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Avec l’hiver et la pandémie fleurit avant l’heure une voix solaire que l’on n’avait plus entendue depuis 2009, celle de Linda Maria Baros, où passent, avec sa Nageuse désossée, les remous des Légendes métropolitaines. La poétesse, prix Apollinaire 2007, avec ce cinquième recueil, ingère la ville comme si c’était le monde, et à travers son athanor en tire une quintessence qui, par-delà les turbulences qu’elle affronte, laisse des traînées conjuratrices pour nos corps malmenés.
« Le matin, comme une crypte, se mure sur la ville. / Une vibration profondément vissée / dans le béton précomprimé de l’atmosphère. […] Mais sous les enseignes des hôtels ? des urètres de néon / savamment tressés ?, commence à couler l’argent, / par vagues, orné d’éléments de sûreté. / Il transperce les membranes. / La ville de béton s’accouple avec la ville de chair. »
« Demain / Tu ne trembleras plus comme une aiguille dans un pissoir. / Tu les libéreras pour qu’elles nagent à nouveau, / le long des grands boulevards, tels des crustacés roses / détachés de la lumière du soir. »
Sept parties puissamment métaphoriques composent ces légendes métropolitaines : Le macadam, Les murs, Les toits, Les ponts, Les souterrains, Les banlieues et Les voies périphériques. La langue de Baros sublime les événements et les repères qui sont les nôtres dans cette ville-monde où une lutte acharnée se joue par le corps, par la chair, entre l’humanité et l’environnement hostile qu’elle a elle-même fabriqué.
La place du poète, ici, est fragile mais, toute désossée que soit la nageuse, c’est-à-dire la part rêvée de notre être, elle a cette capacité de laisser des signaux d’or qui peuvent guider notre conscience.
« Demain / Tu ne trembleras plus comme une aiguille dans un pissoir. / Tu les libéreras pour qu’elles nagent à nouveau, / le long des grands boulevards, tels des crustacés roses / détachés de la lumière du soir. »
Gwen Garnier-Duguy
LA NAGEUSE DÉSOSSÉE LÉGENDES MÉTROPOLITAINES Linda Maria Baros Le Castor Astral 100 p. – 12 €

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