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Avec Voir venir Laisser dire, Jacques Ancet se tient au plus près de ce que permet la poésie en matière de méditation active sur le langage. Le poète fait l’expérience nue du sens en en remontant la racine. Cherchant à voir clair, il fait apparaître soudain l’image poétique juste, laquelle colore la rationalité du mouvement du mystère.
« Je ne peux pas, je vois / ou plutôt, dit-il, j’écoute. / Ce que je vois je l’entends. / Le ciel comme un drap, des feuilles, / j’entends ces mots, et je vois. / Et mes yeux n’y sont pour rien. // Ou peut-être, si, quand même, / chaque mot en a besoin / pour se donner une image. / On dit oiseau, on dit chêne / et on voit ce qu’on entend ».
Cette remontée à la source du Dire, du Voir lui fait dire : « On voit, c’est-à-dire on parle ».
Qu’un poète aujourd’hui fasse ce mouvement exigeant une remontée à la source pure du sens, à l’image d’un Platon, indique peut-être la nécessité pour la parole de sortir des embourbements relativistes du chaos.
Le rythme de sept syllabes choisi par le poète confère au poème la musique de la création, comme à une remontée symboliquement ontologique. Est-ce la voie du chant de l’homme accompli? « Le regard voit le regard / ce qu’il voit c’est le désir ».
Ce livre a reçu le Prix Roger Kowalski des lycéens 2019. Cela confirme-t-il que l’exigence du sens est l’appétence profonde d’une jeune génération qui cherche l’éclairage du poème ? Sans aucun doute, à l’image de ces vers en dentelles: « Tu prends / entre tes doigts comme un brin / de lumière, tu le fixes ». Miracle de la poésie.
Gwen Garnier-Duguy
VOIR VENIR LAISSER DIRE Jacques Ancet La rumeur libre 135 p. – 17 €

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