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Thibault de Montbrial : « La population d’Afrique subsaharienne est surreprésentée dans la délinquance »

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Publié le

26 avril 2023

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Avocat pénaliste au barreau de Paris, membre du Conseil d’orientation de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie et auteur d’Osons l’autorité, Thibault de Montbrial confirme le lien entre immigration et insécurité dans un entretien pour le moins inquiétant.
© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Pensez-vous que le projet de loi immigration proposé par le gouvernement permettra de lutter efficacement contre les problèmes liés à l’immigration ?

L’immigration est au cœur de différentes difficultés qui frappent très profondément le pays. Il est absolument nécessaire de revoir de fond en comble notre politique migratoire, et en particulier les conditions d’entrée, d’accès à la nationalité, de reconduite à la frontière et d’interdiction du territoire. Une remise à plat est indispensable. L’adaptation de la politique macroniste du « en même temps » à l’immigration ne peut pas plus fonctionner que dans les autres champs régaliens. D’un côté, le projet affiche une sévérité accrue sur certains points et comporte même des avancées techniques intéressantes; de l’autre, il organise la régularisation de fait de gens qui sont en situation irrégulière sur le territoire français. Le texte va donc créer un appel d’air.

Lire aussi : [Enquête] Comment l’UE veut imposer sa politique migratoire

Peut-on établir un lien entre la délinquance et l’immigration africaine ?

Cette réalité est constatée empiriquement par les professionnels sur le terrain, qu’ils soient policiers ou magistrats, et mesurée par des données chiffrées. Les derniers chiffres du ministère de la Justice sur les détenus sont sans appel: 25 % des personnes incarcérées sont étrangères alors que le taux d’étrangers en France est de 7,7 %. Les chiffres donnés par la préfecture de police de Paris concernant les violences de rue commises dans la ville lumière et dans la petite couronne convergent également vers ce constat. La population d’Afrique subsaharienne est surreprésentée dans la délinquance en France.

Les territoires perdus de la République existent-ils réellement ?

Oui, il y en a quelques-uns. Il ne s’agit pas, bien sûr, de villes entières mais plutôt de pâtés de maisons ou de petits quartiers qui peuvent être gouvernés de facto par la charia. La régulation sociale, les difficultés entre commerçants, les problèmes familiaux se règlent en marge des institutions de la République. C’est un phénomène ultra-minoritaire mais qui n’existait pas il y a vingt ans. On observe plus largement une gentrification musulmane avec l’apparition d’une classe moyenne qui revendique son adhésion à l’islam par ses références culturelles, sa manière de consommer et de s’habiller. Dans ces quartiers, les non-musulmans sont progressivement poussés dehors, non par la violence mais par l’extension de ce mode de vie prosélyte. Si vous n’avez plus de boucherie non-hallal dans un rayon de trois kilomètres, si tous les commerçants sont musulmans et que vous faites visiblement partie de la minorité de familles non-musulmanes dans le quartier, vous allez nécessairement finir par partir.

Comment lutter contre le communautarisme et la concentration de la délinquance dans certains quartiers ?

Le communautarisme aboutit à des comportements (même non-violents) contraires aux valeurs de la République. Même imparfaite, la loi dite « séparatiste » d’août 2021 a le mérite d’avoir introduit dans notre droit des mesures utiles, notamment en matière de contrôle des associations et des cultes. C’est surtout la première fois que l’État objective le risque qualifié de « séparatiste ». De ce fait, c’est un pas, petit mais historique, franchi dans la bonne direction. Je serai toujours favorable à des petits pas plutôt qu’à l’immobilisme.

« Il y a une gentrification musulmane avec l’apparition d’une classe moyenne qui revendique son adhésion à l’islam par ses références culturelles »


Thibault de Montbrial

Sur la question des quartiers gangrénés par une violence endémique et une délinquance ethno-territoriale, tous les outils existent déjà dans la loi. Il ne manque qu’une volonté politique sans faille de l’appliquer. Nous avons depuis 2017 un président de la République qui n’a aucune culture personnelle sur les questions de sécurité intérieure (police, justice, immigration), persuadé que la prospérité réglera les questions identitaires et que toute politique, y compris dans ce domaine, ne peut réussir que dans la balance de son fameux « en même temps ». Or, le champ régalien ne peut s’accommoder d’atermoiements.

Depuis l’été 2020, nous avons par exemple un gouvernement composé d’un ministre de l’Intérieur conscient de ce que je vous explique et d’un garde des Sceaux qui a été pendant 40 ans l’incarnation de l’inverse. Mais aucune politique de sécurité intérieure efficace n’est envisageable sans d’une part un attelage police/justice qui avance résolument dans la même direction, et d’autre part une chaîne de commandement qui soit marquée à son sommet par le courage politique d’utiliser tous les moyens prévus par la loi. Il ne s’agit donc pas tant d’une question de texte que de cohérence et de courage politique.

Si on lui en donnait les moyens matériels et législatifs, la police serait-elle en mesure de rétablir l’ordre ?

Si demain une chaîne politique homogène assumait depuis l’Élysée jusqu’aux préfets et aux procureurs de soutenir les forces de l’ordre dans l’application de la loi, la situation s’améliorerait inéluctablement. Il y aurait sans doute quelques résistances de la part de voyous surpris par ce changement, et l’exécutif devrait tenir bon face à une possible flambée de violence. Mais l’État a évidemment les moyens matériels et juridiques de reconquérir ces quartiers. Les délinquants sont des êtres humains comme les autres, ils sentent où se trouve la limite. S’ils perçoivent une force supérieure, ils s’adapteront et ce sera un soulagement, en particulier pour les habitants des quartiers en question. Cependant, il s’agit d’une question complexe, car les sources de tensions en France dépassent désormais la question de la délinquance: s’y ajoutent les facteurs ethniques, les tensions sociales, etc. Le climat est tellement explosif qu’une étincelle pourrait tout faire flamber.

Lire aussi : Boualem Sansal : « La France peut déjà ajouter du vert à son drapeau »

L’une des solutions efficaces serait l’arrêt de l’immigration, mais quelles sont les autres ?

Une politique migratoire intransigeante est un impératif absolu. Pour commencer, la France doit cesser d’être l’un des pays les plus attractifs du monde à cause d’une générosité insensée parfaitement mise en lumière par le récent rapport de la Fondapol. Par ailleurs, il nous faut enfin exécuter les OQTF en imposant aux pays d’origine la reprise des expulsés, en mettant notamment dans la balance les visas pour leurs classes dirigeantes. Et il faut dénoncer les accords de 1968 avec l’Algérie qui n’ont plus aucun sens. L’autre grand chantier, c’est le changement total de paradigme dans le domaine judiciaire. La justice doit être crainte par les délinquants. Les sanctions doivent être rapides et leur application ne faire aucun doute. Les délinquants, en particulier les mineurs, doivent mesurer qu’il existe un risque judiciaire réel dès la première infraction. Ce que notre système considère être de la bienveillance, les délinquants le considèrent comme de la faiblesse. Seule la restauration d’une autorité politique assumée aura une chance de corriger la trajectoire, très inquiétante, prise par notre nation.


Les étrangers sont 7,7 % en France mais représentent…

24,5 % des personnes incarcérées
17 % des homicides
14 % des coups et blessures volontaires
18 % des vols avec armes
30 % des vols sans violence
31 % pour vols violents avec arme
93 % des vols dans les transports en commun en Ile-de- France

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