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Stan & Ollie : le crépuscule d’un tandem

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Publié le

7 mars 2019

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1953. Laurel et Hardy se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre. Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble. Mais leurs capacités à se faire rire mutuellement et à se réinventer vont leur permettre de reconquérir le public et de renouer avec le succès. Touchant.

 

Stan & Ollie s’ouvre sur un merveilleux plan séquence de six minutes en guise de prologue qui plonge aussitôt le spectateur au cœur d’un studio hollywoodien. Nous sommes en 1937, Stan Laurel et Olivier Hardy, au sommet de leur gloire, quittent leur loge pour se rendre sur le plateau de tournage. Ils parlent pognon et statut – dialogue annonciateur de leur déclin.

 

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Hardy, deux fois divorcé et joueur compulsif est ruiné ; quant à Laurel, conscient de la célébrité du duo, il souhaite renégocier son contrat. Puis, nous retrouvons le duo seize ans plus tard : à l’atmosphère bouillonnante du studio a succédé la solitude dans un brouillard anglais.

ette chute est celle d’un monument bicéphale du cinéma mondial qui a accumulé cent sept films et possède cette rare particularité d’avoir survécu au passage du muet au parlant et qui aura également donné naissance à trois musées, si bien que l’indissociable tandem, baptisé « Dick Und Doof » en Allemagne, « Flip I Flap » en Pologne ou « O Gordo e o Magro » au Brésil –, incarne encore aujourd’hui la pureté d’un art qui sublima l’absurde.

 

 

Il n’existe pas davantage de Hardy sans Laurel que de Laurel sans Hardy et c’est ce mécanisme que dissèque le réalisateur Jon S. Baird en tentant, au soir de leur carrière, de débusquer les hommes derrière la légende. Si Stan & Ollie souffre d’une structure un poil académique, emploie des répétitions lassantes pour montrer l’usure du duo et peine à échapper aux pièges inhérents au biopic, Baird réussit pourtant à insuffler à son film une profonde mélancolie.

C’est parce qu’il raconte une histoire d’amitié dont les protagonistes n’ont eux-mêmes pas conscience qu’il parvient à nous émouvoir de la sorte. En effet, s’ils sont inséparables à l’écran, on nous révèle subtilement que les membres du tandem considèrent leur lien exclusivement sous l’angle professionnel.

 

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On observe ces deux vedettes déchues séjourner dans des hôtels miteux et se produire dans des salles vides incapables de se rendre compte que leur moteur artistique tourne en fait au carburant de leur profonde amitié.

Comme un vieux couple pudique (sublime performance d’acteurs que celles de Steve Coogan et de John C. Reilly), Laurel et Hardy se refusent à exprimer leurs reproches, dissimulent leurs griefs par peur de détruire ce qu’ils ont créé, emploient leur savoir-faire en guise de savoir-être. C’est dans ce processus étrange où Stan et Olivier s’assimilent peu à peu aux personnages qu’ils ont créés que le réalisateur offre à son film sa singulière pertinence.

 

Comme un vieux couple pudique Laurel et Hardy se refusent à exprimer leurs reproches, dissimulent leurs griefs par peur de détruire ce qu’ils ont créé.

 

Lorsqu’enfin, le tandem fend l’armure au terme d’une querelle publique déchirante, l’un des témoins demande : « Était-ce drôle? ». « Je nous aimais », lâche Stan à Ollie ; lequel répond : « Tu aimais Laurel et Hardy, mais tu ne m’as jamais aimé ».

Certes l’humour irrigue le film, surtout lors de reconstitutions de sketchs très réussies, mais Jon S. Baird n’hésite pas à inscrire certains des numéros au sein-même du quotidien des acteurs, les teintant parfois même d’une certaine tristesse, comme lors de cette scène où Ollie monte difficilement les marches d’une gare avec sa malle, clin d’œil à l’une des célèbres scènes d’acheminement de piano (Livreurs, sachez livrer! 1932), unique film de Laurel et Hardy qu’aura récompensé un Oscar.

 

 

On trouve également une belle scène empruntée à Maison de tout repos, où Laurel réconforte un Hardy alité après une crise cardiaque. Handicapé de quelques lourdeurs évitables, Stan & Ollie séduit néanmoins par sa tendresse sincère et cet émouvant tableau de comiques mélancoliques.

Arthur de Watrigant

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