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Pour une vélorution !

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Publié le

10 février 2020

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Vandaliser nuitamment vélos et trottinettes et en remplir la Seine : le retour du roi exige parfois de curieux moyens, même illégaux.

 

Les statues du Louvre, aux corps travaillés, aux postures nobles et au regard sévère, inspirent ces hoplites d’un nouveau genre. Les quais de Seine seront leurs Thermopyles. Qui sont les Immortels qui les assaillent ? Quels soldats forment les rangs de ces bataillons qui semblent éternels, où chaque mort est aussitôt remplacé ? Les bannières sous lesquelles ils combattent portent des noms aussi barbares que ceux des antiques provinces perses de nos guerres médiques : Lime, Uber, Bird, Bolt, Tie, Voi ou encore Jump. Une cacophonie visuelle qui rappelle ces armées orientales qu’affronta Alexandre   le Grand sur la plaine de Gaugamèles, ou Aetius aux Champs Catalauniques.

D’un geste souple, d’une tension soudaine et coordonnée de tout le corps, la dizaine de kilos d’acier et de lithium sont projetés en une cloche élégante qui se termine en fracas dans les eaux verdâtres de la Seine.

Le geste a quelque chose de poétique. Sa répétition, par centaines de reprises, ne l’a pas altéré mais l’a précisé, ciselé, épuré. L’ennemi est saisi par la base de sa tige et le garde-boue de la roue arrière, le poids du guidon étant compensé par celui de la batterie. D’un geste souple, d’une tension soudaine et coordonnée de tout le corps, la dizaine de kilos d’acier et de lithium sont projetés en une cloche élégante qui se termine en fracas dans les eaux verdâtres de la Seine.

La bête s’est défendue. Il faut une connaissance approfondie de son territoire et de ses mœurs pour espérer la débusquer. Une fois capturée, la trottinette ne cesse de couiner, poussant des cris électroniques déchirants pendant son transport, comme si elle avait conscience de l’imminence de sa fin. Quand elle est jetée du haut de son pont, le curieux observera avec profit son râle se prolonger lors de l’immersion, et s’éteindre en même temps que sa lumière, laquelle permet au chasseur de suivre la trajectoire de sa plongée jusqu’à l’instant précis de sa mort. La vieille Europe a vaincu.

 

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Face aux masses grouillantes et anonymes, l’esprit de l’Europe a toujours consisté à opposer des hommes libres, conscients de ce qu’ils défendent. Il n’y a pas de distinction entre le chevalier et le troubadour chez Guillaume d’Aquitaine, pas plus qu’entre le poilu et le poète chez Charles Péguy ou Roland Dorgelès. Pour cette raison, l’aspect artisanal de l’activité est une part importante de son intérêt. Pour ne rien gâter de la relation individuelle, personnelle, intime avec son gibier, le chasseur évite de verser dans l’industrialisation de son activité. Pour cette raison, et parce que qui trop embrasse mal étreint, le banc de trottinettes sis dans le parking entre le quai d’Orsay et les Invalides est sanctuarisé. Il faut laisser au gibier un lieu pour souffler et se reproduire.

La notion de valeur des choses est brouillée par la consommation de ces objets jetables, qui n’incitent pas à la conservation et l’attachement, donc rendent impossible la transmission, ce qui ruine toute solidarité familiale et générationnelle, donc nationale.

Au-delà du plaisir sobre et viril de l’art cynégétique, cette activité noctambule est guidée par un souci tricéphale : la cohésion sociale, la préservation de la notion de propriété privée, et l’écologie. L’individualisme de ces engins souvent assortis d’Air pods favorise un comportement social renfermé sur soi et ses semblables, empêchant par la vitesse le dialogue avec le compatriote. D’autre part, le soin apporté à ces objets est extrêmement négligent, puisqu’il n’appartient pas à l’utilisateur. La notion de valeur des choses est brouillée par la consommation de ces objets jetables, qui n’incitent pas à la conservation et l’attachement, donc rendent impossible la transmission, ce qui ruine toute solidarité familiale et générationnelle, donc nationale. Enfin, l’arnaque écologique de ces engins n’est pas à démontrer : et le fait de polluer un fleuve qui n’en est plus à ça près est un moindre mal évident sur le plan moral face à l’empreinte environnementale de ces batteries non-recyclables.

 

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Dans ces conditions, le vandalisme systématique des engins électriques en libre-service apparaît comme une solution raisonnable, factuellement efficace et symboliquement forte contre la désagrégation du corps social, et il est tout à l’honneur du royalisme que certains de ses militants prennent sur eux de mener ces initiatives salutaires pour la France, donc in fine pour l’humanité. Plusieurs firmes mondialisées ont déjà reculé devant le coût de cette réaction simple mais efficace, pleine de bon sens populaire typique du pays réel.

Le soir où L’Incorrect accompagna cette patrouille, les interactions sociales provoquées par les lancers ont été fructueuses.

Les sabotages sont commis à la peinture sur le QR-code de déblocage ou la fracturation des rayons avec le mobilier urbain lorsque l’engin est par trop éloigné de la Seine ou d’une hauteur pouvant faire office de roche tarpéienne. Le soir où L’Incorrect accompagna cette patrouille, les interactions sociales provoquées par les lancers ont été fructueuses. Il se raconte que l’un des patrouilleurs a été si persuasif un soir par sa faconde qu’un usager dûment convaincu a personnellement tenu à jeter sa trottinette dans la Seine.

 

Louis Lecomte

 

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