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La « présidentialité » de Macron, stade ultime du devenir spectaculaire de l’élection présidentielle.

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[qodef_dropcaps type=”normal” color=”red” background_color=””]e[/qodef_dropcaps]mmanuel Macron n’aura donc pas connu d’ « état de grâce » à l’égard des électeurs, et les sondages montrent déjà une satisfaction moindre après l’élection, que pour ses prédécesseurs Hollande et Sarkozy au même moment. Par contre, il est certain qu’il a connu un « état de grâce » vis à vis du système politique et médiatique qui se poursuit d’ailleurs encore en grande partie aujourd’hui.

 

Les esprits réputés « critiques » nous ont déjà dit que Macron était « le candidat des médias » pour expliquer cette « macronmania » et se consoler de leur propre marginalisation médiatique et politique. Marine le Pen avait repris cette antienne de manière plutôt amusante durant la campagne, en qualifiant Macron de : « chouchou des médias ».  L’ennui est que cette critique de Macron comme produit des médias, comme « bulle médiatique », est profondément insuffisante, et ceci explique pourquoi ceux qui la tenaient avant les élections se taisent aujourd’hui, et pourquoi leur silence est assourdissant dans le camp prétendument critique de Macron, camp écrasé par la réalité du pouvoir de Macron désormais.

C’est que Macron a beaucoup mieux compris l’essence profonde de la société du spectacle que ses adversaires « critiques des médias ». Ceux ci ne cessent de dénoncer que l’image occulterait la réalité, qu’elle la déformerait en prenant sa place. Cette dénonciation est celle de l’éternelle critique de l’ « idéologie », qui réduit cette dernière à un dédoublement mensonger de la réalité dans la sphère de la représentation, à une mauvaise copie. Il s’agirait alors de rétablir les droits de la réalité par un discours critique, par un discours de vérité, de rétablir les droits de l’original par rapport à la copie.

Emmanuel Macron, emblème de la  « société du spectacle »

Or ce que Debord appelle le « spectacle » ou Baudrillard le « simulacre », ce n’est pas la simple image de la réalité laissant subsister celle-ci en dehors d’elle. Le « spectacle », ce n’est pas la production d’images faussées de la réalité, mais c’est la production de la réalité comme image. Le problème n’est pas que l’image devienne de plus en plus réelle mais que la réalité soit de plus en plus produite comme une image. C’est la réalité elle-même qui est devenue aujourd’hui « idéologique ». Le spectacle n’est rien d’autre que  la matérialisation de l’idéologie.

A cet égard on peut opposer à la parfaite pratique qu’ Emmanuel Macron possède de la logique du spectacle, celle, beaucoup plus approximative, de Jean Luc Mélenchon. Mélenchon apparaissant alors comme ce qu’il n’a jamais cessé d’être : un dinosaure de la politique s’efforçant de manière un peu ridicule de paraître moderne. Macron traversant la cour du Louvre, le regard fixe, tout entier concentré à incarner, ce qu’on appelle dans la novlangue des médias, la « présidentialité », restera sans doute, dans la maitrise du spectacle, comme l’antithèse du fameux hologramme de Jean Luc Mélenchon. Macron ne joue pas avec un hologramme qu’il produit à côté de lui comme son double. Macron est une sorte d’hologramme. Il est la réalité d’un homme privé de toute intériorité et coïncidant totalement avec l’image qu’il veut produire.

 

S’il est bien, comme l’a dit Peter Sloterdijk, sans véritable ironie malheureusement cette fois, une « apparition », ce n’est malheureusement pas celle de Jeanne d’Arc ou de De Gaulle sauvant la France, mais seulement celle de Macron achevant le devenir spectaculaire de la politique. Macron sait que la réalité est devenue image, il sait par conséquent que l’action politique n’a plus lieu dans le réel opposé à l’image, mais dans le réel devenu lui-même image. Le bien commun est devenu l’image commune de laquelle chacun se satisfait.

 

Alors seulement s’éclaire le succès de la fameuse expression du « sans faute » de Macron, dans laquelle communièrent même ceux qui étaient pourtant réputés ses adversaires, cédant ainsi à une forme de « macronite aïgue » qu’on avait crue réservée à la « gauche ». « Sans-faute » lors de la soirée de la victoire au  Louvre, « sans-faute » lors de la passation des pouvoirs, « sans-faute » lors de la formation du gouvernement, « sans faute » lors du G7, « sans faute » avec Vladimir Poutine, etc. Le sans-faute de Macron est en réalité un sans-faute dans la production d’un réel attendu comme image capable de satisfaire le spectateur. C’est pourquoi il n’est pas étonnant que les spectateurs-experts, nous voulons dire les « journalistes », experts parce qu’ils sont les plus aliénés dans la condition du spectateur, louent ce sans-faute, car il s’agit d’un sans-faute dans la production de la réalité présidentielle comme image. Macron leur donne ce qu’ils veulent.

 

La présidentialité d’Emmanuel Macron n’est qu’une image

Il faudra à cet égard reprendre un jour le débat sur le débat de l’entre-deux tours.  Macron y a été au fond d’une stupéfiante médiocrité, sans que cela nuise pour autant un instant aux commentaires louant sa stature présidentielle, sa fameuse « présidentialité ». Il avait été à la hauteur d’un débat devenu depuis des lustres une image, une scénographie devant obéir aux attentes du spectateur et des experts spectateurs en chef, commentant le débat à peine celui-ci terminé, pour nous dire ce qu’il fallait en penser avant même qu’on ait pu en penser quelque chose.

La naïveté de Marine le Pen aura été de vouloir mener un débat réel, de croire que le réel pouvait s’inviter sur un plateau de télévision, avec toute la saleté de son ressentiment et de son indignation. La naïveté de Marine le Pen aura été de ne pas comprendre que ce soi-disant débat est depuis des lustres un exercice de soumission aux attentes du spectacle. Ce n’est pas seulement la médiocrité de la candidate sur la question de l’euro qui est en cause, mais la contradiction beaucoup plus profonde encore dans laquelle elle s’était placée. On ne peut pas jouer le réel contre le spectacle pour se soumettre in fine à la logique de ce dernier.

Déjà les débats du premier tour avaient aiguisé cette contradiction, montrant que la star de l’anti-système avait de solides concurrents. Ces débats avaient émoussé l’ « aura anti-système » de la candidate. Elle voulut du coup se repositionner de manière radicale face à Macron et cliver, non sur un « fond » qu’elle ne maîtrisait pas toujours, mais sur une « forme » anti-système d’agressivité, répudiant les codes de la bienséance du débat présidentiel habituel. C’était ne pas comprendre que le message de la « présidentialité » du candidat était entièrement soumis au médium du débat présidentiel.

La « présidentialité » n’est qu’une image, elle est le résidu imaginaire d’une réalité présidentielle qui n’existe plus. Le comble de l’aliénation des spectateurs-experts est de les entendre louer le fait que Macron incarne la « présidentialité »… Car incarner une image c’est justement ne plus rien incarner du tout. Macron incarne la « présidentialité » parce qu’il est incapable d’incarner ce qu’un véritable président devrait incarner : la continuité de la Nation et des institutions. Il incarne la continuité d’une fonction présidentielle au service d’elle-même, devenue purement auto-référentielle, séparée d’un peuple ayant préféré s’absenter.

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