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Semaine cinéma : ce qu’il faut voir et fuir

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Publié le

23 juin 2021

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Une Cruella d’enfer, un espion pas si ordinaire, le retour de Peter Pan ou une relation père-fils compliquée : que faut-il voir ou fuir cette semaine au cinéma ?
semaine ciné

Cruella de Craig Gillespie avec Emma Stone, Emma Thompson et Joel Fry

Londres, années 70, en plein mouvement punk rock. Escroc pleine de talent, Estella est résolue à se faire un nom dans le milieu de la mode. Elle se lie d’amitié avec deux jeunes vauriens qui apprécient ses compétences d’arnaqueuse et mène avec eux une existence criminelle dans les rues de Londres. On ne s’attendait pas à grand-chose, du moins à rien de bien positif, tant le nouveau filon de Disney qui consiste à pondre des remakes de leurs chefs-d’œuvre animés en film renifle davantage la recherche de biftons que de qualité. Cette Cruella est une bonne surprise. D’une part parce que l’histoire s’inscrit en amont des 101 Dalmatiens – de la naissance de la méchante en manteau de clébards tachetés jusqu’à son apogée de malfaisance – dans le Londres des Sex Pistols, et d’autre part parce que l’excellent Craig Gillespie prend un malin plaisir à mettre en scène ce duel d’affreuses grelûches merveilleusement interprétées par Emma Stone et la reine Emma Thompson. Si Cruella reste un divertissement (haut de couture) grand public, relativement prévisible et n’assume qu’à moitié la noirceur de son personnage, il reste suffisamment audacieux, et même jubilatoire par instant, pour surprendre.


Ibrahim de Samir Guesmi avec Abdel Bendaher, Samir Guesmi et Rabah Naït Oufella

Pour son premier passage derrière la caméra, l’acteur Samir Guesmi (Engrenages, Adieu Berthe) livre l’histoire poignante d’une relation compliquée d’un père célibataire et son fils. La vie du jeune Ibrahim se partage entre son père, Ahmed, écailler sérieux et réservé à la brasserie du Royal Opéra, et son ami du lycée technique, Achille, plus âgé que lui et spécialiste des mauvais coups. Mais un plan qui tourne mal va bouleverser sa vie. L’écriture est limpide, le script va à l’essentiel et la caméra filme avec précision des comédiens en état de grâce. D’une grande délicatesse et d’une justesse déroutante pour un premier film, Ibrahim économise les dialogues pour des non-dits qui valent mille mots, capte les gestes maladroits qui vous accélèrent le cœur et les regards qui vous humidifient la rétine. Rarement la complexité d’une relation père-fils, où s’entremêlent autorité et douceur, humiliation et admiration, eut été aussi bien mise en scène. Une grande réussite.


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Un Espion ordinaire de Dominic Cooke avec Oliver Johnstone, Benedict Cumberbatch et Merab Ninidze

1960 : modeste représentant de commerce anglais, Greville Wynne se retrouve impliqué dans la guerre froide. À la demande du MI-6 et de la CIA, il noue une alliance aussi secrète que périlleuse avec le colonel soviétique Oleg Penkovsky. Objectif : fournir les renseignements nécessaires aux Occidentaux pour éviter un affrontement nucléaire et désamorcer la crise des missiles de Cuba. Il entame alors une série d’allers-retours entre Londres et Moscou en prenant de plus en plus de risques. On aime bien les films d’espionnage, ce parfum vintage, costume gris, chapeau et berline noire. Construit en deux parties, Un Espion ordinaire livre un premier chapitre aimable mais déjà vu entre jeu de dupe et suspense pépouze, avant de bifurquer sur un chemin plus sombre mais trop sage pour vraiment accrocher le spectateur. Reste une reconstitution soignée, une belle interprétation et un éclairage intéressant sur les dessous la crise des missiles de Cuba.


Wendy de Benh Zeitlin avec Devin France, Yashua Mack et Gage Naquin

En 2012, le cinéaste américain Benh Zeitlin, à peine âgé de trente ans, se révélait avec Les Bêtes du Sud Sauvage, une claque cinématographique aux allures d’apocalypse version Terrence Malick. Onze ans plus tard, le voici de retour avec une version très personnelle de Peter Pan. Élevée par sa mère célibataire, Wendy s’étiole dans un quotidien dénué de magie. Un soir, la fillette part à l’aventure en sautant dans un train en marche avec ses deux petits frères, les jumeaux James et Douglas. Au terme du voyage, ils débarquent sur une île mystérieuse, où les enfants ne semblent pas vieillir et où règne un garçon rebelle nommé Peter Pan. Si la première partie subjugue par son parti pris, une ligne de crête entre féérie et réalisme, caméra à l’épaule et image granuleuse, la deuxième partie peine à accrocher le spectateur. Tous les codes du conte sont bien présents mais l’ensemble s’enlise dans une narration trop flottante. Ces personnages manquent de suffisamment de chair pour qu’on puisse s’identifier à eux, et l’émotion espérée n’arrive jamais. Restent une vraie pate de cinéaste, un univers délicieusement poétique et une ambition.

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