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Actif depuis 1975, Pere Ubu, groupe phare du mouvement post-punk, à l’inverse de la plupart des formations qui lui étaient contemporaines, a toujours su se renouveler. Preuve encore avec Te Long Goodbye, album au sujet duquel nous avons rencontré le maître d’œuvre du projet: David Thomas.
Vous dites que vous avez été très influencé par les romans noirs ?
Le genre noir met souvent en scène un homme bon, qui a les pieds sur terre et qui essaie de faire de son mieux dans une situation dramatique. La voix de ces héros est irrésistible, puissante, virile et poétique. Toutes choses qui me parlent.
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Il est question de trahison dans cet album. Pensez-vous que le peuple est de plus en plus trahi par ses élites ?
Je ne pense pas avoir besoin de convaincre qui que ce soit sur le fait que les politiciens nous aient trahis. Regardez ce qui passe dans votre pays, en Angleterre, partout dans le monde… Quand nous avons joué en décembre dernier à côté de Paris, les Gilets jaunes manifestaient et les Français nous disaient: « Vous devez partir quatorze heures en avance, sans quoi vous resterez coincés dans les émeutes! » Heureusement, nous sommes arrivés sans encombres.
Pour élaborer cet album vous avez décidé d’écouter la musique diffusée par les radios
commerciales pendant six mois. N’était-ce pas une expérience éprouvante ?
L’écoute de la radio commerciale peut en effet se révéler épuisante, d’autant qu’on entend surtout les mêmes douze chansons en boucle ! Pere Ubu s’est toujours voulu proche de la pop music, un genre que j’apprécie, même quand ce qui est diffusé à la radio s’avère assez médiocre.
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Pensez-vous que le niveau de la pop ait baissé depuis quarante ans ?
Rien n’est jamais aussi simple. La pop music a toujours été de la M.E.R.D.E.! Depuis mon enfance, il y a toujours eu quelqu’un pour dire que la pop empire. Acceptons que ce soit la nature de l’homme de croire que c’était mieux avant. Quoi qu’il en soit, nous devons faire avec ce que l’on a maintenant,
et parmi toute la merde, il y a malgré tout des idées intéressantes. La première chose que j’ai remarquée en étudiant la pop music actuelle, c’est que la batterie est devenue décorative, elle n’assume plus vraiment la rythmique, et c’est une idée que je trouve excitante !
Quoi qu’il en soit, nous devons faire avec ce que l’on a maintenant,
et parmi toute la merde, il y a malgré tout des idées intéressantes.
Les compositeurs classiques n’utilisent pas de batterie pour marquer le rythme, c’est le chef d’orchestre qui fait respecter le tempo et les percussions ne servent qu’à générer des effets sonores. C’est depuis les fanfares funéraires de la Nouvelle Orléans, au début de 1900, que le tambour s’est imposé pour marquer le rythme. À la fin des années 70 et au début des années 80 les radios F.M., en vue de concurrencer les longues ondes, se sont mises à utiliser différentes formes de compression qui ont affecté le son des batteries, entraînant l’apogée de cet instrument, dont nous voyons désormais le déclin.
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Que répondez-vous à ceux qui prétendent qu’il n’y a plus rien à inventer en matière de
musique ?
Je comprends le concept, mais je pense que c’est une suggestion de lâche. Il y a toujours un moyen d’aller de l’avant. C’est peut-être difficile et ça peut prendre du temps, mais il y a toujours un nouveau but à atteindre.
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Pere Ubu a toujours essayé de nouvelles formules
J’adore la série des films de Rocky : c’est toujours la même chose et je pleure au même endroit dans chacun d’eux. Les êtres humains aiment les formules. Et en même temps, en effet, j’en ai toujours tenté de nouvelles – ce qui n’est pas obligatoirement une bonne chose. Dans l’album, j’utilise
l’analogie de celui qui conduit sur la route et qui passe devant le panneau « sortie ». Mais dans un certain sens, toujours vouloir savoir ce qui se cache de l’autre côté de la route est aussi une formule.
Propos recueillis par Jean-Emmanuel Deluxe
TRIBULATIONS D’UN HÉROS DU PEUPLE
Avec The Long Goodbye, Thomas arrive au bout du chemin qui mène à « Satisfied City » cette ville d’un roman de Raymond Chandler où son célèbre détective privé Philip Marlowe doit naviguer dans les sphères délétères de la haute société – parfaite parabole de l’homme du peuple qui essaie de comprendre le monde qui l’entoure, une trame poursuivie au fil des disques et en dépit des changements de direction musicale. Thomas a composé la base de l’album à dominante électronique, puis ses musiciens Moliné, Gagarin et Wheeler ont ajouté des couches pour achever ce millefeuille sonore où les percussions de Peter Jørgens s’intègrent de manière purement décorative. Un album à la fois complexe et direct proposant en bonus le live de Montreuil, et qui prouve comment l’OVNI musical que constitue Pere Ubu depuis l’origine parvient à demeurer passionnant.
J-E.D.
THE LONG GOODBYE Pere Ubu Cherry Red 11 €
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