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Raphaël Chauvancy : coach confiance

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Publié le

24 mai 2022

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Le courage, l’unité, l’humilité, l’adaptabilité, l’excellence, l’humour, l’abnégation, la joie, la détermination sont les neuf qualités de l’esprit commando. Raphaël Chauvancy et Nicolas Moinet proposent avec Agir ou subir (Dunod) une nouvelle approche du coaching mental pour les entrepreneurs, ressourcé au cœur de la pensée militaire et d’exemples historiques.
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Courage, humilité, adaptabilité, excellence, humour, abnégation, joie et détermination, sont les qualités pour avoir un « esprit commando ». Les avons-nous au fond de nous ?

 Je ne le pense pas. Un des défauts de notre société est de vouloir « révéler » l’individu, comme s’il suffisait de trouver la bonne clef pour qu’il s’épanouisse sans travail. C’est une illusion. L’homme ne se révèle pas, il se construit péniblement. En revanche chacun porte généralement en soi la possibilité de développer ces qualités à force de volonté. L’esprit commando, ou l’esprit guerrier si l’on préfère, consiste avant toute chose à se contraindre et à accepter efforts et souffrances pour tirer le maximum du simple potentiel qu’est un individu. Si la volonté est essentielle, l’influence de l’environnement familial, éducatif ou culturel est aussi déterminante. D’où l’importance des structures éducatives et sociales pour permettre à un individu de s’épanouir. Si Bayard naissait aujourd’hui dans une famille de la bourgeoisie woke parisienne, il aurait plus de chance de se noyer dans ses complexes que de devenir « sans peur et sans reproche ». 

Quelles sont les applications concrètes qu’un individu normal peut tirer de votre livre ? 

En écrivant ce livre avec Nicolas Moinet, qui est sans doute aujourd’hui un des meilleurs praticiens-chercheurs francophones en intelligence économique, nous avons voulu opérer une fusion des cultures du combat civiles et militaires. A l’inverse des ouvrages stéréotypes dont raffolent les Anglo-Saxons, nous avons voulu nourrir la réflexion du lecteur plutôt que de lui donner une liste simpliste d’exhortations et de tâches à accomplir. 

Le bien-être n’est pas directement lié à la performance mais au sentiment de plénitude que ressent l’individu lorsqu’il atteint les objectifs qu’il s’est fixe.  La « voie commando » allie une méthodologie de l’action qui implique la boucle OODA (observer, orienter, décider, agir), a une véritable hygiène physique, intellectuelle et morale pour analyser, concevoir, agir, surprendre et dominer. Cette approche a fait ses preuves sur le terrain face à des ennemis déterminés dans le contexte extrême du combat létal. Elle est parfaitement transposable dans la guerre économique ou dans la compétition sociale. 

Vous dites que le courage est une décision alors que la peur est une réaction. Comment peut-on s’affranchir des réflexes reptiliens à notre époque ?

 La mode de la déconstruction a finalement privé l’individu de toute médiation entre ses instincts et ses aspirations. Il se défend instinctivement, il ne sait plus vraiment décider et agir. La vie est un combat car toute action est une contrainte exercée sur l’environnement, sur l’adversaire, sur la société ou sur soi-même. En voulant affranchir l’homme de la lutte, la postmodernité l’a dépossédé de lui-même et enfermé dans une sorte de passivité. S’affranchir des réflexes reptiliens nécessite avant tout de redonner du sens à l’action, de retrouver le gout du combat, de valoriser la volonté. Le réarmement moral individuel et collectif est indispensable pour s’affranchir de trop nombreuses incitations au renoncement. N’oublions pas que nous vivons dans un cadre de compétition globale et que nos adversaires font preuve d’une force morale qui nous fait malheureusement trop souvent défaut. 

La vie est un combat car toute action est une contrainte exercée sur l’environnement, sur l’adversaire, sur la société ou sur soi-même

Croyez-vous que votre méthode puisse être exportable à l’école, dans le sport ou pour le traitement du mal-être professionnel ?

