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Dans Douce France où est passé ton bon sens ? (Plon), Sonia Mabrouk tire la sonnette d’alarme : l’Europe occidentale est menacée par une mondialisation qui diffuse l’ignorance et favorise l’islamisme. Musulmane, elle en appelle au sursaut d’un pays, la France, qui doit assumer son héritage catholique.
Dans votre essai vous faites appel au « bon sens ». Pourquoi ?
Ce qui est trop évident est toujours suspect. Quand j’ai dit que j’allais écrire un livre sur le bon sens j’ai suscité le doute chez certains. C’est tout juste si on ne m’a pas soupçonnée d’être populiste. Mais qu’est-ce que le populisme ? Si on revient à la racine du mot, c’est être proche du peuple. Moi je crois en une intelligence instinctive. Je crois au pouvoir des livres mais aussi au bon sens que l’on a par trop ringardisé en France alors qu’il est une forme d’intelligence qui me paraît indispensable à la compréhension du monde. Nous avons, nous Français, le bon sens que mettait en valeur Descartes mais qui n’est malheureusement pas la chose la mieux partagée du monde, quand les Anglais ont le sens commun ou la common decency chère à Georges Orwell. Il est vrai que ces notions paraissent parfois étriquées à certains mais justement, je veux m’inscrire en faux contre cette tendance à ridiculiser le bon sens qui existe chez les intellectuels.
On peut être agnostique et même incroyant et être ému spirituellement parlant. La beauté d’une église catholique peut me bouleverser alors que je suis musulmane. À ce sujet, l’exemple de Michel Onfray me paraît probant : dans Le Point, il racontait récemment comment il se retrouvait sous la nef d’une église et décrivait son sentiment. Il était habité, à ce moment-là, par quelque chose qu’il ne pouvait appréhender en tant qu’athée. C’est ce « quelque chose » qui dépasse le cadre proprement religieux. Le spirituel est immanent.
Au fil de votre réflexion où vous abordez les questions ayant trait à l’islam et à l’islamisme, vous distinguez le spirituel du religieux. Qu’entendez-vous par « spirituel » ?
Pour moi, la spiritualité est plus vaste que la religion. Quand je rentre dans une église, une synagogue ou une mosquée, je ressens la même émotion et j’en déduis que la spiritualité transcende le religieux : elle est universelle et ne dépend pas d’un cadre dogmatique. Le religieux pose un cadre, la spiritualité dépasse les cadres. On peut être agnostique et même incroyant et être ému spirituellement parlant. La beauté d’une église catholique peut me bouleverser alors que je suis musulmane. À ce sujet, l’exemple de Michel Onfray me paraît probant : dans Le Point, il racontait récemment comment il se retrouvait sous la nef d’une église et décrivait son sentiment. Il était habité, à ce moment-là, par quelque chose qu’il ne pouvait appréhender en tant qu’athée. C’est ce « quelque chose » qui dépasse le cadre proprement religieux. Le spirituel est immanent. Chacun de nous, à un moment de sa vie, a ressenti cela.
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Très inquiète devant les progrès de l’islamisme, vous appelez à « spiritualiser l’islam par le christianisme ». Que voulez-vous dire ?
Le christianisme et l’islam sont frappés par deux maladies respectives. Chacune de ces religions a en elle le remède du mal qui frappe l’autre. D’un côté, nous avons un islam agressif et revendicatif, mais cette violence cache une faiblesse car le monde musulman se porte mal. Les chrétiens au contraire souffrent d’inhibition, ils n’osent pas assez s’affirmer. Si les chrétiens étaient plus sûrs d’eux, ils pourraient influencer favorablement les musulmans. L’absence d’affirmation des catholiques nuit au dialogue avec les musulmans. Ce n’est pas en faisant profil bas devant l’islam que les chrétiens seront respectés des musulmans. Ce que je crois, c’est que les musulmans doivent pouvoir s’intégrer dans le creuset chrétien qui a fait la civilisation occidentale. On oppose l’islam au christianisme alors qu’à certains égards leurs aspirations sont complémentaires. C’est en ce sens que je parle de « spiritualiser l’islam ». Mon prochain livre traitera de ce thème. Je ne supporte plus ce pessimisme ambiant. Il n’y a plus que des théories sur le naufrage et le déclin. Je voudrais réfléchir à la possibilité d’un espoir de coopération entre chrétiens et musulmans en France même. Je lis les islamologues actuels, notamment Olivier Roy que j’apprécie particulièrement, pour essayer d’y voir plus clair. Je voudrais étayer mon intuition et ma conviction sur un raisonnement qui ne trahisse pas ce que me dicte le bon sens. Les islamistes éprouvent d’autant plus un sentiment de toute-puissance que l’on a peur d’eux. C’est en assumant ce que nous avons été : une civilisation marquée par le christianisme, que nous aurons moins peur.
