Skip to content

Roumanie, république monarchique ou monarchie républicaine ?

Par

Publié le

17 février 2020

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1581752582820{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

La Roumanie – où toutes les contradictions imaginables se rencontrent et se réfutent sans cesse – est le seul État du monde où république et monarchie cohabitent dans une parfaite ambiguïté. Croisement étrange qui donne à ses légendes force de lois historiques.

 

 

 

Le 30 décembre 1947, le gouvernement communiste installé à Bucarest par les hommes et les chars de Staline exigea et obtint l’abdication du roi Michel Ier de Hohenzollern-Sigmaringen. C’est sur ce caractère forcé que se construisent, depuis trente ans, toutes les récriminations des monarchistes – qui semblent toutefois oublier qu’au fil de l’histoire les abdications ont presque toujours été imposées.

De même, les tentatives du roi Michel, exilé en Suisse, de rentrer en Roumanie et de s’y installer en qualité de simple citoyen furent rejetées à plusieurs reprises par le président post-communiste Ion Iliescu.

Après la chute du régime de Ceausescu, fin 1989, le nouveau pouvoir refusa d’organiser un référendum sur la forme de gouvernement du pays – obstination incompréhensible puisque toutes les études donnaient la république très largement gagnante. De même, les tentatives du roi Michel, exilé en Suisse, de rentrer en Roumanie et de s’y installer en qualité de simple citoyen furent rejetées à plusieurs reprises par le président post-communiste Ion Iliescu. Mais rien n’étant jamais définitif, le nouveau président démocrate-chrétien Emil Constantinescu lui accorda cette autorisation en 1997, agrémentée de privilèges que rien, peu de temps auparavant, n’eût laissés entrevoir.

 

Lire aussi : Un roi très chrétien ou rien du tout

 

La Maison Royale devint par la loi institution d’utilité publique, recevant de l’État un confortable traitement annuel ; le palais qu’occupait le roi avant l’abdication, nationalisé par le régime communiste, fut remis à sa disposition ; le protocole officiel plaça le roi dans une position équivalente à celle dont bénéficie le président, et recommanda aux États tiers de lui accorder les mêmes égards. La Roumanie s’inscrivait ainsi dans une dualité institutionnelle sans pareille dans les autres anciennes monarchies.

Sa fille aînée, la princesse Marguerite, invoquant les « Normes de la maison royale » rendues publiques en 2007 – dont la valeur est, sans doute, d’ordre familial, mais nullement législatif et encore moins étatique – commença par revendiquer le titre de reine, alors que toutes les Constitutions du royaume avaient maintenu la loi salique qui l’excluait de l’ordre de succession.

Le roi Michel, cependant, se montra discret politiquement. Dans ses rares déclarations, il se montrait surtout soucieux de la prospérité des Roumains et de la normalité des institutions existantes. Les choses changèrent radicalement après sa mort en décembre 2017. Sa fille aînée, la princesse Marguerite, invoquant les « Normes de la maison royale » rendues publiques en 2007 – dont la valeur est, sans doute, d’ordre familial, mais nullement législatif et encore moins étatique – commença par revendiquer le titre de reine, alors que toutes les Constitutions du royaume avaient maintenu la loi salique qui l’excluait de l’ordre de succession. On lui expliqua que nul ne peut être roi ou reine avant d’avoir été couronné et prêté serment à la nation. Elle dut donc se contenter de l’appellation Majesté, enjolivé de la singulière mention « gardien de la couronne ».

 

Lire aussi : Le clergé veut-il un roi ?

 

Les institutions de l’État se prêtèrent à ce jeu. Elle n’est jamais nommée autrement que « Sa Majesté Marguerite, Gardien de la Couronne », les majuscules étant obligatoires. Se voyant ainsi soutenue, la princesse organise des cérémonies officielles et ne se prive pas de donner son point de vue dans des questions qui devraient être du domaine exclusif de l’État. Chaque année, par exemple, elle reçoit les diplomates étrangers accrédités en Roumanie, dans le cadre d’une « Soirée royale du corps diplomatique ». Une telle soirée a eu lieu le 21 novembre dernier dans l’ancienne salle du trône du Palais royal de Bucarest – lieu hautement symbolique, que les autorités mettent à sa disposition. Devant ses invités, la princesse a tenu un discours de chef d’État, éminemment politique, au cours duquel elle a cru nécessaire de s’attaquer à la Russie et de déplorer, en les énumérant, « toutes ses attaques contre notre sécurité », au nombre desquelles a été citée la participation russe à la lutte contre le Califat islamique en Syrie. Le lendemain, l’ambassadeur de Russie à Bucarest publiait sur Facebook une réplique acide, expliquant et soutenant les positions de son pays, et qualifiant de « douloureusement primitives » les conclusions de la princesse. La réaction ne s’est pas fait attendre – mais elle ne vint pas de Marguerite : c’est le ministère roumain des Affaires étrangères qui, assumant implicitement les propos agressifs de celle-ci, convoqua immédiatement l’ambassadeur russe, lui reprochant, entre autres, d’avoir pris la liberté d’écrire dans son texte « madame Marguerite » au lieu de la pompeuse formule officielle. Le 17 décembre, le nouveau premier ministre Ludovic Orban se rendait au Palais Élisabeth pour discuter de l’agenda de la famille royale en 2020 « afin de renforcer la position de la Roumanie au sein de l’Union Européenne et l’OTAN ».

C’est un choix étonnant, mais qui, après tout, correspond à la confusion institutionnelle dans laquelle se complaît la Roumanie.

Voilà donc qu’à Bucarest, la relation avec la Russie passe après le souci de défendre les convictions géopolitiques de la princesse Marguerite. L’idée de demander au « gardien de la couronne » une quelconque retenue diplomatique ne semble pas avoir effleuré le nouveau ministre roumain des Affaires étrangères. Il a préféré sans doute un conflit diplomatique avec Moscou. C’est un choix étonnant, mais qui, après tout, correspond à la confusion institutionnelle dans laquelle se complaît la Roumanie.

 

 

Radu Portocala

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest