Avec Les Héroïques, elle entreprend un cycle sur plusieurs générations (a priori un diptyque) commencé avec Wanda, dont on suit les derniers jours au fil d’un long monologue qui l’entraîne à récapituler une vie et plusieurs époques de la Pologne où elle est née, en plein régime communiste, et où cet ancien médecin s’apprête à mourir du cancer.
Rites alternatifs
Femme très éduquée, donc, et mariée à Edward, un politique charmant, séducteur, ayant su ménager sa carrière malgré les bouleversements politiques, mère de deux filles aux tempéraments divergents, elle se remémore le concert des Rolling Stones à Varsovie en 1967 où elle rencontra son futur époux, puis son aventure auprès de Grotowski, célèbre dramaturge polonais révolutionnaire, mais aussi son jeune amant Konrad qu’elle retrouvera à l’hôpital après une dernière virée pieds nus avec Edward dans un bar mal famé. Figure de femme intransigeante, intrépide, exigeante, orgueilleuse, Wanda évoque un genre de folie, de faille fiévreuse qu’elle voit chez son frère improvisant un étrange lit funèbre pour leur mère, celles des compagnons de Grotowski ou de sa fille aînée dépressive qui souffle ses démons dans des bouteilles de verre.
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Tous cherchent des rites alternatifs, démoralisés par le matérialisme socialiste comme par une Église dont ils ne perçoivent plus qu’une caricature d’avant-guerre. « Nous aurons été la première génération à écouter du rock’n’roll sur notre lit de mort », lance Wanda, parmi d’autres belles formules qui fusent régulièrement au cours de ce monologue haletant, et il y a jusque dans cette avancée vers la fin un désir d’intensité remarquable, une manière de foncer vers l’ombre en cherchant, là encore, à rénover la liturgie du passage.
Femmes puissantes
« Héroïque », la race de femmes à laquelle Dalmayer donne vie n’est ni du genre à s’excuser ni de celui à se complaire dans la récrimination permanente. À rebours du victimisme ambiant, elle présente des personnalités brûlantes et implacables qui veulent simplement se heurter à l’existence sans trop se soucier des dégâts. Une période et un pays émergent dans le fond du portrait peint de couleurs chaudes et d’une main qui ne tremble pas pour nous offrir une leçon de fougue.