Je ne crois pas que l’islamisme va gagner la guerre contre nous. Nous n’allons certes pas bien mais l’islam aussi est malade. Le monde musulman est lui-même en déclin, c’est pourquoi je ne crois pas au « grand remplacement » théorisé par certains.
Vous semblez pourtant pessimiste sur l’avenir de notre civilisation ?
J’ai beaucoup aimé le livre d’Amine Maalouf sur le suicide des civilisations, mais en même temps je me dis que ce n’est pas possible. Je n’arrive pas à croire que la plupart d’entre nous vont admettre la fin de la civilisation, la fin des traditions et de la spiritualité chrétienne. Je ne peux pas accepter cette résignation qui est en grande partie fondée sur l’ignorance. Pourquoi l’islamisme séduit-il des jeunes ? Parce que ceux-ci n’ont aucune mémoire de ce qu’a pu signifier l’islam dans le passé, ils n’en savent rien et en ont une vision déformée. C’est pour cela que je ne suis pas contre l’enseignement de l’arabe. Certains croient que la connaissance de la langue arabe mène droit à l’islamisme. C’est l’ignorance qui y mène. Je ne crois pas que l’islamisme va gagner la guerre contre nous. Nous n’allons certes pas bien mais l’islam aussi est malade. Le monde musulman est lui-même en déclin, c’est pourquoi je ne crois pas au « grand remplacement » théorisé par certains.
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Que pensez-vous du retour sur scène de Tarik Ramadan ?
Comment ce personnage peut-il prétendre comparer sa situation à celle d’Alfred Dreyfus ? Quel manque de dignité. C’est un témoignage de plus de sa perversion mentale. C’est quelqu’un qui exploite depuis toujours le filon victimaire.
Je suis choquée par la pusillanimité des catholiques. Il ne s’agit pas de porter sa foi en étendard mais on sent une faiblesse d’affirmation chez les catholiques. Je ne comprends pas cette retenue qui ressemble à une forme de honte.
Un islamologue catholique a un jour proféré cette boutade : « Le drame est que le christianisme est mieux que l’islam mais que les musulmans sont mieux que les chrétiens ». Qu’en pensez-vous ?
C’est une boutade profonde. Je suis choquée par la pusillanimité des catholiques. Il ne s’agit pas de porter sa foi en étendard mais on sent une faiblesse d’affirmation chez les catholiques. Je ne comprends pas cette retenue qui ressemble à une forme de honte. À côté de cela, il y a un retour aux traditions et aux processions. Ce sont des signes positifs. Certains comme Onfray ne le voient pas, contrairement à Houellebecq qui est tout aussi athée. Je partage partiellement le diagnostic que fait Onfray dans Décadence mais contrairement à lui, je ne m’y résigne pas.
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Vous avez aimé Soumission ? Houellebecq fait-il un juste diagnostic ?
C’est un livre fondateur à mes yeux. Mais au-delà du constat déprimant sur la résignation complaisante de certaines de nos élites, il montre aussi qu’il existe un désir religieux très fort qui s’exprime à travers la nostalgie et la volonté de retrouver le fil d’une tradition perdue.
Il ne s’agit pas, comme le demandent certains, de supprimer certains versets violents du Coran, ce qui serait proprement absurde et infaisable, mais de resituer ce texte dans son contexte historique et de l’interpréter autrement que littéralement, avec toute la distance qui s’impose.
Quelle est votre perception du pape François ?
Je le trouve trop médiatiquement correct. Son discours sur l’islam n’est pas très pertinent. Ce sont aux musulmans de désigner ce qu’est le « bon islam ». Mais ils n’y parviennent pas vraiment, c’est là qu’est le problème. S’ils y parvenaient, l’islamisme ne serait pas à nos portes. Comme le pensait Malek Chebel que j’ai bien connu, il est urgent de réformer l’islam et d’entreprendre un vrai dialogue avec les chrétiens. Là aussi, il me semble que mon idée participe du bon sens. Il ne s’agit pas, comme le demandent certains, de supprimer certains versets violents du Coran, ce qui serait proprement absurde et infaisable, mais de resituer ce texte dans son contexte historique et de l’interpréter autrement que littéralement, avec toute la distance qui s’impose.
Les journalistes ne sont pas des juges et des moralistes mais des analystes. Tant pis pour ceux qui ne le comprennent pas.
Dans les médias – que vous critiquez au passage pour leur conformisme – votre point de vue n’est pas majoritaire. Avez-vous l’impression d’évoluer en milieu hostile ?
Je ne m’en rends pas compte. Je n’y prête pas vraiment attention. Je sais que certains vont me dire que je critique un système médiatique auquel j’appartiens. Les journalistes ne sont pas des juges et des moralistes mais des analystes. Tant pis pour ceux qui ne le comprennent pas.
Propos recueillis par Benoit Dumoulin et Paul-François Paoli
DOUCE FRANCE, OÙ EST (PASSÉ) TON BON SENS ? Sonia Mabrouk Plon 176 p. – 19 €

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