A voir ou à fuir, la semaine cinéma de L’Incorrect

@DR

Le grand retour de Martin Scorsese à la fresque mafieuse avec The Irishman, une plongée dans le monde de la spéculation immobilière dans le New York de 1950 dans Brooklyn Affairs et un excellent thriller rural français avec Seules les bêtes, que faut-il voir ou ne pas voir au cinéma cette semaine.

 

 

BROOKLYN AFFAIRS 

De Edward Norton. Avec Edward Norton, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin.

 

La spéculation immobilière et les tractations foncières occultes sont toujours au cœur des grands polars américains qui prennent pour décor les années 50, de Chinatown au Dahlia Noir, en passant même par Qui Veut la Peau Roger Rabbit : cette décennie qui a vu une poignée de villes se transformer en terrassantes mégalopoles, souvent au prix de nombreuses vies humaines, est la matrice à fantasmes du film noir. L’acteur Edward Norton caresse depuis 20 ans le projet d’adapter Les Orphelins de Brooklyn, de Jonathan Lethem, dans le New-York des années 50, sans doute pour montrer à quelle point notre époque moderne se réfléchit dans la mandature Eisenhower : toute puissance d’une poignée de banquiers frondeurs, complexité des montages fiscaux et évacuation des communautés les plus fragiles sont donc au menu de ce Brooklyn Affairs.

 


Réunissant un casting trois étoiles, parfois pour de simples caméos (Bruce Willis, Willem Dafoe, Alec Baldwin cachetonnent avec un certain entrain) Norton tente une reconstitution méticuleuse mais pas forcément naturaliste du New York de la fin des années 50, lui préférant une sorte de ligne claire savamment dosée, notamment par la photographie épurée de Dick Pope. Las, il n’échappe pas à l’idéologie hollywoodienne du moment, surlignant à grands traits un éloge du Black Lives Matter le long d’une série de portraits d’afro-américains qui frisent le cliché. Néanmoins, le script réanime avec succès toute une langue argotique des quartiers interlopes et le film ménage quelques beaux moments d’émotion, notamment grâce à la performance de Norton, détective fragile mais obstiné, aux prises avec un monde qui le dépasse et devant composer avec son syndrome de Gilles de la Tourette. Sa performance habitée, toutes en nuances, insuffle au métrage une discrète singularité. Au final, Brooklyn Affairs est un film soigné, parfois académique, qui prend le temps d’installer son ambiance et ses personnages : ce n’est déjà pas si mal.

Marc Obregon

 

 

 

THE IRISHMAN (Netflix)

De Martin Scorsese, avec Al Pacino, Robert De Niro, Joe Pesci 

Le nouveau film de Martin Scorsese est un projet de longue haleine commencé en 2008, qui dut souffrir de onze années de péripéties, notamment du rachat des droits de distribution pour 105 millions de dollars par Netflix en 2017. Le voici donc, enfin visible en France via la fameuse plateforme de streaming. Scorsese nous raconte le parcours criminel de Franck « The Irishman » Sheeran, un célèbre tueur à gages soupçonné d’avoir éliminé une figure mythique américaine : Jimmy Hoffa, qui dirigea le syndicat des conducteurs routiers de 1957 à 1975 et trempa aussi largement dans le grand banditisme.

 

Déployant un univers crépusculaire et ultra-violent, ce film représente d’abord le retour du duo gagnant Scorsese-De Niro, lequel s’est déjà illustré à huit reprises. L’intrigue alambiquée de ce catalogue de célébrités (puisqu’on y retrouve également Al Pacino, Joe Pesci et Harvey Keitel) a le mérite de nous tenir en haleine sans répit durant trois heures et demie. Un film diablement efficace à défaut d’être original.

Mathieu Bollon

 

 

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SEULES LES BÊTES

De Dominik Moll, avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Valeria Bruni Tedeschi

 

Une femme qui disparaît, cinq personnes liées sans le savoir et le causse en plein hiver comme terrain de jeu : le nouveau film de Dominik Moll (Harry un ami qui vous veut du bien, 2000) s’annonce comme un beau cadeau de Noël pour les amateurs de polar trouble. Chapitré et construit comme un puzzle, Seules les bêtes démarre en fait divers au réalisme glaçant avant de basculer dans un bizarre poétiquement glauque pour s’accomplir finalement dans le romanesque assumé.

 

 

Ces superpositions de récit aux tons différents mais parfaitement articulés entre eux offrent au spectateur une réjouissante partie d’échecs mais surtout une épaisseur supplémentaire à chaque personnage lorsque les scènes sont rejouées depuis une autre perspective. Seules les bêtes dépasse alors le thriller maitrisé pour devenir un portrait saisissant de ceux qui ne sont rien, ces ruraux isolés et abandonnés, qui se tiennent encore debout, mais à l’instar d’un fermier du film, scrutent le précipice.

 

Arthur de Watrigant

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adewatrigant@lincorrect.org

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