Référendum en Nouvelle-Calédonie: au cœur du « Grand Jeu » Pacifique

@DR

Tandis que le référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie est annoncé pour novembre, se pose la question du rôle de ce territoire du Pacifique sud dans la stratégie Asie-Pacifique de la France, ainsi que son influence dans les rapports de force internationaux. Considérer cette crise sous le seul prisme de la revendication indépendantiste vis-à-vis de l’ex-puissance coloniale serait naïf.

 

La Nouvelle-Calédonie (NC) suscite des convoitises. Peuplée d’environ 260 000 habitants, sa superficie équivaut à deux fois celle de la Corse. Ses atouts sont tout d’abord économiques. Générant une ZEE de 1 740 000km² (deuxième plus importante de France) et des ressources halieutiques, minières (nodules polymétalliques, terres rares…) et en hydrocarbures, l’île possède également la troisième réserve mondiale prouvée de Nickel (minerai stratégique).

Par ailleurs, la Nouvelle-Calédonie dispose d’un potentiel géostratégique important. Elle est placée sur la même plaque continentale que la Nouvelle-Zélande et l’Australie, et se situe au carrefour des routes commerciales reliant l’Océan Pacifique et l’Océan Indien ainsi que l’Asie-pacifique à l’Amérique Latine. Ses routes sont appelées à se fortifier avec l’augmentation des échanges dans la région. Dans un futur proche, elles revêtiront des enjeux de puissance importants pour des pays comme la Chine, l’Indonésie, le Japon ou l’Australie. Les territoires insulaires ont toujours constitué des relais stratégiques pour les grandes puissances continentales thalassocratiques (la Nouvelle-Calédonie fut d’ailleurs un point d’appui important de États-Unis lors de la guerre du pacifique) sur des routes maritimes très rarement directes.

 

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On retrouve exactement ce schéma dans la zone pacifique contemporaine. La fin de la seconde guerre a provoqué une entropie géopolitique mondiale, causée par la décolonisation. L’océan Pacifique n’a pas non plus échappé à cette dynamique, entraînant la création de nombreux micro-Etats insulaires ou archipélagiques semi-bananiers.

Jusque dans les années 1990, la stratégie américaine fut prédominante dans une zone encore périphérique. Seules l’Australie et la Nouvelle-Zélande contestaient alors à la France sa présence dans ce qui relevait, selon leurs doctrines respectives, de leur zone d’influence. Ce sont ces pays qui sont à l’origine de la création d’un sentiment nationaliste pan-mélanésien, relayée par les micro-Etats insulaires, afin de subvertir l’autorité française en NC ainsi qu’en Polynésie Française (pour rappel, ces deux territoires sont inscrits sur la liste onusienne des pays à décoloniser).

De zone périphérique, l’océan Pacifique est devenu le principal théâtre d’affrontement des grandes puissances.

On observe depuis la fin des années 2000 un basculement stratégique. De zone périphérique, l’océan Pacifique est devenu le principal théâtre d’affrontement des grandes puissances. D’où le redéploiement de puissance des Etats-Unis vers le Pacifique afin de maintenir leur stratégie de containment, face à une Chine brûlant de contrôler ses approches (contrôle des premières et secondes chaînes d’îles), voire, de contester à long terme l’hégémonie américaine sur le Pacifique. On rétorquera que le Pacifique sud ne rentre pas directement dans ce cas de figure. Pourtant, agissant comme un saillant vers le nord, et, tout aussi important, porteur d’enjeux géoéconomiques vitaux, sa maîtrise est fondamentale.

 

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C’est dans cette optique que la Chine met en place une stratégie d’influence importante dans la zone, avec l’aide des diasporas chinoises, en reprenant à son compte les thèmes pan-mélanésiens, arrosant les micro-Etats insulaires de subventions et de contrats de développement, et les déstabilisant, à l’image des Îles Fidji, de la Nouvelle-Calédonie ou de la Polynésie française. Dès lors, on comprend que l’activisme Kanak – largement minoritaire – en Nouvelle-Calédonie n’est qu’une cause seconde sur un échiquier plus vaste. L’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ferait tomber de facto un territoire stratégique dans l’escarcelle chinoise.

In fine, Auckland et Canberra (et dans une moindre mesure Tokyo), auparavant hostiles, cherchent à présent à s’allier avec la France, contre une Chine prédatrice et des États-Unis ayant perdu leur statut de superpuissance hégémonique. Or, la France restructure efficacement une partie de ses forces dans le Pacifique. Mais elle reste malheureusement encore trop pusillanime, alors même que ses atouts pourraient lui offrir la possibilité de s’implanter durablement comme un acteur majeur de la région indopacifique. Tout comme le quinquennat Hollande, la présidence de Macron semble aller dans le bon sens mais pèche encore par un manque de volontarisme et une polarisation trop importante sur l’Europe.

 

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