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Sébastien Chenu, le vrai candidat de la Macronie ?

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Publié le

10 juin 2021

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Pas moins de cinq ministres, dont Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti, ont été dépêchés dans les Hauts-de-France. Pour barrer la route de l ’Élysée à Xavier Bertrand et stopper la progression de l’ « extrême droâte », incarnée par Sébastien Chenu. À leur place, on ferait plutôt alliance avec Chenu. Il est bien plus proche de leurs idées.
Chenu

Sébastien Chenu a une qualité indéniable : il sait se vendre. Il a su se vendre auprès de Marine Le Pen quand il l ’a rejointe, début 2016, au point qu’elle l’a fait porte-parole du RN dont il est devenu une des figures les plus médiatiques. Il a su se vendre auprès des électeurs qui l ’ont fait député du Nord. À 48 ans, il peut se rêver en ministre de la Culture si jamais… Pour l ’heure, il conduit la liste du RN dans les Hauts-de-France, la réunion du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie. En 2015, Marine Le Pen y avait obtenu plus de 40 % des voix au premier tour, échouant à conquérir la région du fait du retrait de la liste socialiste au profit de celle du LR Xavier Bertrand. Cette fois, la présidente du RN, ne voulant pas prendre le risque d ’y être battue à un an de la présidentielle, lui a passé le flambeau.

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Si l ’on se fie à la biographie qu’il affiche sur son site de campagne, cette confiance est méritée. On y découvre un homme dont la rencontre avec Marine Le Pen, un « coup de foudre autant amical que politique », lui a fait réaliser que « nous dressions les mêmes constats sur la France », elle, « aussi combative qu’à l’écoute », lui, l’ex-élu UMP qui a toujours « refusé les trahisons infligées par la droite à ses électeurs ». Y ’a qu ’à croire… Car le récit de sa vie que fournit Sébastien Chenu, dans le style de la collection d ’imageries pieuses « Belles Histoires et Belles Vies », est pour le moins lacunaire.

Vive l’UE pour promouvoir les LGBT

« Parce que j’ai toujours cru en la France, écrit-il, mon premier vote fut contre le Traité de Maastricht ». Coup de pot : en France, le vote est secret. Coup de pas de pot, les candidatures aux élections, elles, sont publiques. Il a voté « non » en 1992 ? Peut-être, mais ce qui est certain, c ’est qu ’en 2009, il est candidat, aux élections européennes, sur la liste conduite, dans le Nord-Ouest, par le maire de Valenciennes Dominique Riquet (UMP-Parti radical), lequel siège encore à Strasbourg, mais au sein du groupe… macroniste. C ’est Riquet qui a changé, pas Chenu, lui qui assurait avoir « toujours soutenu une ligne eurosceptique à l ’UMP »? Ben non. En 2009, la campagne des listes UMP n ’a rien d ’ « eurosceptique »: la ligne politique est fixée par Michel Barnier, qui conduit la liste francilienne. Et Chenu fait bien plus que s ’en accommoder. Dans un entretien accordé le 28 mai 2009 à L ’Observateur de Beauvais, toujours visible sur Dailymotion, il affirme : « Moi j ’ai choisi […] d ’être un militant pro-européen et donc j ’ai choisi de pouvoir parler d ’Europe durant cette période électorale. […] Je peux parler de ce que l’Europe apporte à Beauvais, de ce que Beauvais peut avoir besoin en matière d ’aides européennes, et ça, je trouve que c ’est un combat qui mérite d ’être mené ».

Si, mi-mai, Le Parisien a pu titrer que les travaux de la Grande Mosquée de Beauvais avaient repris, c’est notamment grâce à Sébastien Chenu qu’ils avaient pu être entrepris !

Et surtout, Chenu est le président de GayLib, mouvement revendicatif, alors associé à l ’UMP, pour les « droits » des LGBT. Or dans ce domaine, rien de mieux que l ’UE pour faire pression sur la France. « L ’Europe est évidemment le meilleur interlocuteur qui soit pour la lutte contre les discriminations », déclare-t-il dans le même entretien, ajoutant : « Le Parlement européen, en ayant voté la Charte des droits fondamentaux, est l ’institution qui porte le mieux ce combat-là ». Donc, « pour continuer à travailler sur ce domaine », il lui fallait être candidat… Ce qui donne, dans sa biographie officielle de 2021 : « Militant en faveur de l ’égalité des droits, ce qui à l ’époque n ’était pas des plus facile ». Quand on est candidat sur une liste de la majorité présidentielle, ça aide quand même un peu…