Avant de revenir en unité de combat, j’ai eu l’occasion de servir pendant deux ans au régiment du Service militaire adapté de la Martinique.  Il s’agit d’un dispositif militaire d’insertion socio-professionnelle où de jeunes volontaires issus de milieux défavorisés apprennent un métier et des valeurs sous l’uniforme. Près de 80 % d’entre eux trouvent un travail à l’issue sur une ile où 75 % des jeunes sont touches par le chômage. La pédagogie employée est justement ancrée dans l’esprit guerrier qui arme ces jeunes Français pour la vie. Donc, oui, je crois sincèrement aux vertus éducatives du développement de ces valeurs qui devraient trouver leur place à l’école. 

Pour ce qui est du sport, ce n’est pas par hasard que Fabien Galthié a choisi d’effectuer la préparation du XV de France au sein d’un régiment de l’armée de Terre, le 1er étranger de cavalerie. Le sentiment d’unité y est poussé à sa plus haute expression.  Même la victoire d’un boxeur sur le ring est celle du groupe formé par le sportif et l’ensemble du staff qui l’a mené à la victoire. Enfin, le mal-être résulte souvent d’un déséquilibre intérieur. Il n’y a pas de remède miracle et s’inspirer de l’esprit commando ne dispense évidemment pas de s’interroger sur sa vocation ou de travailler avec un psychologue si nécessaire. En revanche, les qualités que nous avons énoncées participent à l’épanouissement de l’individu puisqu’elles lui permettent d’agir plus efficacement, d’atteindre ses objectifs et de réaliser ses ambitions. Le mal-être résulte souvent du sentiment d’inutilité ou d’impuissance. L’esprit guerrier contribue à y pallier. 

Vous citez l’exemple du roi Chaka Zoulou comme modèle de développement d’un esprit de corps et d’une identité commune. Cela est-il toujours possible dans la société contemporaine ?

Chaka Zoulou avait compris qu’il n’accomplirait jamais rien sans une force unie. Son génie militaire s’est doublé d’un génie identitaire qui a permis l’intégration systématique des vaincus. Il a compris que l’identité était une forme de communion qui démultiplierait la force collective de son peuple. La force de l’identité zouloue a dépassé l’atomisation tribale. Alors que le front pionnier des populations bantoues se faisait par dispersion, chaque clan essaimant progressivement des rhizomes appelés à prendre leur autonomie, Chaka Zoulou agit par concrétion. Il fédère, rassemble, unit. Ses succès sont ceux d’un ensemble identitaire cohérent contre un modèle ethnique atomisé.  L’unification culturelle s’est doublée d’une unification par le combat mené en commun, chaque homme de l’empire devant quinze ans de sa vie à l’armée zouloue. 

Le modèle militariste et conquérant, sanglant même, mis en place par Chaka est évidemment inadapté à notre société. En revanche, ses principes sont intangibles. Le dépassement des micro identités ethniques par un modèle national inclusif, comme l’est le modèle traditionnel français, est non seulement possible mais souhaitable si nous voulons défendre nos intérêts et nos valeurs dans le monde de demain. Si le combat militaire a perdu une partie de sa centralité, nous sommes entrés dans l’ère des guerres entre sociétés dans leur ensemble. Ce combat global impose de reconstituer les liens sociaux distendus de notre pays, à moins que nous ne préférions subir une tutelle extérieure.

Avoir le sens de l’humour, c’est être capable de reprendre l’initiative et de surprendre, donc de vaincre

L’esprit commando met en avant deux vertus parfois négligées dans le coaching et la préparation mentale :  l’humilité et l’humour.

L’humilité n’est que le respect de soi et des autres. Elle ne consiste pas à s’effacer mais au contraire à affirmer une personnalité d’autant plus forte qu’elle est dégagée des faux-fuyants et des illusions parce qu’elle sait ce qu’elle doit aux siens et à son environnement.  L’humilité nourrit une juste fierté mais interdit les écueils de l’orgueil.  L’humour, lui, consiste à prendre du recul sur une situation, à la tourner de manière inattendue, à l’aborder de façon disruptive. Avoir le sens de l’humour, c’est être capable de reprendre l’initiative et de surprendre, donc de vaincre. Si on veut aller plus loin, on peut même dire que cela revient à accepter la dimension tragique du monde mais à refuser de se faire écraser par elle.


Agir ou subir ? de Raphaël Chauvancy et Nicolas Moinet
Dunod, 156 p., 15,90 €

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