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Savon solide : L’arme fatale contre le virus

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Publié le

23 avril 2020

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Plus vieux produit d’hygiène du monde (4 000 ans avant JC), le savon revient en force. Il fut délaissé longtemps pour les gels de douche. Mais aujourd’hui, les consommateurs en quête de vérité se tournent vers ce produit authentique et économique. Il s’agit d’un retour aux sources avec des recettes simples. En France, des industriels et des artisans savonniers sont les chevilles ouvrières de cette renaissance.

 

 

 

L’individualisme a donné à l’homme la trompeuse impression d’être tout-puissant. Le relâchement dès les années soixante-dix fut global: la morale, les mœurs et enfin l’hygiène. Résultat, cinquante ans après mai 1968 nous entretenons un rapport douteux avec l’hygiène. À peine deux hommes sur trois se lavent les mains après être allés aux toilettes (contre 75% des femmes). Seuls trois Français sur quatre se lavent quotidiennement. Les industriels des cosmétiques et de l’hygiène se lamentent car d’une manière générale, on se maquille moins, on se rase moins, on se lave moins.

Le bon vieux savon que l’on trouvait vieillot s’avère être l’arme fatale. Le coronavirus est en effet protégé par une enveloppe de lipides que seul un détergent comme le savon peut briser. En sachant qu’il faut se savonner les mains durant au moins 20 secondes en portant une attention particulière aux ongles, véritables nids à microbes.

Autre symptôme du relâchement de l’hygiène, la réapparition de la punaise de lit. Disparue en France depuis la Seconde Guerre mondiale, cet insecte rampant qui se nourrit de sang humain fait un grand retour. Sa prolifération est telle que le gouvernement a annoncé le 20 février un plan de lutte afin de l’éradiquer.

 

Depuis la déflagration du Covid-19, l’hygiène redevient un enjeu économique, politique et social. Le bon vieux savon que l’on trouvait vieillot s’avère être l’arme fatale. Le coronavirus est en effet protégé par une enveloppe de lipides que seul un détergent comme le savon peut briser. En sachant qu’il faut se savonner les mains durant au moins 20 secondes en portant une attention particulière aux ongles, véritables nids à microbes.

 

« Dans les années soixante, lorsque j’étais écolier, se souvient Pascal Marchal, le dirigeant de La Savonnerie de l’Atlantique, nous avions une leçon de morale le matin, et à midi l’instituteur vérifiait que nous nous étions lavé les mains. Aujourd’hui, je suis effaré d’apprendre que dans les écoles il n’y a plus ni savon, ni papier toilette ».

 

Lire aussi : Eaux de vie, rechercher l’âme des fruits

 

Cinquante salariés travaillent à La Savonnerie de l’Atlantique. Ils sont les héritiers d’une tradition qui remonte au premier Empire : afin de faciliter l’accès du savon au plus grand nombre, Napoléon remet en cause en 1811 l’obligation d’utiliser exclusivement de l’huile d’olive pour la fabrication du savon. L’industrie savonnière nantaise se différencie alors de sa concurrente marseillaise. Elle utilise de l’huile de palme comme corps gras. Florissante jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’industrie nantaise périclite jusqu’à l’extinction. En 2006, Pascal Marchal et deux autres actionnaires (Yves Cavalier et Patrick Dailly), reprennent la dernière usine qui est en dépôt de bilan.

 

« Nous sommes fers de dire que nous sommes des industriels, poursuit le dirigeant. Pour nous, le savon est un produit de première nécessité qui doit être disponible à un petit prix ». La PME nantaise a produit en 2019 8 500 tonnes de savon, c’est-à-dire quarante millions de savons: « En cas de mobilisation, nous avons une capacité de 10 000 tonnes ».

 

Lors du dépôt de bilan en 2006, La Savonnerie de l’Atlantique avait pour clients exclusivement les enseignes de la grande distribution. Pour réduire leur poids, la PME crée ses propres marques: Cigale et Cigale BIO (des produits à l’identité provençale) et Superclair (détergents qui respectent l’environnement). Ces marques propres représentent aujourd’hui 25% du chiffre d’affaires.

 

Aux antipodes de l’industrie se situe l’entreprise de Michel Valentin. Ce jeune entrepreneur de 24 ans est un savonnier militant. En 2016, étudiant en biologie, il crée sa marque : Nous le savons. « C’est un jeu de mots signifiant notre conscience des mensonges de l’industrie cosmétique.

 

Aujourd’hui nous savons la nocivité des additifs chimiques. Nous le savons, alors on se débrouille par nous-mêmes en faisant notre propre cosmétique ». Il y a quatre ans, Michel Valentin commence à faire des savons dans sa cuisine. Il souhaite avant tout résoudre ses problèmes d’eczéma. Satisfait de ses créations, il offre à Noël des produits cosmétiques à ses amis puis décide de créer son entreprise. « Je fournis une alternative aux savons, gels douche et liquides vaisselle issus de l’industrie pétrochimique ». Les savons de Michel Valentin sont fabriqués à partir d’huiles 100% végétales et bio. Certaines matières premières comme les graines de pavot, le maïs ou les orties proviennent de son jardin.

