La semaine politique de L’Incorrect #5

« Que les gens ne montrent pas trop d’assurance dans leurs jugements, comme celui qui dans un champ, estime les blés avant qu’ils ne soient mûrs », écrivait Dante Alighieri dans La Divine Comédie. Ce partisan des Guelfes blancs montrait pourtant une inclination gibeline, favorable au retour d’un Empereur à Rome. Qu’en sera-t-il demain de la Catalogne ? Une IIIème République séparée de la couronne espagnole ou une nation autonome fidèle à son serment, incluse dans une Espagne unie et stable depuis plusieurs siècles ? La politique intérieure et la géopolitique sont aujourd’hui bien trop incertaines pour que nous montrions une trop grande assurance dans nos analyses. Nous jugerons les blés lorsqu’ils seront mûrs.

 

La Catalogne, IIIème République ?

La situation continue à se tendre en Catalogne, où Carles Puigdemont, au terme d’une longue réflexion ponctuée de faux départs et de retards, a décidé de proclamer unilatéralement l’indépendance de la Catalogne sous forme d’une troisième République, et donc sa séparation du Royaume d’Espagne, à la faveur d’un référendum illégal au regard de la Constitution de l’Espagne, organisé dans la plus grande confusion et n’ayant pas même réuni 50 % du corps électoral. Terrible, la crise qui frappe l’Espagne n’en est pas moins instructive, divisant les élites et l’opinion publique européennes, à la manière des Guelfes et des Gibelins du XIVème siècle. Les séparatistes s’attirent même des sympathies inattendues, ainsi de Robert Ménard qui, provocateur, a avoué avoir envie de dire « Vive la Catalogne libre ! », faisant grossièrement référence à Charles de Gaulle. Puis, dans un élan romantique, il est allé jusqu’à ajouter « Aujourd’hui dans les rues pavoisées de Barcelone, un peuple ne réclame, ni plus ni moins, que ce droit à disposer de lui-même, ce droit à l’autodétermination, inscrit dans l’article 1er de la Charte des Nations unies ». En filigrane, les propos de Robert Ménard, comme ceux tenus par des chantres du régionalisme de gauche, trahissent tant une profonde méconnaissance de la situation dans sa pleine complexité (juridique, historique, « identitaire » ou politique) qu’une soumission profonde aux totems et aux tabous de l’époque, à cette dictature de l’émotion et de l’instant, à ces mirages populaciers qu’on prend trompeusement pour de grandes aventures populaires. La junte formée par les indépendantistes catalans ne représente pas une minorité culturelle opprimée par un Etat central espagnol hargneux et autoritaire, encore moins un peuple colonisé par l’Espagne, mais bien une somme d’activistes partisans d’un micro jacobinisme égoïste. En effet, l’Espagne n’est pas la France, et les Catalans jouissent déjà d’une très large autonomie, au sein d’un Etat dans lequel leur nation est incluse depuis plusieurs centaines d’années. La manœuvre de Puigdemont et de ses sbires, notamment la CUP d’Anna Gabriel, constitue le tout premier coup d’Etat provoqué par une seule arme : la victimisation. En se présentant en victimes, les séparatistes savent bien qu’ils ne seront jamais tenus coupables de rien…D’où leur stratégie, si simple mais si efficace, consistant à provoquer dans l’objectif d’obtenir une réaction violente, alors que les sondages internationaux montrent un soutien de plus en plus modéré de la population en faveur d’une sortie de l’Espagne (environ 36 % des sondés selon une étude de l’institut CEO). Aux dernières nouvelles, Carles Puigdemont chercherait l’asile politique, non pas au Venezuela … mais en Belgique !

 

Emmanuel Macron en Guyane saison 2

Six mois après avoir vécu un mouvement social violent qui avait agité l’élection présidentielle, la Guyane recevait Emmanuel Macron. Le Président s’est montré offensif, comme à l’accoutumée, affirmant qu’il ne serait « pas le Père Noël parce que les Guyanais ne sont pas des enfants » et que la République céderait pas « aux gens qui sont en cagoule ». Ferme, voire autoritaire, Emmanuel Macron est allé au contact des « jeunes » du département le plus criminogène de France, faisant montre de son flair en repérant des fumeurs de joints. Le Président a aussi donné raison au collectif des « grands frères » en faisant de la lutte contre l’immigration irrégulière en Guyane l’un des grands chantiers du territoire. Il ne sera pas aisé d’apaiser la situation dans une France ultramarine littéralement rongée par le chômage endémique, les gangs, l’orpaillage et quantité de fléaux sanitaires. Si les déclarations franches d’Emmanuel Macron paraissent aller dans le bon sens, il faudra qu’il comprenne que la Guyane n’est que la répétition générale de ce qui pourrait advenir de la métropole demain… N’abandonnons pas la France d’outre-mer.

