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Ambitieux et sans équivalent, tel se montre le projet du poète Brice Bonfanti avec ses neuf Chants d’utopie, deuxième cycle dont le premier cycle a déjà été publié aux éditions Sens & Tonka. Parce que nos sociétés sans aventure ni rêve ont besoin d’utopie et d’épopée, la vision élaborée par Bonfanti est une réponse à la question du sphinx d’aujourd’hui : « Qu’est-ce que le Réel ? »
Des figures historiques – Gutenberg, Dante, Essenine, Shafak, Dagerman, Juarroz – du monde entier – Brésil, Palestine, Suède, Pologne, France, Israël – déploient par de courtes épopées un imaginaire chatoyant où l’espérance point parmi la violence, composant à terme un grand chant à la mesure de l’homme ontologique.
« Fadwa fait la vaisselle. Elle lave les mots, usés par un usage machinal irréfléchi, qui ne réfléchit rien, qui ne renvoie à rien. Les mots usés ont arrêté de réfléchir : la lumière », dit le poète lorsqu’il chante la poétesse opprimée Fadwa Touqan.
« Dans la détresse, se retournant, converti, Stig voit et vit : l’autre face invisible d’abord du dehors, visible maintenant du dedans de la porte, ouverte : la liesse. », quand il évoque Stig Dagerman. Et puis un chant, nommé Bruit, virtuosité d’ironie sur notre monde comme il ne va pas à partir d’un texte contemporain amené à Gutenberg pour qu’il le publie : « l’universel c’est l’uniforme c’est connu c’est déconstruit on sait très bien que c’est celui du mâle blanc phallocrate occidental ethnocentré qui veut garder rien que pour lui ses privilèges épistémopolitiques, (etc) ».
Il est impossible de donner une image précise de ce poème ramifié, mais nous indiquerons simplement son existence pour qui veut se ressourcer à l’ombre du poème solaire.
Gwen Garnier-Duguy
CHANTS D’UTOPIE, DEUXIÈME CYCLE Brice Bonfanti Sens & Tonka & Cie 258 p. – 19,50 €

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