Sur leur site, Géraldine et Alain ont aussi créé un camping nature. À la naissance des chevreaux, leurs campeurs traient les chèvres dont le lait sert à la fabrication des savons. Il existe aussi des savons à la laine d’Alpaga, aux agrumes et au café. Les ingrédients utilisés sont le beurre de karité, l’huile de coco, de ricin et d’amande douce.

C’est au sein d’un domaine naturel en Vendée que Géraldine Thion et Alain Mayer ont créé leur savonnerie. La ferme du Vigneau possède six hectares où paissent chèvres, ânes et alpagas. « La création de notre savonnerie fut une vraie rupture dans notre vie, explique Alain. Il y a dix ans j’étais directeur des ressources humaines. Je n’en pouvais plus, les relations dans l’entreprise sont devenues très violentes ». Sur leur site, Géraldine et Alain ont aussi créé un camping nature. À la naissance des chevreaux, leurs campeurs traient les chèvres dont le lait sert à la fabrication des savons. Il existe aussi des savons à la laine d’Alpaga, aux agrumes et au café. Les ingrédients utilisés sont le beurre de karité, l’huile de coco, de ricin et d’amande douce.

 

Les savons artisanaux produits à la ferme sont devenus une tendance de fond. Ingénieure agricole, Béatrice Lecerf dirige une exploitation dans l’Aisne. Il y a deux ans, elle crée son laboratoire Les Savons de Béa. Comme la majorité des savonniers artisanaux, Béatrice Lecerf utilise la méthode de fabrication dite de saponification à froid. Il s’agit d’une méthode ancestrale qui veille à ce que l’intégralité des huiles ne soit pas transformée en savon. Ainsi la peau peut bénéficier des vertus hydratantes et apaisantes des huiles. Pour que les savons aient une haute qualité cosmétique, Béatrice Lecerf privilégie la fraîcheur. « Je coule ma pâte, le lendemain je la coupe et l’estampille. Je laisse mes savons séchés pendant un mois avant de les emballer. Je refuse de vendre des savons en stock depuis deux ans ».

 

Lire aussi : Vins de Savoie, l’âge de maturité

 

Nourrir la peau est la grande vertu des savons artisanaux. « Je fais des savons surgras à 12% alors que les savons traditionnels ne dépassent pas les 5 à 8% », dit Arnaud Bourdon. Cet ancien vendeur de machines de travaux publics, a toujours eu la passion des savons. « Enfant sur les marchés, je restais cloué au stand des savons. Adulte, j’ai continué à les collectionner ».

 

Pour son fils qui connaît des problèmes de peau, il décide de changer de vie. Il crée sa marque Artn’O, des savons produits avec des huiles nobles comme l’argan, le sésame, l’avocat et le soja. « Je cherche une hydratation maximum afin d’obtenir une grande pénétration. Quand vous sortez de la douche après avoir utilisé un de mes savons, vous avez l’impression d’avoir une pellicule sur la peau ».

« Dans ce monde très bourgeoisement stabilisé avec ses innombrables petites sécurités et protections, jamais il ne se produisait rien de soudain », écrit Stefan Zweig dans Le Monde d’hier. Depuis quelques semaines, notre monde confiant, vulgaire et superficiel vole en éclat. Une réaction saine commence à se dessiner: le retour à l’ordre et à l’hygiène. Avec une note de réserve toutefois: sentir bon d’accord, mais rester libre.

Arnaud Bourdon possède une boutique atelier à Montmirail. En hommage à Napoléon, il vient de créer le savon impérial. Un savon parfumé à l’eau de Cologne de l’empereur. « Dans ce monde très bourgeoisement stabilisé avec ses innombrables petites sécurités et protections, jamais il ne se produisait rien de soudain », écrit Stefan Zweig dans Le Monde d’hier. Depuis quelques semaines, notre monde confiant, vulgaire et superficiel vole en éclat. Une réaction saine commence à se dessiner: le retour à l’ordre et à l’hygiène. Avec une note de réserve toutefois: sentir bon d’accord, mais rester libre.

 

 

Benjamin de Diesbach

 

 

 

Acheter des Savons :

 

-La Savonnerie de L’Atlantique: Savon-atlantique.com – 0240135070

-La Savonnerie Argasol: argasol. fr – 0389588343

-La Savonnerie du Vigneau: lasavonnerieduvigneau.fr – 0251055559

-Nous le Savons: nouslesavons.fr – 0689231677

-La Savonnerie Artn’O: savonnerie-artno.com – 0644935675

-Les Savons de Béa: 0678572392 / lessavonsdebea. com

-La Route Mandarine: route-mandarine.com – 0642050601

 

 

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