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Quand le wokisme s’immisce dans le monde de l’entreprise

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Publié le

15 juin 2023

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Un livre-enquête passionnant analyse l’immixtion de l’idéologie woke dans la sphère économique française. Et les conclusions sont inquiétantes.

On connaît bien désormais le wokisme et ses ravages sur la société, analysés par de très nombreux essais plus ou moins bons ces dernières années. Ce qu’on ignorait davantage (signalant tout de même Le Capitalisme woke d’Anne de Guigné), c’est à quel point la sphère économique est gagnée par ce mouvement en France – car on nous parle souvent des États-Unis, et nous fantasmons une résistance française – et selon quelles modalités. C’est désormais chose connue grâce à L’entreprise face aux revendications identitaires (PUF), un ouvrage novateur écrit par Brice Couturier, journaliste et essayiste français, et Erell Thevenon, docteur en droit et déléguée générale de l’Institut pour l’innovation économique et sociale (2IES). Grâce à de nombreux témoignages édifiants, cette enquête de fond est une véritable plongée dans les « entreprises qui relaient le mouvement identitaire victimaire, par leur stratégie commerciale, de communication ou leurs politiques internes ».

Le capitalisme woke

Mais quels intérêts les entreprises ont-elles à suivre ce mouvement sociétal avec un tel optimisme ? Leur motivation est d’abord économique : le wokisme est pour elles un nouveau « marché » sur lequel il leur faut s’implanter durablement. En effet, à travers le wokisme, elles cherchent à accroître le panel de sa clientèle, en s’adressant directement à ceux qui refusent les lois du « capitalisme » pour tenter de le rendre plus « inclusif ». Une fois pris dans l’engrenage « woke », le retour en arrière semble insurmontable. Le nouveau « virage » va attirer des militants wokes qui postuleront pour devenir employés dans la tech ou la communication. Ainsi, « certains en profitent pour pousser les sujets qui leur tiennent à cœur et dont le lien avec le cœur d’activité de l’entreprise laisse parfois songeur ». C’est un cercle vicieux. Cependant, l’appât économique est tellement conséquent que l’entreprise préfère prendre le risque.

Lire aussi : Les wokes passent à la casserole

Mais l’objectif n’est pas seulement économique, ou du moins qu’indirectement. À notre époque, être woke, c’est également « gagner en respectabilité » auprès de la « bien-pensance » et ainsi renforcer son image, ce qui leur permet et de vendre davantage grâce au marketing, et d’être « considérées comme des acteurs politiques » avec un véritable pouvoir. C’est ainsi qu’il faut comprendre la déclaration d’Alexandra Palt, directrice générale des affaires sociétales et environnementales de l’Oréal : « Les entreprises ont le devoir de contribuer à faire avancer, de manière proactive, un agenda politique progressiste. » On appelle ça faire de la politique par d’autres moyens – ce qu’a fait le grand capital américain en basculant côté Démocrate pour soutenir Joe Biden lors de la dernière présidentielle américaine.

L’entreprise à la mode goulag

Pour ce faire, les entreprises usent de nombreux subterfuges. Tout d’abord, certaines emploient l’écriture inclusive dont nous connaissons malheureusement les justifications idéologiques. Elles peuvent également organiser des « formations ou ateliers de sensibilisation » permettant une « rééducation culturelle » des salariés afin qu’ils se conforment aux objectifs idéologiques de l’entreprise. Une pratique d’autant plus scandaleuse que les intervenants sont pour la plupart de véritables militants politiques, à l’instar de Caroline de Haas, activiste féministe de gauche dont la boîte vend des « formations à l’inclusivité ». Ainsi, un cadre d’une entreprise française employé dans une filiale américaine témoigne : « Nous devions en passer par une formation obligatoire portant sur nos “biais inconscients” […] dont il était facile de deviner la réponse attendue ».

Elles peuvent également organiser des « formations ou ateliers de sensibilisation » permettant une « rééducation culturelle » des salariés

Le wokisme est aussi prégnant dans certaines pratiques managériales. Certaines entreprises, à l’instar des assurances AXA ou de la banque commerciale française BNP Paribas, allouent des congés payés aux personnes en train d’exercer leurs transitions de « genre » ou fournissent des « guides » promouvaient lesdites conversions aux salariés. Un autre témoin affirme :« Notre manager nous a réunis un jour pour assister en visio à l’interview d’une des associés du cabinet. Cette associée est une femme de couleur. Elle a l’un des plus beaux portefeuilles clients de l’entreprise. Au lieu de l’interroger sur son parcours remarquable […] le journaliste l’a questionnée sur la peine qu’elle éprouvait à être une descendante d’esclaves… »

Il existe enfin d’importantes pressions idéologiques pour conformer le produit final au « discours inclusif ». Par exemple, cette dessinatrice, Véronique, qui rapporte : pour « l’illustration d’un ouvrage d’un pédopsychiatre sur le développement de l’enfant, je dessine une femme enceinte et le fœtus à l’intérieur de son ventre. L’éditeur rejette le dessin au motif que la femme enceinte est une construction sociale. Je dois “dégenrer” mon “parent”. »

Universalisme ! Universalisme !

Il est vital pour la survie de notre civilisation de réduire à néant les thèses wokes, afin de ne pas nous faire avoir comme le « politiquement correct » qui, parti des mêmes universités américaines, a gagné l’ensemble de la société faute d’avoir été arrêté à temps. Un constat que partage Jean-Claude Mailly, l’ancien secrétaire général du syndicat Force ouvrière, pour qui l’entreprise doit être un sanctuaire : « L’entreprise ne doit pas être un lieu de débat ou d’expression religieux, pas plus qu’elle ne doit être un lieu politique. […] Nous avons des droits et des devoirs, mais la confusion génère des dérapages. »

Lire aussi : Rencontre au sommet (2/6) : face au wokisme

Quelles réponses alors ? Partisans du concept fumeux de « tenaille identitaire », les auteurs affirment que la seule arme crédible se trouve dans la promotion d’un discours « universaliste » : « L’universalisme comme un principe régulateur et non un acquis à préserver ». Pour contrer le wokisme, ils prônent un modèle d’ « entreprise universaliste » « dans laquelle les personnes sont appréciées en fonction de ce qu’elles font et non de ce qu’elles sont ». Soit. On craint toutefois que la promesse soit un peu maigre pour combler les cœurs.


L’ENTREPRISE FACE AUX REVENDICATIONS IDENTITAIRES, BRICE COUTURIER ET ERELL THEVENON
PUF, 216 p., 15 €

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