 

Que cherche Laurent Wauquiez ?

Son franc-parler, savamment étudié avec ses équipes de « com », le dessert grandement. Après s’être comparé à l’ancien ennemi public numéro un, Jacques Mesrine, il a affirmé que Pôle Emploi conseillait aux chômeurs de « profiter de la vie ». Un insoutenable mépris censé « faire peuple ». Il serait temps pour lui de se débarrasser de ses vilaines outrances verbales à l’heure où la France a tant besoin de retrouver ses esprits. Bien sûr, tout n’est pas faux dans ce qu’affirme le candidat à la présidence des Républicains, souvent frappé par de bons instincts. Néanmoins, l’objectif méritocratique affiché par Laurent Wauquiez ne saurait s’appuyer sur des discours convenus à destination de l’électorat retraité, flatté dans ses plus bas instincts. On aimerait que Laurent Wauquiez soit aussi courageux pour dénoncer la déferlante migratoire qui ira s’intensifiant dans les prochaines décennies.

 

La guerre des gauches ne fait que commencer

Toujours aussi remonté contre la France Insoumise, le député-maire Nouvelle gauche de Sarcelles, François Pupponi, s’est lâché dans l’émission sur LCP. Il a ainsi démontré, sans colère excessive, que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon avait collaboré avec Samy Debah, fondateur du Collectif contre l’islamophobie en France, proche de l’imam salafiste de Brest, lors des dernières élections législatives. La guerre des gauches ne fait que commencer. Avec elle, la guerre ethnoculturelle dans les quartiers sortis de la France historique, prêts à bientôt élire des représentants sur les seuls critères communautaires.

 

 « Montre Ta Croix »

Installée sur la commune de Ploërmel (Morbihan), une statue de l’artiste russe Zourab Tsereteli fait polémique depuis plusieurs années. Donné en 2006 par l’artiste à Paul Anselin, ancien maire divers droite de la commune, le monument se compose d’une statue de Jean-Paul II et d’une arche surmontée par une grande croix chrétienne. Suite à la saisie du Tribunal administratif de Rennes par la Fédération morbihannaise de la libre pensée et deux habitants de Ploërmel, le maire avait été enjoint de faire procéder, dans un délai de six mois, au retrait du monument. Décision annulée par la cour administrative d’appel de Nantes, invoquant une erreur de droit. Dernier épisode : le Conseil d’Etat vient de donner pour partie raison au TA de Rennes, estimant que la croix était contraire à la loi de 1905 interdisant « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public », tout en ne se prononçant pas sur le retrait de la statue en elle-même. Bref, cachez cette croix que nous ne saurions voir. Qui pourrait bien être dérangé par une croix en Bretagne, région parcourue de calvaires et d’églises ? Cette laïcité punitive, qui se borne à la négation et à la répression, ne correspond pas à l’esprit de la loi de 1905. Soyons raisonnables, une croix dans une ville de 9000 âmes ne met pas en danger la séparation des Eglises et de l’Etat, contrairement à tant d’atteintes quotidiennes du fait d’un islam de plus en plus conquérant, affichant ostensiblement ses velléités dominatrices. Au juste, l’Eglise catholique n’a pas même protesté contre la décision de la plus haute juridiction administrative française, son représentant l’abbé Jean-Yves Le Saux, vicaire général de l’évêché de Vannes, déclarant au Figaro que la décision était « mesurée » et qu’elle le satisfaisait. Preuve en est que l’Eglise en France n’est pas animée par une quelconque volonté de revanche ou un prosélytisme excessif. En l’espèce, ce sont surtout les Français qui ont manifesté leur désapprobation, via les réseaux sociaux en lançant le hashtag « Montre Ta Croix » qui a essaimé jusqu’en Pologne, où le chef du gouvernement Beata Szydlo a fait part de son mécontentement contre « le diktat du politiquement correct », défendant un symbole de « l’Europe chrétienne unie ». Les guerres picrocholines des membres de la libre pensée produisent de drôles d’effets…

 

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grobin@lincorrect.org

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