Certains clichés ont la vie dure. Notons celui qui voudrait que les avocats soient des moulins à paroles : assurément, Thibault de Montbrial n’est pas de ceux-là. Il serait presque pondéré, à force de choisir ses mots avec précaution, de les manipuler avec un soin d’entomologiste comme s’il s’agissait d’une espèce rare. Il faut dire que sa vocation première était tout autre : Thibault de Montbrial se destinait plutôt à la Grande Muette, ceci expliquant cela. Pas évident c’est sûr de trouver sa voie au sein de la famille Montbrial, entre un père politologue qui collectionne les décorations comme si c’étaient des capsules de bières, et une mère productrice de cinéma qui fréquente et inspire tout le gotha artistique des années 80. Le choix des armes, c’est donc un vrai sacerdoce, porté par un certain sens des réalités : « Je pense que j’ai été habitué par mon père à la haute exigence intellectuelle, mais que je tiens plus de ma mère, qui est une vraie pragmatique, qui a été chef d’entreprise et présidente de la Chambre syndicale des producteurs de cinéma. »
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Travaillé précocement par un fort sentiment patriotique, bercé par les récits du colonel Bigeard sur la guerre d’Indochine, le jeune Thibault intègre le 6e Régime parachutiste d’Infanterie de marine, malgré un problème de santé qu’il parvient à dissimuler… jusqu’au fatal retour du concret qui l’oblige à choisir une autre voie. Pas grave, il restera du côté de la défense : « L’avantage du métier d’avocat, c’est qu’on peut s’orienter vers le domaine qui nous intéresse le plus. J’ai créé mon cabinet pendant ma quatrième année de barreau, ce qui est précoce, mais j’avais cette urgence de me spécialiser – et notamment de défendre ceux qui défendent la France. »
« J’ai vu l’État à la manœuvre, qui battait le froid et le chaud, avec l’équilibre de la lâcheté et un soutien apparent » Thibault de Montbrial
Si le jeune avocat commence à faire ses armes sur le droit pénal des affaires, deux sujets s’imposent assez naturellement à lui dans cette France des années 2000 qui cahote tant bien que mal entre un mondialisme délétère et une identité vécue comme un fardeau : celui de la légitime défense et celui de la sécurité intérieure. « Au départ, j’étais simplement avocat de policiers. L’autre avantage de mon métier, c’est qu’on grandit en même temps que ses clients, alors il y a forcément un partage d’intérêts, de visions. » Montbrial prend vite conscience du mal-être qui règne chez les policiers, sommés de faire du chiffre tout en étant, par un réflexe quasi-pavlovien hérité du soixanthuitardisme, rangés forcément du côté des persécuteurs et des tueurs d’innocents.
En novembre 2016, il fera partie de la commission Cazaux-Charles destinée à repenser la légitime défense pour la profession, encore soumise au Code pénal comme n’importe quel citoyen – et alors qu’elle est régulièrement envoyée au casse-pipe. « Le déclic, se rappelle l’avocat, c’est l’année 2013, où j’ai été l’avocat de policiers qui ont été agressés à Trappes par le mari d’une femme en voile intégral. Le contrôle a mal tourné et a provoqué des émeutes extrêmement graves, avec pas mal de policiers blessés. La direction de la police m’a demandé de prendre ce dossier parce qu’il a été monté en épingle par les islamistes. Et là, j’ai vu l’État à la manœuvre, qui battait le froid et le chaud, avec l’équilibre de la lâcheté et un soutien apparent, mais en réalité derrière une très grande inquiétude où tout était fait pour que la victoire judiciaire des policiers ne soit pas trop écrasante… ».
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Là, c’est en observant le ballet des hypocrisies et des petits arrangements que Thibault de Montbrial prend la mesure de « l’abdication structurelle » qui semble régner au sein de la magistrature. Une abdication contre laquelle il est urgent de se dresser, a fortiori dans un pays qui semble glisser progressivement vers le chaos : les attentats de Charlie Hebdo, nouvelle étape franchie vers l’état de guerre, le décideront à épouser une voix plus politique et à créer en 2015 le CRSI – Centre de réflexion sur la sécurité intérieure. Véritable laboratoire d’idées dont l’ambition est de redonner à la France les moyens de sa défense, mais pas seulement : puisqu’à travers la sécurité intérieure, c’est toute l’idée d’une nation qui est en jeu – jusqu’à sa souveraineté même, jusqu’à la nécessité de rappeler son héritage culturel et religieux, attestant qu’un pays sans colonne vertébrale est voué à disparaître. Colonne vertébrale, force de frappe : pour ce catholique admirateur d’Epictète et de Cicéron, placé sous protection policière depuis dix ans à la suite d’un ciblage concret de groupuscules islamistes, le combat ne fait probablement que commencer.





