« Varus, rends-moi mes légions ! », aurait hurlé nuitamment Octave devenu premier empereur romain sous le nom d’Auguste. Dans les profondeurs de la sombre forêt de Teutoburg, trois puissantes légions romaines commandées par Publius Quinctilius Varus tombaient dans un piège fomenté par le héros Chérusque Arminius, fils du chef tribal Segimerus. Génie tactique, Arminius connaissait très bien Rome et son armée.
Otage des Romains qui cherchaient à contrôler les deux rives du Rhin, après avoir conquis la Gaule et entièrement pacifié l’Hispanie, Arminius fut un si brillant latin qu’il fut élevé chevalier et membre de l’ordre équestre. Un honneur rare pour un Germain. Décrit par les sources romaines comme un « jeune homme extrêmement doué » pour un homme du nord, le Chérusque s’illustra en Panonnie en tant qu’auxiliaire. Quant à son frère Flavius le Blond, il devint rien de moins qu’un centurion décoré maintes fois pour ses faits d’armes.
Arminius, connu aujourd’hui sous le nom d’Hermann, reste un homme mystérieux que les historiens romains ne connaissaient peut-être pas eux-mêmes parfaitement
Pourquoi donc trahit-il ses bienfaiteurs, ces Romains qui avaient fait de lui un homme civilisé et riche ? Un homme qui maîtrisait aussi bien l’art de la guerre de ses puissants voisins italiques que leurs lettres, leur droit et leurs mœurs raffinées. De ça, l’histoire ne dit rien. Nous ne pouvons qu’échafauder des hypothèses, plus ou moins romanesques et légendaires.
Pris de pitié par le sort que subissaient ses frères germains, étouffés par les impôts romains ? Désireux de devenir l’Empereur des hommes du Nord ? Convaincu que le Rhin devait marquer la frontière entre deux grands ensembles qui n’étaient pas faits pour vivre ensemble ? Arminius, connu aujourd’hui sous le nom d’Hermann, reste un homme mystérieux que les historiens romains ne connaissaient peut-être pas eux-mêmes parfaitement.
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L’assimilation culturelle peut parfois se briser face à la volonté d’un homme, à un caractère. C’est la démonstration d’Arminius, devenu depuis héros et symbole du peuple allemand. Martin Luther utilisa ainsi la figure du chef chérusque pour défier la papauté romaine qu’il assimilait pleinement à l’Empire d’Auguste. Ils furent peu nombreux à humilier Rome à son zénith.
La méthode perfide employée pour y parvenir comme les lieux inhospitaliers qui accueillirent cette bataille permettent évidemment de relativiser la prouesse arminienne, mais cette bataille changea le destin du monde et lança les Germains vers les âges « héroïques » qui succédèrent au principe lignager. Les Germains prenaient conscience de leurs capacités. Toujours très divisés et vivant frustement, ils pouvaient néanmoins entrevoir un horizon où ligués peut-être parviendraient-ils à fondre sur Rome.
Qui osera défier l’Empire pour défendre sa terre comme Arminius, quitte à perdre le confort romain pour retourner dans des maisons de bois et de chaume
Chose faite en 406 avec le franchissement du Rhin par divers peuples barbares, germains ou venus des steppes à l’image des eurasiens Alains. C’est Arminius qui le permit. Sans lui, il est presque certain que les Romains seraient parvenus à dominer la région, à l’acculturer totalement. Notre monde serait-il le même aujourd’hui ? Très probablement pas.
Qui osera de nouveau franchir le Rhin ? Qui osera défier l’Empire pour défendre sa terre comme Arminius, quitte à perdre le confort romain pour retourner dans des maisons de bois et de chaume ? Rien n’est jamais perdu d’avance.





