duquel il est presque impossible de survivre en raison de la raréfaction de l’air (voir La montagne et la mort, de Fallois, 2003, consacré à l’alpinisme).

La « zone de mort », c’est celle de la maladie, que Yonnet affronte deux fois, un cancer à l’âge de 20 ans puis le lymphome de Hodgkin, qui l’emporte à 63. C’est aussi celle dans laquelle il entre à partir de la publication en 1993 de Voyage au centre du malaise français, mis à l’index par un microcosme intellectuel dans lequel l’air se raréfie considérablement. Épinglé en tant qu’intellectuel réactionnaire par Daniel Lindenberg dans Le Rappel à l’ordre : Enquête sur les réactionnaires en 2002, dénoncé par Laurent Joffrin comme un allié objectif de Le Pen, Yonnet se voit condamné à une forme d’exil intellectuel jusqu’à sa mort en 2011.

Il établit que l’antiracisme ne fonctionne que dans le registre de l’émotion, de la culpabilisation et de l’anathème, évacuant toute tentative de réflexion critique

Paul Yonnet s’est rendu coupable d’une série de crimes impardonnables en publiant son essai en 1993. Il ose écrire que l’abandon du processus d’assimilation au profit de la doctrine de l’intégration conduit tout droit à l’émergence d’un dangereux communautarisme. Il établit que l’antiracisme ne fonctionne que dans le registre de l’émotion, de la culpabilisation et de l’anathème, évacuant toute tentative de réflexion critique. Il affirme que l’antiracisme des années 80 et 90 se réduit peu à peu à une dangereuse « conception racialiste de la nation » : « Puisque le racisme n’est pas une opinion, selon une formule célèbre, l’antiracisme n’en est pas une non plus ».

Yonnet démontre avec rigueur dans son essai de quelle manière la France de Mitterrand se dessaisit des outils intellectuels pour penser le fameux « rapport à l’Autre » quelle sacralise par ailleurs sur l’autel de la pure émotion. En 2003, il se rend coupable d’un nouveau crime en publiant chez de Fallois, François Mitterrand le phénix, biographie sans complaisance de l’ancien chef d’État. Encore un faux pas. Mais l’épitaphe gravée sur la tombe de Paul Yonnet, dans le cimetière d’Agon-Coutainville, dit tout, elle aussi : Gaudium veritatis : « La joie de la vérité ».

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