Skip to content

Pour que vive la France, vive le Roi

Par

Publié le

18 février 2025

Partage

REPORTAGE. Janvier, morne plaine : chaque mois de « pluviôse » – comme l’appelait grotesquement le calendrier révolutionnaire –, les Français sombrent dans la mélancolie des blue monday et des torpeurs postprandiales de l’ignoble Saint-Sylvestre. Toute la France ? Non. Dans quelques villes gronde toujours la colère contre les assassins de la Terreur, alors que s’approche le 21 janvier – où chacun devrait porter un brassard noir pour rappeler, ce jour-là, ce qui fut enlevé à la France : outre son Roi, sa Providence.
© Souvenir de Louis XVI

Si un visiteur du passé pouvait contempler la France d’aujourd’hui, verrait-il autre chose qu’un champ de ruines climatisé ? Un vaste territoire fracturé autour de deux pôles concurrents : d’un côté villes et banlieues intégralement bétonnées, et de l’autre terres arables quadrillées par les moissonneuses, auxquelles l’agriculture intensive ponctionne ses dernières ressources ? Entre les deux, il n’y a plus rien. Le Vieil Occident s’est simplifié jusqu’à n’être plus ce pointillisme social au service du capital, laissant crever une terre invisible et silencieuse sur laquelle font semblant de veiller les centres urbains, nacelles de chrome où tempête le seul dogme que notre modernité a été capable de pondre : la contractualisation. Celle-là même, édictée par Rousseau, contre laquelle Maurras s’emporte dans ses écrits de prison, afférant qu’une société « contractuelle » (comprendre : libérale) n’est pas une société de nature. Alors, où est le pays réel ?  se demandera simplement notre visiteur du passé. Où est l’entre-deux, où est passé le liant qui devrait réunir ces deux pôles ?

Cortège de feu

Ce samedi-là, le pays réel était peut-être dans la rue. C’est un cortège de flammes qui prend sa source traditionnellement place Saint-Augustin et qui trouve sa fin à la Chapelle expiatoire, mausolée du couple royal, là où dorment les gardes suisses entre les rosiers blancs – derniers à avoir défendu la Couronne contre la goule révolutionnaire. Pour ceux qui s’attendraient à une bande de vieux barbons nostalgiques des camelots à la moustache jaunie, la surprise est de taille : dans cette foule qui se presse au pied de l’église Saint-Augustin malgré une température glaciale, la moyenne d’âge est plutôt d’une trentaine d’années, voire un peu moins. Tout le monde se connaît ou presque, on vient se réchauffer à la lueur réconfortante des flambeaux qui sont distribués par les féaux du mouvement, on se donne des accolades, les regards sont clairs comme les intentions. Quant aux femmes et aux jeunes filles, élégantes et soigneusement bottées, ce sont des Françaises telles qu’on les rêve encore ailleurs, à la fois sophistiquées et limpides.

© Souvenir de Louis XVI

L’ambiance est grave mais sereine – tant l’exercice annuel de la mémoire du Roi est déjà inscrit dans les gènes de cette génération. Il ne s’agit pas de faire de l’agit-prop, ni de la provocation, comme voudraient le faire croire les médias alignés, qui chaque année dépêchent discrètement des journalistes en espérant la bavure. « Presque tous les ans, il y a une journaliste américaine, fait remarquer Francis Venciton, membre du bureau politique de l’Action française, hilare. Ils sont très curieux de notre mouvement. Il faut dire que pour eux, la Révolution française, ça relève du surréalisme pur. Ils le vivraient un peu comme si une bande de fous furieux déchiraient leur constitution devant leurs yeux. » Il est presque 18 heures, la place Saint-Augustin se vide de ses quidams, chassés par le vent polaire qui souffle ce soir dans les rues de Paris. L’habituel cordon de police se tient coi, habitué également à l’exercice. Enfin le cortège se met en branle, au rythme des slogans qui sont scandés à l’ancienne et font vibrer les cœurs : « Action ! Française ! ». « Pour que vive la France, vive le Roi ! »

Archéo-futurisme

Évidemment, les passants et les badauds s’arrêtent, la plupart ne comprennent pas de quoi il s’agit, on croise ici et là des regards scandalisés, d’autres plus interrogateurs. Comment ça, une fleur de lys ? Le portrait de Louis XVI ? Les clabaudeurs rigolent, ce genre de rire gêné que suscite l’incompréhension crasse du badaud. Une année, un sac de caillou a été jeté du haut d’un immeuble sur les Camelots. « Cette année, on s’est contenté d’une bouteille », blague un jeune militant, alors que l’ambiance s’échaude suite à des bris de verre en marge du cortège. Un peu plus tard, dans Quotidien, le groom Pablo Mira évoquera la manifestation sans trop savoir comment la tourner en dérision – tous les ans la gauche médiatique s’étrangle, laisse entendre que Darmanin aurait dû finir le boulot, c’est-à-dire dire faire interdire ce « mouvement d’un autre âge » quand il en avait l’occasion. D’un autre âge, vraiment ?

