Alors qu’Éric Zemmour tourne entre 8,5 et 11% dans les sondages depuis plus de deux semaines, ses soutiens sont à la recherche d’un moyen de mobiliser les électeurs désillusionnés. Face au vote utile, le vote caché ; face aux sondages autrefois favorables, les sondages alternatifs. L’un d’entre eux se nomme QOTMII et est particulièrement relayé en doublant, voire triplant le score potentiel du candidat de Reconquête. Il est ainsi aujourd’hui le seul signal réellement positif pour le mouvement. Au lundi 4 avril, elle donnait Emmanuel Macron en tête avec 24,8% suivis par Éric Zemmour à 21,5%, Marine Le Pen à 15,1%, Jean-Luc Mélenchon à 11,8% et Valérie Pécresse à 5,8%. Le sondage parfait pour un zemmourien en somme.
Mais qu’est-il en réalité ? Fondé en 2019 par une entreprise québécoise, cet outil de sondage ne se fonde pas sur des questions posées à un échantillon représentatif de la population, mais plutôt sur un puissant moteur de recherche effectuant environ 150 millions de calculs par jour selon leurs dires. Cette intelligence artificielle « scanne » internet en prenant des données sur les principaux médias, des sites internet ainsi que les réseaux sociaux. Si sa méthode précise de calcul n’est pas connue, on constate tout de même l’importante capacité de rassemblement de connaissances de QOTMII.
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Cependant, la première erreur serait de considérer que l’objectif de QOTMII est de mesurer les intentions de vote. En effet, c’est plutôt le « potentiel électoral » et le « poids numérique » de chaque candidat que l’application sonde. Il n’est écrit nulle part qu’il s’agit de près ou de loin d’intentions de vote. C’est parce que le terme de « potentiel électoral » est flou que QOTMII l’emploie. Normalement, le potentiel électoral d’un candidat désigne l’ensemble des personnes se disant éventuellement prêtes à voter pour lui. Par exemple, on pourrait tout à fait imaginer qu’Éric Zemmour ait 25% de potentiel électoral et Marine Le Pen 35 %. Pourtant, tout le monde s’accordera à dire que le camp national ne pèse pas 60%, et pour cause : un électeur de Zemmour sera éventuellement prêt à voter pour Le Pen et inversement. L’ambiguïté est là : QOTMII arrive à un total de 100% entre les douze candidats alors qu’il prétend mesurer le potentiel électoral.
La seconde raison qui pousse les militants d’Éric Zemmour à croire en ces « sondages » est leur prétendue fiabilité. Pourtant l’application n’existe que depuis 2019. C’est donc à sa maison-mère, Filteris, qu’ils font référence. Si certaines estimations comme celle du premier tour de 2012 – 28,5% pour Hollande contre 28,6% dans la réalité et 27,8% pour Sarkozy contre 27,2% – ou l’élection de Donald Trump en 2016 se sont vérifiées, ce serait oublier ses erreurs comme en 2017 où l’IA prévoyait un duel Marine Le Pen-François Fillon au second tour, ou lors de la primaire de la gauche quand elle donnait un second tour Manuel Valls-Arnaud Montebourg. Une fiabilité tout à fait aléatoire sur laquelle il est impossible de faire une loi générale. Surtout quand les instituts de sondage classiques donnent de vrais scores eux aussi.





