Killer Joe est surtout connu en France pour son adaptation magistrale par William Friedkin en 2011, avec un Matthieu McConaughey littéralement terrifiant en flic corrompu jusqu’à l’os, qui s’amuse à torturer une famille de white trash au prétexte d’une obscure histoire d’assurance-vie. Avant d’être un film, Killer Joe est une pièce de Tracy Letts, dramaturge qui s’est fait une spécialité de l’Amérique profonde. On était d’autant plus curieux de voir ce que pourrait en faire le metteur en scène Patrice Costa, en français dans le texte, tant Killer Joe semble indissociable de son méphitique terreau texan.
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Bizarrement, la greffe prend bien. Malgré quelques artifices de mise en scène un peu appuyés (un guitariste bluesy qui assure les intermèdes, un îlot de cuisine escamotable qui rappelle plus le dessin animé Jetsons que la Bible Belt), la pièce y gagne même une certaine ambiguïté grâce au jeu tout en nuances de Benoît Solès, qui évite de singer la monstruosité monolithique de McConaughey, préférant une interprétation tout en nuances – quelque part entre Goebbels et un petit chef de rayon en grande surface. Jusqu’à la fameuse et terrible scène finale dite du « manchon de poulet », qui fait brusquement taire tous les rires dans la salle. Si Friedkin, en grand sadique qu’il était, la faisait s’étendre sur presque 30 minutes (!) ici elle ne dure forcément que quelques répliques, mais elle y gagne en efficacité – mention spéciale à la géniale Pauline Lefèvre et à son abnégation de tous les soirs.
KILLER JOE, de Tracy Letts, adaptation et mise en scène de Patrice Costa avec Benoit SOLÈS, Rod PARADOT, Pauline LEFÈVRE, Olivier SITRUK, Carla MUYS. Au Théâtre de l’OEuvre (75009), du jeudi 9 octobre 2025 au dimanche 4 janvier 2026. Du jeudi au samedi à 21h, le dimanche à 18h.





