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Sam Szafran : génie confidentiel

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Publié le

6 janvier 2023

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Jusqu’au 16 janvier, le Musée de l’Orangerie organise une superbe exposition en l’honneur de Sam Szafran, aquarelliste monumental mais resté méconnu du grand public pour ne pas avoir participé à la mascarade de l’art officiel.
Sam Szafran

Né Sam Berger d’une famille juive polonaise, Sam Szafran pourrait être un cas thérapeutique intéressant. Grand obsessionnel travaillant en série, fasciné par l’ordre et le chaos, capable de reproduire dans ses œuvres, un à un, chaque bâton de couleur de ses immenses boîtes de pastel. Car c’est un pastelliste, à contre-courant des autres peintres qui ont abandonné cette technique depuis Degas. Ainsi il y aura eu, au cours de la seconde moitié du XXè siècle, des artistes ne cédant pas aux sirènes du happening, de l’installation stupide ; se dégageant de l’impasse dans laquelle l’abstraction et la série ne pouvaient que mener. Szafran, aquarelliste monumental, aura été de ceux-là et c’est parce qu’il ne participait pas à la mascarade de l’art officiel qu’il aura été, de son vivant, un artiste confidentiel. Il faut dire qu’une mise en avant de son œuvre aurait été trop révélatrice de l’arnaque que constitue souvent le label « Art contemporain ».

Méconnu du grand public, à travers cette exposition nous découvrons ses différentes périodes, comme celle sur son atelier. Son atelier c’est lui ; c’est du moins son état intérieur. Atelier rangé à l’extrême un jour, pastels alignés en dégradé ; craies volant au plafond dans l’œuvre suivante. Invité un jour à dessiner dans l’atelier de Zao Wou Ki, il reste fixé sur une feuille de philodendron qui le rend perplexe et n’aura de cesse ensuite de la dessiner dans d’immenses peintures sur soie. On découvre également sa phobie des escaliers dans une série vertigineuse. Hanté par son environnement – atelier d’artiste, escaliers labyrinthiques, intérieurs d’imprimerie, vues de rues aux impossibles perspectives éclatées, végétation luxuriante – plus que par les corps humains, Szafran reste obstinément figuratif, comme un rêve peut l’être parfois. Monomaniaque, phobique et peut-être bipolaire, il fait danser ensemble les opposés, aquarelle et pastel, humide et sec, vide et plein, ordre et chaos. Autodidacte qui fit de Giacometti son maître, il était temps, trois ans après sa mort, de rendre hommage à ses œuvres cathartiques. Jeanne Battesti et Nicolas Pinet

SAM SZAFRAN, OBSESSIONS D’UN PEINTRE, jusqu’au 16 janvier, Musée de l’Orangerie, Paris.

Lire aussi : Éditorial culture de janvier : Vœux

Ainsi la vie pastel

À l’occasion de ces « Obsessions », l’immense critique d’art Jean Clair fait paraître chez Flammarion des conversations qu’il eut, accompagné de Louis Deledicq, avec Sam Szafran en 1999. Le ton de ces dialogues est aussi brut que le laisse supposer le titre : c’est bien devant « un gamin des Halles » que nous nous trouvons, espiègle, farce, revenu de tout et curieux de tout, poulbot, bagarreur, sans illusions et pourtant sans désespoir. Membre éminent de la « bande des Lilas » à 15 ans dans les années 50 (« Ma spécialité, c’était la chaîne de bicyclette »), l’enfant perdu comprend un jour qu’il a un « don » : il prend des cours du soir en dessin et peinture, fréquente les bars de Montparnasse où il rencontre tout ce que Paris compte alors d’artistes et de bohème, se lance dans l’abstraction comme tout le monde. Un jour comprend qu’il a mieux à peindre, et devient ce Sam Szafran des escaliers et des paysages que l’on connaît désormais.

Ces discussions, à peine récrites, fourmillent d’histoires abradabrantesques, de portraits sur le vif de ses contemporains (« Moi j’aimais bien Yves Klein. Mais c’était un con »), retracent une histoire de l’art parallèle, dans une France d’après-guerre qui n’est plus tout à fait le phare de l’humanité précédent, mais où Giacometti côtoie encore Ipousteguy, et alors que la doctrine glacée de l’« Art contemporain » n’a pas encore éteint toutes les ardeurs. Le récit décousu, profond et magistralement drôle d’un Villon de la peinture. Jacques de Guillebon

UN GAMIN DES HALLES, SAM SZAFRAN – Conversation avec Jean Clair et Louis Deledicq
Flammarion, 128 p., 19 €

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