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Sylvie Perez, l’avant-garde anti-wokes

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Publié le

25 octobre 2023

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Dans la veine de ses articles de veille pour L’Incorrect ces dernières années, notre journaliste Sylvie Perez publie En finir avec le wokisme au Cerf, enquête ultra-documentée dans lequel elle examine la contre-offensive anglo-saxonne au wokisme. Une boîte à outils indispensable pour lancer la riposte chez nous.
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De quand datez-vous la prise de conscience du danger woke chez les Anglo-Saxons ?

Le livre d’Allan Bloom, L’Âme désarmée (1987), expose les ravages du politiquement correct. Le wokisme s’inscrit dans la lignée du politiquement correct. Il menace la libre-pensée. FIRE (Foundation for Individual Rights in Education), association fondée dès 1999 par deux juristes, Harvey Silvergate et Alan Kors, se constitue pour combattre la cancel culture sur les campus américains. Ses avocats bénévoles, spécialistes de la liberté d’expression telle que protégée
par le Premier amendement de la Constitution américaine, défendent étudiants et profs inquiétés pour leurs opinions ou leurs propos. À sa création, FIRE emploie 14 personnes, aujourd’hui une centaine.

De quels horizons politiques et sociologiques viennent les acteurs de cette riposte ?

De tous horizons. Exemple : en 2022, la définition d’une femme « fait polémique ». Les transfemmes (des hommes qui se sentent femmes) considèrent que définir une femme comme un adulte de sexe féminin est une offense qui leur est faite. À quelques mois d’écart, sortent deux documentaires sur le sujet, l’un présenté par Matt Walsh, figure de la droite conservatrice américaine, l’autre réalisé par deux documentaristes anglais de gauche qui exposent la détresse des féministes travaillistes rejetées par leur famille politique pour avoir critiqué l’idéologie du genre. Les acteurs de la riposte au wokisme dont je parle dans mon livre sont noirs, blancs, Pakistanais, homosexuels, transgenres. L’impératif diversitaire est sain et sauf !

Lire aussi : [Idées] Le wokisme est un gauchisme

Quels sont les principaux commandements de cette contre-offensive ?

Il faut d’abord comprendre le phénomène. Le wokisme est une nébuleuse complexe. Fin des années 2010, des intellectuels de bon calibre s’y attellent : la juriste Heather Mac Donald, les biologistes Bret Weinstein et Heather Heying, le philosophe Peter Boghossian, le mathématicien James Lindsay, l’auteur Coleman Hughes. Ils cernent le corpus intellectuel. Après quoi, il faut informer. La presse s’est montrée timide, voire malhonnête, à propos des effets délétères du wokisme qu’elle a passés sous silence. Depuis l’apparition de la plateforme Substack, bourgeonnent des newsletters qui sont d’excellentes sources d’information : Reality’s Last Stand (dernier combat pour la réalité) de l’américain Colin Wright, Gender Clinic News de l’australien Bernard Lane. Le podcast de Benjamin Boyce, le Rubin Report ou l’émission Triggernometry animée par les Britanniques Konstantin Kisin et Francis Foster, tendent le micro à la dissidence, avec beaucoup de fond et de sérieux. Enfin, il faut monter sur le ring. On pense à Jordan Peterson devenu une star mondiale pour son refus de se plier à la novlangue. Ou à l’équipe du Daily Wire : Candace Owens, petite fille d’esclave, qui croise le fer avec les néo-racialistes, Ben Shapiro, Matt Walsh… tous déterminés à ne pas laisser prospérer un mouvement dont ils redoutent les visées anti-capitaliste, collectiviste et totalitaire.

S’il fallait les catégoriser, quels sont les grands types d’initiatives à l’œuvre ?

L’approche de terrain est intéressante. FAIR (Foundation Against Intolerance and Racism) a maillé le territoire américain. Ils se regroupent par profession, en cercles de réflexion

et d’action, et défendent l’égalité devant la loi, à contre-courant des politiques identitaires, en s’appuyant sur un réseau d’avocats. Autre initiative concrète : Stella O’Malley, psychothérapeute irlandaise, fondatrice de Genspect, vient de publier un guide pour les parents dont les enfants se déclarent transgenres (When kids say they’re trans). Le premierrecoursestsouventlaclinique du genre où votre enfant sera précipité vers des traitements hormonaux invasifs. Ce guide détricote le jargon et propose d’autres solutions. En somme, vous avez l’entreprise pédagogique (expliquer ce qui se joue), l’approche pratique, ou encore l’ouverture d’établissements voués à remplacer des institutions gangrenées par le wokisme (je pense au lancement d’UATX, l’Université d’Austin Texas, dédiée à la liberté académique).

