La philosophe américaine Susan Neiman ajoute son grain de sel dans le débat qui fait rage sur la nature du « wokisme » en tentant de tracer une frontière étanche entre la véritable gauche et ce virus qui l’aurait pervertie. Ce sont trois principes cardinaux de la gauche qui auraient été trahis : l’universalisme, une vision positive de la justice et la croyance au progrès, ne laissant derrière eux qu’un tribalisme nihiliste sans horizon de concorde ou de justice sociale, une lutte d’intérêts opposés qui congédie la réflexion sur le bien. Dénonçant l’influence intellectuelle de Foucault (et de Carl Schmitt !) chez ces militants qui prônent ouvertement une guerre entre « opprimés » et « oppresseurs » sans espoir de réconciliation, Neiman appelle la gauche à revenir à ses fondamentaux et à la recherche d’une utopie pour tous.
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À l’instar d’une certaine gauche républicaine française, elle prône une gauche des Lumières, qui voit au-delà des déterminismes, plus réformiste que révolutionnaire. Mais ce plaidoyer convaincrait davantage s’il ne se concluait pas, comme tant d’autres, avec la dénonciation d’une « extrême-droite » fantasmée pour appeler de ses vœux une union des gauches avec les wokes que l’auteur dénonçait pourtant depuis 150 pages. Ainsi, après avoir argumenté que wokisme et gauche n’ont rien ou presque en commun, Neiman prouve le contraire en voulant faire cause commune avec eux. Le wokisme demeure irrémédiablement un gauchisme.

Polity, 160 p., 22,60 €





