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Remaniement ministériel en Espagne : l’ambassadeur à Paris devient MAE

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Publié le

12 juillet 2021

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Ce samedi, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez (PSOE) a annoncé un large remaniement ministériel. Jusqu’alors ambassadeur à Paris, le francophile José Manuel Albares a été nommé ministre des Affaires étrangères, pour remplacer la très controversée Arancha Gonzalez Laya. De quoi espérer une politique espagnole pro-française ?
Pedro Sanchez

Cela faisait plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois, que la rumeur courait outre-Pyrénées. Toutefois, c’est seulement ce samedi 10 juillet que le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez (PSOE), l’a officiellement annoncé : un large remaniement ministériel a eu lieu à Madrid. L’objectif affiché du chef de l’exécutif social-démocrate est clair : donner un nouveau souffle à la présente législature. Elle a effectivement dû affronter en un peu moins d’un an et demi la pandémie de coronavirus (avec des résultats peu concluants), une nouvelle crise économique, plusieurs élections régionales et des scandales à répétition.

La valse des portefeuilles ne devait pas toucher les ministres issus d’Unidas Podemos (coalition de gauche « radicale » qui gouverne aux côtés des socialistes), en vertu du pacte passé entre les deux forces en janvier 2020. Cet accord aura été respecté puisque seuls des ministres socialistes ont été contraints de quitter leurs fonctions ou de changer de ministère.

De fait, le remaniement est considérable car plusieurs poids lourds du PSOE ont perdu leur maroquin, souvent à la suite de graves désaccords internes.

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C’est le cas de la première vice-présidente du gouvernement, en charge de la Présidence, des Relations avec le Parlement et de la Mémoire démocratique, Carmen Calvo, qui aura payé cher son rejet de la « Loi Trans » portée par la ministre de l’Égalité, Irene Montero (compagne de Pablo Iglesias). Calvo perd sa vice-présidence au profit de la ministre en charge des Affaires économiques et de la Transformation numérique, Nadia Calviño. Cette ancienne fonctionnaire communautaire sera amenée à jouer un rôle fondamental dans la réception et la répartition des fonds que l’Union européenne doit distribuer à ses États-membres afin d’en favoriser la relance. Quant à Félix Bolaños, homme de confiance de Pedro Sánchez et négociateur de l’alliance entre socialistes et gauche « radicale », il hérite des autres portefeuilles de Carmen Calvo.

En conséquence, la communiste Yolanda Díaz, qui s’occupe du Travail et de l’Économie sociale, devient deuxième vice-présidente du gouvernement. Notons également que la socialiste Teresa Ribera, ministre de la Transition écologique et du Défi démographique, monte d’un cran avec son nouveau rôle de troisième vice-présidente.

Très fragilisé, José Luis Ábalos, ministre des Transports, de la Mobilité et de l’Agenda urbain, se voit remplacé par la jeune Raquel Sánchez, jusqu’à présent maire de la commune de Gavá (47 000 habitants environ), dans la banlieue de Barcelone. Il s’agit là de renforcer encore le poids des socialistes catalans, déjà représentés au sein du gouvernement national par Miquel Iceta. Ce dernier cède le portefeuille de la Politique territoriale et de la Fonction publique pour remplacer José Manuel Rodríguez Uribes à la Culture et au Sport. José Luis Ábalos devrait également perdre son rôle de secrétaire à l’Organisation du PSOE (numéro 3 de facto de la formation), déclenchant une nouvelle valse de postes au sein du parti.

Pour se substituer à Miquel Iceta, une autre jeune maire, Isabel Rodríguez, a été choisie par Pedro Sánchez. Elle est également nommée porte-parole de l’exécutif, en remplacement de la ministre des Finances, María Jesús Montero (qui reste cependant à son Ministère). Rodríguez cessera donc prochainement d’être premier édile de Puertollano (46 000 habitants environ), cité industrielle de Castille-La Manche.

Bien introduit dans les cercles du pouvoir français, José Manuel Albares pourrait donc mener une politique plus clairement favorable à nos positions, notamment au sein de l’UE

Très décriée après l’annonce de sa réforme du système scolaire espagnol, Isabel Celaá fait elle aussi les frais du remaniement puisqu’elle est remplacée par Pilar Alegría. Celle-ci était jusqu’alors déléguée du gouvernement (équivalent d’une préfète française) en Aragon et devient donc ministre de l’Éducation et de la Formation professionnelle.

De son côté, la présidente du Sénat, Pilar Llop, se substitue à Juan Carlos Campo à la tête du Ministère de la Justice. Très engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes, elle va devoir gérer des relations conflictuelles avec la magistrature. En effet, cette dernière accuse régulièrement le gouvernement Sánchez de chercher à briser l’indépendance de la justice. Llop aura également pour tâche de gérer le scandale lié à la grâce présidentielle récemment accordée à plusieurs anciens responsables séparatistes catalans condamnés pour l’organisation du référendum sécessionniste illégal du 1er octobre 2017. C’est théoriquement le socialiste basque Ander Gil qui devrait lui succéder à la tête du Sénat.

Parmi les autres femmes maires promues par Pedro Sánchez, l’on retrouve Diana Morant, jusqu’à présent à la tête de la commune de Gandie (près de 76 000 habitants), dans la Communauté de Valence. Elle se substitue au cosmonaute Pedro Duque en tant que ministre de la Science et de l’Innovation.

L’ambassadeur d’Espagne à Paris devient MAE

Vu de France, le choix le plus intéressant reste néanmoins celui de José Manuel Albares. Comme nous le signalions en janvier 2020, celui qui occupait jusqu’à présent le poste d’ambassadeur d’Espagne à Paris va ainsi devenir ministre des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération. Il doit prendre le relai d’Arancha González Laya, discréditée après des bourdes diplomatiques d’ampleur (récemment avec le Maroc).

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Francophile et parfaitement francophone, Albares est aussi l’époux d’Hélène Davo, conseillère Justice d’Emmanuel Macron depuis août 2019. Bien introduit dans les cercles du pouvoir français, il pourrait donc mener une politique plus clairement favorable à nos positions, notamment au sein de l’UE. Plusieurs dossiers rapprochent en effet les deux nations, à l’instar des visions budgétaires, du plan de relance communautaire, ou l’implication militaire dans le Sahel (où l’Espagne épaule notre pays). D’autres sujets, en revanche, seront plus délicats à traiter puisque notre voisin ibérique refuse par exemple de suivre la France dans sa demande de classement de l’énergie nucléaire parmi les sources énergétiques écologiques.

Tous les autres ministres non expressément nommés ici restent en poste. Le nouveau gouvernement, qui compte quatorze femmes et huit hommes, aura désormais fort à faire. L’échec du PSOE à s’emparer de la Région de Murcie, de la Castille-et-León et de la Communauté de Madrid entre mars et mai 2021 lui a porté un coup très rude. Tous les derniers sondages montrent que la gauche pourrait perdre le pouvoir au profit d’une coalition entre Parti populaire (PP) et Vox, tandis que les relations avec le nouveau cabinet régional catalan ne sont pas simples.

La lutte contre un taux de chômage en nette hausse, la poursuite de la campagne de vaccination contre la Covid-19 (dans laquelle notre voisin pyrénéen est bien avancé), la redéfinition du modèle territorial national ou encore le combat contre le dépeuplement de « l’Espagne vide » sont quelques-uns des défis auxquels Pedro Sánchez et ses ministres vont devoir se confronter. Ils s’y attelleront après avoir prêté serment devant le roi Philippe vi, dans les prochains jours.

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