© Souvenir de Louis XVI

« L’AF, pourtant, est rigoureusement moderne », comme le rappelle Guillaume de Tanoüarn, prêtre bien connu du mouvement. « L’alliance voulue par Maurras entre les catholiques et les positivistes, c’était impensable à l’époque et ça l’est peut-être encore aujourd’hui. C’est ce qui fait de l’AF un mouvement à la fois authentiquement chrétien et absolument laïque. Sa grande modernité a été de s’appuyer sur le positivisme, c’est-à-dire sur un mouvement de gauche, pour produire un diagnostic non de la France éternelle, comme disait de Gaulle, mais du pays réel. D’ailleurs, quand Bernanos rejoint le mouvement, il exprime cette volonté de réconcilier la France catholique et celle des radicaux de gauche. » L’AF, c’est peut-être en effet le dernier bastion de la politique réelle, c’est-à-dire d’une politique qui engage la vie intérieure, et donc la Foi, une foi qui ne se limite pas l’Église mais à l’intuition d’une terre, d’un espace national vécu comme une intime certitude : celle d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi.

Politique et Providence

Outre une école de formation politique, l’AF peut être aussi une école de foi : le père de Tanoüarn a ainsi accompagné dans le baptême de nombreux jeunes militants de l’AF qui ont embrassé la foi chrétienne à travers leur engagement politique. « Il faut arrêter avec cette vieille idée selon laquelle Maurras, en tant que positiviste, s’oppose à toute mystique. Maurras en réalité est un mystique… Il suffit de lire sa poésie. Chez les militants, j’ai retrouvé cette forme du politique transformé en mystique, qui s’oppose radicalement à une foi, je dirai, métaphysique. J’ai été très frappé du fait qu’ayant cherché la vérité politique, la vérité spirituelle, pour ces jeunes, se trouvait tout naturellement au bout. »

© Benjamin de Diesbach

Une quête du politique, entendu comme l’épitomé du bien commun, qui passe forcément par la foi, c’est aussi ce dont témoigne Jules, qui dirige le cercle lillois de l’AF : « C’est une évidence qui m’est apparue après l’épisode du covid. En réfléchissant sur la corruption du pouvoir, j’ai conclu qu’une figure inamovible, non soumise à une quelconque élection, ne pouvait pas être corruptible. Si le gouvernement est une personne et pas un système, alors on ne pouvait pas le corrompre. Cette conviction a été le déclic de mon engagement monarchiste. » Quant au rapport à la foi, il relève pour lui d’un rapport à la vérité, ce qui pourrait en être une définition augustinienne : « Là où se démarque la doctrine maurrassienne, c’est qu’elle ne cherche pas à atteindre une idéologie qui a été choisie arbitrairement, mais qu’elle cherche plutôt à adapter la politique à la nature de l’homme, à l’essence de l’homme. » C’est que Pierre Boutang nommait chez Maurras « l’anthropologie de la grâce ».

© Benjamin de Diesbach

Une intuition confirmée par Violaine, militante à l’AF depuis plusieurs années, et qui a fait l’expérience de la grâce en marge de son engagement politique. « J’ai été élevée par une mère plutôt libérale, dans un contexte éminemment anticlérical, concède la jeune femme. Je ne m’étais jamais vraiment posé la question de Dieu, pour moi cela relevait presque d’un passé mythique… Lorsque j’ai commencé à fréquenter l’Action française, j’ai été amenée, un peu malgré moi, à assister à une messe de la Fraternité Saint-Pie X. Et là, il s’est passé quelque chose que je n’explique pas, mais que mes amis ont évoqué sous le nom de “grâce”. J’ai ressenti une intimité, une proximité presque immédiate avec la Croix. J’ai senti qu’il s’était passé quelque chose d’essentiel en moi, et ce en moins d’une minute. Ensuite, j’ai eu besoin de consolider tout cela avec des lectures, qui m’ont confirmé ce ressenti de manière presque rationnelle, à savoir que le monde est impossible sans l’existence de Dieu. »

© Benjamin de Diesbach

Mine de rien, le témoignage de Violaine met le doigt sur ce qui est peut-être l’essence de la pensée maurrassienne : celle d’une « politique naturelle », et qui a pu faire frémir le pape Pie XI lorsqu’il condamne en 1926 la lecture du journal de l’AF. Aucune condamnation ne fut plus injuste, puisque toute la pensée maurassienne s’inscrit dans la résistance au prométhéisme jacobin, à l’individu déclamé comme seul horizon possible de l’humanité. Seul le Roi aura le dernier mot, lui qui rappelait dans son testament sublime : « Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ, qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelqu’indignes que nous en fussions, et moi le premier. »

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest