C’ est la fin. L’état islamique a vécu. Il faisait trembler le monde; il a conquis les anciennes marches de l’Empire perse, pillé les richesses du sol et les tombeaux de Palmyre, massacré et réduit en esclavage les Yézidis et les chrétiens, et porté l’agression au cœur des capitales européennes.
Il ne reste de lui que quelques milliers de combattants vaincus, sortant de l’ultime réduit de Baghouz en cohortes poussièreuses et lasses. On peine à reconnaître en eux les criminels, les tortionnaires qu’ils sont pourtant et voici que le monde s’interroge sur la destination et le sort de ces bourreaux devenus prisonniers.
C’est qu’il y a parmi eux des ressortissants de pays occidentaux, des Français en particulier et qu’il est venu à l’idée de certains que l’Irak et la Syrie étaient en fin de compte des destinations peu sûres, étant donné qu’ils y seraient selon toute vraisemblance condamnés à la pendaison – en dépit du fait qu’il n’y a presque plus de prisonniers djihadistes s’avouant encore combattants.
Bizarrement, ils étaient tous employés à faire le pain, réparer des vélos et n’ont jamais participé de près ou de loin aux tortures et actes de barbarie qui se déroulaient sous leur fenêtre.
On a envie de rappeler à Manon Aubry qu’en fait personne ne leur a rien fait risquer du tout et que ce sont eux qui ont pris en conscience à l’époque, en adultes, la décision d’aller risquer leur vie hors de France.
Eric Dupond-Moretti a ainsi expliqué qu’il fallait les rapatrier pour leur éviter la peine de mort en cohérence avec l’abolition dont elle a fait l’objet en France. Manon Aubry, de La France Insoumise, a apostrophé un partisan du « laissez les donc où ils sont » en ces termes : « Vous êtes prêts à leur faire risquer la peine de mort en Irak », avant de conclure « donc, vous êtes pour la peine de mort en fait ».
Outre le caractère évidemment abusif de l’équivalence (avec de tels raccourcis intellectuels, on peut conclure que je suis favorable aux jambes cassées parce que j’ai pris le risque d’aller skier à la montagne), on a envie de rappeler à Manon Aubry qu’en fait personne ne leur a rien fait risquer du tout et que ce sont eux qui ont pris en conscience à l’époque, en adultes, la décision d’aller risquer leur vie hors de France.
Dégoût et des couleurs
De ce point de vue, les ramener de force dans le cercle protecteur de la justice occidentale alors qu’ils l’ont combattue de toutes leurs forces, leur imposer un procès équitable dans un système de garanties des droits fondamentaux qu’ils exècrent pourrait bien être la dernière des cruautés à leur égard et l’énième acte de domination symbolique de notre civilisation convaincue de sa supériorité (pour parler comme un militant de la France Insoumise).
Ces hommes ont tout perdu : ils ont vendu leur âme et commis l’irréparable, ils ont martyrisé en se rêvant martyrs et ont fait de la mort violente une idole. Respectons le choix qu’ils ont fait à l’époque.
Satisfaisons-nous qu’ils aillent assumer les conséquences de leurs actes au pied des échafauds irakiens. Quelle utilité y a-t-il à ce que nous nous infligions respectivement, eux, l’aigreur d’avoir été rattrapés par la tempérance d’une justice dont l’humanité les dégoute ; nous, l’anxiété de savoir que cette humanité sera récompensée par l’agression au couteau du personnel pénitentiaire ? Au fond, l’Irak arrange tout le monde.
Julie Graziani





