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[Portrait] Claire Geronimi : notre sang

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26 février 2024

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« Mais pour développer son idée, Claire avait besoin de nouvelles compétences, alors elle a rempli son petit dossier pour entrer dans un des masters les plus prestigieux d’HEC, vous savez, celui en collaboration avec Polytechnique.» Portrait.
© Benjamin de Diesbach pour l'Incorrect

D’abord l’évidence : Claire a été violée. L’après-midi du samedi 11 novembre dernier, dans la cour de son immeuble du 8e arrondissement pendant une demi-heure. Quelques minutes avant, son agresseur infligeait la même horreur à une gamine de 19 piges. C’est un Centrafricain visé par une OQTF non-appliquée. Claire n’a pas pu taire ce léger détail, fonçant par là même droit dans le maelström. Car la France bruissait alors de la loi immigration, et le visage de la jeune femme qui a parlé y est devenu le symbole du laxisme généralisé de l’État. TPMP, puis le petit cortège des médias de droite : Le Figaro, CNews, Le JDD, enfin les rencontres avec le vieux Z et les délicieuses casse-cou de Némésis. Voilà, Claire était passée en quelques jours du statut de victime à celui de passionaria du cryptofascisme génération TikTok. Comme les petites moustaches poussent vite, même sur les joues blondes.

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Évidemment, tout ça, ce ne sont rien que de vilaines fariboles. Car Claire a voulu parler à tout le monde après son agression. Seulement entre la femme et l’immigré, la gauche a choisi sa victime. Claire était donc bien gentille mais surtout encombrante avec sa grande gueule, ses yeux vissés sur la réalité. Alors, à son propos, ces déclarations lunaires de représentantes de NousToutes, ce tweet bouffi de mauvaise foi de la biscotte Rousseau. Les époques suivantes, nécessairement plus sages, se retourneront la bouche pleine de nausée sur celle-ci, où à la jeune femme de notre sang on préfère le violeur des terres accablées d’un mauvais soleil. Il faudrait avoir ici la place pour une dissertation sur la décadence terminale de l’Europe.

Mais comment chouiner décemment sur la mort de notre continent, tant qu’y chargent encore des femmes comme toi? Car la réalité, la seule chose importante à écrire, c’est que tu es la meilleure d’entre nous. « Avant ça, je n’avais pas du tout de problème dans ma tête » : on n’en doute pas une seconde. Cette femme, c’est de la force pure, un FT-17 lancé pleine balle dans les rangs de feldgrau. Et ça dès son enfance rennaise où elle accroche des médailles aux étagères de sa chambre, en danse, natation synchronisée et équitation. Comme cavalière, elle fera même les championnats de France. À dix-huit ans sonne comme il se doit l’heure de la capitale, avec une école de communication.

Mais comment chouiner décemment sur la mort de notre continent, tant qu’y chargent encore des femmes comme toi? Car la réalité, la seule chose importante à écrire, c’est que tu es la meilleure d’entre nous.

S’ajoute rapidement à ça un projet plus personnel ; Claire monte sa propre marque de vêtement, centrée sur les bodys, souvenir de la natation, à seulement 23 ans. Elle dessine elle-même, elle a pris ce pli avec sa grand-mère maternelle, couturière. On vous laisse juger du résultat sur le compte Instagram de la marque, nous on trouve ça solide. Mais pour développer son idée, Claire avait besoin de nouvelles compétences, alors elle a rempli son petit dossier pour entrer dans un des masters les plus prestigieux d’HEC, vous savez, celui en collaboration avec Polytechnique. Elle a été prise, étonnant tiens. Depuis, elle empoche un gentil salaire dans une boîte de conseil. Et ça en attendant de vivre de sa marque, dont elle s’apprête à lancer la deuxième collection, au Marché Saint-Germain et au Printemps.

Ce parcours d’acier a été produit par une femme du même alliage, au verbe juste et sobre, au corps long et ferme comme ces Américaines d’entre-deux-guerres pleines de vie que nous apprenait Drieu. « La résilience et la détermination, voilà mes deux traits de personnalités majeurs», évidemment! Seulement, notre monde est ce vertige où, en un instant et sans la moindre raison, la vie peut se déchirer. C’est aveugle, c’est indicible, ça passe de mille années-lumière la raison d’homo sapiens ; c’est tombé sur toi. Mais notre monde est aussi celui des hommes, rédempteurs du hasard disait Friedrich, qui de cette encre de sang écrivent leurs plus belles pages.

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Oui, toi qui as déjà vaillamment lutté contre ton goret d’agresseur, malheureusement l’exception lors d’un viol, tu transformes désormais ta souffrance en combat, tu lui donnes un sens. Te voilà engagée dans une croisade médiatique et politique sans retour pour protéger les victimes d’agression sexuelle, qui passe par la dénonciation de la non-application des OQTF, de la lenteur des processus judiciaires et des lacunes ahurissantes du suivi psychologique. Tu lances aussi dans quelques semaines un podcast centré sur des figures de femmes qui ont surmonté des traumatismes profonds. Avec ça, tu retraceras sans aucun doute beaucoup de sourires sur des visages ravagés. Alors Claire, tes larmes et ton sang coulaient un samedi 11 novembre, mais à l’horizon luit déjà un printemps qui les changera en une rivière de joie, celle de la vie vécue pour quelque chose.

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