Parmi toutes celles que vous documentez, y en a-t-il une en particulier que vous voudriez mettre en avant ?

Christopher Rufo s’est attaqué à l’infiltration du wokisme dans les administrations et les institutions. Il a commencé par démasquer le racisme woke en révélant le contenu des formations réservées aux fonctionnaires blancs priés de prendre conscience de leur complicité raciste. Ça lui a valu l’oreille du président Trump qui a alors supprimé les stages diversitaires dans l’administration fédérale. Puis le gouverneur de Californie, Ron DeSantis a sollicité ses services. Rufo vient d’obtenir la suppression du Département d’études de genre et théorie queer de l’Université de l’État de Floride. La méthode Rufo repose sur trois angles d’attaque : médiatique, politique et juridique. Déloger le wokisme de l’appareil d’État est essentiel.

Grâce à cette contre-offensive, diriez-vous que le wokisme est en recul chez les Anglo-saxons ?

La folie transgenre recule au Royaume-Uni, en Finlande, en Suède et dans plusieurs États américains où de nouvelles lois interdisent la médecine du genre sur les mineurs. Mais l’administration Biden aux États-Unis, tout comme celle de Justin Trudeau au Canada, soutiennent au maximum la théorie du genre.

Dans quelle mesure la décision de la Cour suprême, qui interdit tout critère racial de sélection pour entrer dans les universités, constitue-t-elle un tournant ?

La décision de la Cour Suprême en juin dernier marque un tournant. Edward Blum, l’avocat qui mène cette bataille contre la discrimination positive depuis vingt ans, n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. Cet arrêt permettra d’en finir avec les quotas à l’embauche dans les entreprises et les administrations (des procès sont d’ores et déjà engagés) et de rendre caducs les départements DIE (diversité, inclusion, égalité) ainsi que l’ensemble de la bureaucratie diversitaire. C’est décisif.

Justement, on remarque que nombre d’actions vont en justice. Cela signifie-t-il que l’on peut déjà, en l’état actuel du droit, faire reculer le wokisme ?

Les procès des détransitionneurs, ces jeunes adultes qui regrettent d’avoir subi des traitements médicaux de changement de sexe (hormones et chirurgies) et attaquent leurs médecins pour dommages irréversibles, vont faire réfléchir à deux fois le Londres, 2022 corps médical, mais aussi les assureurs. MDA National, compagnie d’assurance australienne, a déclaré qu’elle ne couvrirait plus les médecins qui recommandent des transitions de genre à des patients mineurs.

Lire aussi : Quand le wokisme s’immisce dans le monde de l’entreprise

Voyez-vous des initiatives intéressantes en France, dans la veine de ce qui se fait chez les Anglo-saxons ? Certaines des initiatives anglo- saxonnes sont-elles duplicables chez nous ?

Le colloque Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture, organisé à la Sorbonne début 2022 a révélé ce qui se passe à l’université et dans la recherche. Citons aussi l’Observatoire de la Petite Sirène, collectif franco- belge de professionnels de l’enfance, qui privilégie l’approche du primum non nocere (avant tout ne pas nuire) à « l’affirmation de genre ». Et le réseau Parents Vigilants, lancé par le parti Reconquête, qui s’oppose au wokisme à l’école. Les réseaux de parents qui se révoltent contre l’éducation du genre à l’école sont d’inspiration américaine. Toutes les initiatives anglo-saxonnes sont duplicables chez nous. C’est tout l’intérêt du livre !

Votre livre est empreint d’un certain optimisme. Pensez-vous que le combat anti-woke va être gagné ?
La révolution mange ses propres enfants, et le wokisme ne déroge pas à la règle, qui s’en est pris aux hommes pour protéger les femmes, puis aux femmes pour protéger les transgenres, aux hétéros pour protéger les homos, puis aux homos pour complaire aux trans’. Par ailleurs, c’est une idéologie si brouillonne qu’on voit mal comment elle résistera à une opposition construite. Le plus à craindre, c’est la passivité de la majorité. Le wokisme est habile pour terroriser ses opposants. Or une fois que cette idéologie pénètre les institutions, elle s’impose à tous. La violence de la guerre culturelle dans le monde anglo-saxon doit nous servir d’avertissement.

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