L’islam sur le même plan que le christianisme

De même, Sébastien Chenu résume en deux lignes plus de dix années de sa vie, ce qui témoigne d’une modestie qu’on ne lui connaissait pas, alors qu ’il a accompli là son plus beau fait d ’armes de nature à réjouir et Darmanin et Dupond-Moretti, et même Emmanuel Macron en personne, au point d ’en faire, plus encore qu’un allié de circonstance contre Xavier Bertrand, un ministrable pour la dernière phase du quinquennat: « C’est dans ma ville natale de Beauvais que j’ai d’abord été élu, maire adjoint, puis vice-président de la communauté d’agglomération de 2001 à 2014 », écrit-il, sans livrer aucune précision sur son bilan. Et pour cause : il ne serait guère apprécié par l’électorat mariniste. Car si, mi-mai, Le Parisien a pu titrer que les travaux de la Grande Mosquée de Beauvais avaient repris, c’est notamment grâce à Sébastien Chenu qu’ils avaient pu être entrepris ! 

Il faut, pour mesurer cela, se reporter au compte-rendu du Conseil municipal de Beauvais du 6 juillet 2010 (1). Une délibération qui vient au débat, présentée par le maire-adjoint Ali Djenadi, propose de vendre à l’association Espoir et Fraternité, représentée par son président, Nordine Zinbi, un terrain de près de 2 000 m2. À une condition : qu’il soit « exclusivement destiné à la réalisation d’un lieu de culte ». Afin de gagner du temps, les élus sont appelés à autoriser en même temps l’association à déposer une demande de permis de construire et à donner aussi tout pouvoir à Mme le maire pour « signer toute pièce nécessaire à la poursuite de cette affaire ». 

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Le « lieu de culte », c’est évidemment une mosquée : l’Association Espoir et Fraternité ne s’est pas toujours appelée ainsi ; à l’origine, elle s’intitulait plus franchement Association socio-culturelle islamique. La délibération est adoptée à l’unanimité. Donc avec le suffrage de Chenu, qui est bien présent et qui va prendre la parole. Pour s’en réjouir. D’abord en citant ce « joli proverbe arabe »: « La véritable mosquée est celle qui est construite au fond de l’âme ». Ensuite pour pourfendre les opposants à ce projet, en des termes habituellement usités par les « progressistes » (« Nous sommes hostiles à ce qui enferme. ») puis pour affirmer une vision de la civilisation française qui ravirait Emmanuel Macron : « Nous sommes attentifs à chacune des religions, nous n’en privilégions aucune ».

Enthousiasmé par la Grande Mosquée de Beauvais

Sébastien Chenu justifie encore son total engagement pour la mosquée par le fait qu’ « on en est à la troisième génération aujourd’hui d’immigrés, d’enfants d’immigrés, de petits-enfants d’immigrés qui aujourd’hui rencontrent des problèmes pour pratiquer leur religion dans notre ville ». On comprend donc qu’après tout, il ne s’agirait que de permettre à quantité de Français de confession musulmane de pratiquer leur culte. Même pas… Comme l’a rapporté Nordine Zinbi, à propos de l’association Espoir et Fraternité : « Le président est marocain, un vice-président algérien, un autre libanais. Nous avons également des frères sénégalais au conseil d’administration ».

Une décennie plus tard, Sébastien Chenu va bientôt pouvoir admirer le résultat de son vote enthousiaste du 6 juillet 2010. Mi-mai, les travaux de la Grande Mosquée de Beauvais ont repris, après une longue interruption due à un tarissement du financement

Une décennie plus tard, Sébastien Chenu va bientôt pouvoir admirer le résultat de son vote enthousiaste du 6 juillet 2010. Mi-mai, les travaux de la Grande Mosquée de Beauvais ont repris, après une longue interruption due à un tarissement du financement. Pour Le Parisien, Nordine Zinbi, toujours à la manœuvre, a assuré la visite du chantier. Le gros œuvre est achevé à 90 %. Capacité d’accueil : un millier de personnes. Avec une école attenante pour y apprendre l’arabe. Dans la mosquée, une salle de prière pour les hommes, une autre pour les femmes. Rien ne semble prévu pour les LGBT, dommage. « Au-dessus de ces salles de prière, a révélé Nordine Zinbi, il y aura un dôme de 8 mètres de diamètre en verre trempé. Au bout du bâtiment, en direction de La Mecque, nous érigerons un minaret de 5 mètres de haut ». De quoi ravir les musulmans de Beauvais, qui appartiennent, selon Le Parisien, à vingt-cinq nationalités différentes… Nordine Zinbi prie Allah pour que tout soit achevé fin 2022. On espère que Sébastien Chenu sera invité à l’inauguration. Il l’a bien mérité. 

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