Ubisoft n’en a manifestement pas fini avec ses démons. Plongé depuis l’année dernière dans un scandale de harcèlement moral mené par une partie de ses cadres, le numéro un du jeu-vidéo français se retrouve à nouveau dans le feu de l’actualité pour de mauvaises raisons. Son dernier fait d’armes ? Le limogeage d’un autre de ses cadres, Georges Kuzmanovic, pour des accusations de sexisme et de manipulation, aussitôt contestées par l’intéressé qui voit là une discrimination politique. En effet, l’ex-directeur des recherches du groupe, fondateur du mouvement « République Souveraine », a annoncé en septembre dernier sa candidature à l’élection présidentielle sur une ligne « souverainiste, sociale, laïque et écologiste », « avec de Gaulle et Jaurès ».
Né en Serbie, l’homme de 48 ans milite dans sa jeunesse à Lutte ouvrière, étudie au MIT et travaille dans l’humanitaire en Afrique avant de rejoindre Jean-Luc Mélenchon lorsque ce dernier fonde le Parti de gauche en 2008, où G. Kuzmanovic devient secrétaire national en charge des questions internationales et de défense. Candidat malheureux aux législatives de 2017 dans le Pas-de-Calais, le lieutenant de réserve de l’Armée de Terre est exclu de la liste de LFI aux européennes de 2019 après ses déclarations sur la nécessité d’assécher les flux migratoires et sur les luttes féministes et LGBT, qu’il considère secondaires face au conflit social. Kuzmanovic, mis au ban par la faction « islamowokiste » de son parti, décide alors de fonder « République souveraine », qui refuse les dernières dérives de la gauche.
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Candidat déclaré à l’élection présidentielle, voilà donc que l’homme se fait à nouveau « annulé », cette fois-ci par Ubisoft. Son employeur l’incrimine en effet d’une tentative de « manipulation » de son PDG, Yves Guillemot, pour lui avoir conseillé dans un courriel de riposter au procès en misogynie dont souffrait la firme lors de la crise de 2020, ainsi que de la mise en place d’un climat de travail dégradant et sexiste. Si, dans un communiqué, l’intéressé a bien reconnu quelques « gauloiseries », chose assez banale dans le milieu masculin et potache du jeu-vidéo, Kuzmanovic rejette en revanche les accusations à son encontre. Le candidat signale également que la DRH du groupe, ancienne d’Uber, s’est permise pour motiver son renvoi de fouiller sa messagerie à la suite d’une dénonciation anonyme, qu’il juge « loufoque ».
Si nous ne pouvons évidemment pas nous permettre de donner définitivement raison à une partie ou une autre, il est certain que l’ambiance qui règne aujourd’hui chez Ubisoft a joué un rôle dans cette affaire. Comme L’Incorrect le révélait cet été, la firme bretonne, pour se racheter une virginité après les accusations à son encontre, s’est convertie au wokisme le plus radical, d’ailleurs déjà présent dans ses dernières productions. Kuzmanovic, mâle blanc hétérosexuel occidental d’âge mûr, constituait ainsi d’avance une cible ontologique pour la nouvelle milice. Par son engagement public au sein de la gauche républicaine et souverainiste, donc anti-woke, l’ancien membre de LFI signait son arrêt de mort professionnel.
Le syndicat rappelle que l’ancien directeur des recherches « n’est malheureusement pas l’unique employé.e (sic) ou l’unique manager aux idées réactionnaires », témoignant une fois de plus de l’idéal épurateur du mouvement woke
Si ce licenciement ne surprend donc malheureusement personne étant donné le climat de terreur idéologique qui règne aujourd’hui dans les grandes entreprises, l’attitude du syndicat « Solidaires Informatique Jeu Vidéo » a en revanche de quoi en estomaquer plus d’un. En effet, dans un communiqué intitulé « Kuzmanovic : un réac de moins chez Ubi » (sic), l’organisme supposé de défense des employés a salué la décision de la direction, affirmant ne pas regretter la présence du candidat dans l’entreprise et n’hésitant pas à qualifier ses positions d’« ouvertement homophobes, sexistes, racistes et antisémites » (il est fort dommage que le syndicat n’ait pas ajouté « islamophobe » et « spéciste » à sa diatribe, ce qui nous aurait permis de compléter une grille au bingo woke). Solidaires Informatique évoque également la « proximité » de G. Kuzmanovic avec l’ « extrême droite », faisant implicitement référence à sa présence dans une « soirée Brexit » en compagnie de Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot ou encore Jean-Frédéric Poisson.
De façon peut-être encore plus inquiétante, le syndicat jaune rappelle que l’ancien directeur des recherches « n’est malheureusement pas l’unique employé.e (sic) ou l’unique manager aux idées réactionnaires » au sein du groupe, témoignant une fois de plus de l’idéal sanguinaire et épurateur du mouvement woke, parfait descendant des totalitarismes du XXème siècle. Pour ne pas complètement perdre la face, Solidaires Informatique termine son communiqué lunaire en dénonçant l’opacité du processus qui a conduit au licenciement de l’ex-directeur des recherches. Ouf, l’honneur est sauf ! Sans surprise, le candidat à l’élection présidentielle a déposé plainte contre le syndicat pour diffamation et un référé en réintégration dans son entreprise.
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L’élément le plus révélateur de cette affaire est donc que la dernière secte progressiste, loin de réserver son ire à la seule droite, s’en prend aussi aux individus de son bord qui refusent de céder à sa nouvelle logique et restent fidèles à l’ancien idéal républicain. Cela n’a rien de surprenant. En vérité, il serait erroné de croire que le wokisme n’est simplement qu’une évolution de la pensée de gauche, et non également la corruption de celle-ci par les forces mêmes du Capital, qui se servent de ce discours diversitaire et inclusif pour mieux camoufler la réalité du système d’exploitation économique qu’est le leur. La « culture de l’annulation » a ainsi moins pour objectif véritable de chasser les attitudes déplacées que d’éliminer ceux qui refusent de se soumettre à la logique capitaliste, libérale et progressiste au sens large. Le génie pervers du wokisme est qu’il déplace sur le champ sociétal et moral ce qui relevait jadis du conflit socio-économique. En face des syndicats idiots utiles, la bourgeoisie récupère alors le beau rôle par ses « signalements de vertu » envers les « minorités », faisant oublier la lutte des classes en lui substituant une lutte des « genres », des « races » ou des orientations sexuelles, dont le prolétariat est écarté et délégitimé à cause de ses valeurs « réactionnaires » et « populistes ».
Lorsque G. Kuzmanovic est licencié pour une attitude supposément sexiste, ce qu’il faut lire, c’est qu’il est sans doute banni à cause de son positionnement politique, dont le souverainisme et l’antilibéralisme s’opposent ontologiquement à Ubisoft, entreprise mondialisée jouissant d’un système économique inverse à celui voulu par son ex-employé. Par sa candidature, l’ancien cadre montre ainsi sa « déloyauté » envers l’ordre bourgeois et cosmopolite de la firme qui le salarie, faisant ainsi de lui son ennemi de classe déclaré. En recourant à un anathème woke afin, semble-t-il, de ne pas révéler le véritable motif de sa décision, à savoir la protection de ses intérêts par la suppression d’un opposant politique interne, Ubisoft illustre parfaitement le nouveau totalitarisme qui vient. Et cette fois-ci, les syndicats tiendront le bâton.





