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Tolkien: Le Seigneur des navets

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Publié le

18 juin 2019

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Tolkien

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Tolkien revient sur la jeunesse et les années d’apprentissage du génial créateur du Seigneur des anneaux. Orphelin, il trouve l’amitié, l’amour et l’inspiration au sein d’un groupe de camarades de son école, et puis la Première Guerre mondiale éclate, menaçant de détruire cette « communauté ». Un ratage XXL.

 

« Pour moi, trouver comment exprimer visuellement l’esprit d’un génie tel que Tolkien était l’un des plus grands défis. J’ai profondément creusé dans ses histoires et ses illustrations pour chercher à comprendre comment son esprit fonctionnait, comment il voyait le monde. Je voulais que ceux qui aiment ses livres puissent relier tout ce que l’on voit dans le flm à l’œuvre de Tolkien, mais aussi que ce soit si subtil que l’histoire soit tout aussi fascinante pour ceux qui ignorent tout de la Terre du Milieu. »  Explique le réalisateur finlandais Dome Karukoski.

Tolkien nous plonge au cœur de la Bataille de la Somme, durant la Première Guerre mondiale. Le lieutenant JRR Tolkien (Nichola Hoult) atteint de fièvre sillonne les tranchées sanglantes à la recherche de Geoffrey, un ami d’enfance, aidé par un soldat nommé Sam. Au-dessus de sa tête, les flammes surgissent avec la puissance d’un souffle de dragon. En plein délire hallucinatoire, levant les yeux, ce qu’il imaginait prend vie, il aperçoit des dragons crachant les feux de l’Enfer dans un paysage apocalyptique. L’ouverture donne le ton, mais c’est celui qu’on redoutait.

 

 

L’ambition de percer le mystère du grand écrivain se résume en effet en clins d’œil aux fans de l’adaptation de Peter Jackson, et des clins d’œil faits avec la finesse d’un bazooka pour flatter bassement le spectateur. Tout ici est pré-digéré : un fidèle compagnon nommé Sam, des Allemands grimés en Nazguls, des lance-flammes imitant les dragons ou encore cette scène où le jeune Tolkien emmène Edith, sa future femme, assister à L’Anneau du Nibelung de Wagner au cas où vous n’auriez toujours pas compris de quoi on parlait…

 

IMPUISSANCE ET MAUVAISE FOI

 

Si le film offre une photographie léchée et une reconstitution soignée de l’Angleterre du début XXe avec un soin fétichiste du détail, il se vautre par sa narration de biografilm primaire. Avec en fl conducteur l’idée que l’horreur des tranchées serait la principale inspiration de son œuvre alors même que Tolkien déclarait que le Seigneur des anneaux « ne fai(sait) pas référence à nos guerres modernes », le réalisateur use d’allers-retours temporels d’un académisme épuisant avec pour seule vocation d’illustrer une page Wikipédia.

Si sont introduits les épisodes fondateurs de la jeunesse comme le décès de la mère, les années à Oxford, la naissance de son club secret surnommé le « Tea Club and Barrovian Society » (TCBS) ou encore la rencontre avec Edith, c’est uniquement pour insinuer en permanence que l’imagination vertigineuse de l’écrivain s’ancrerait systématiquement dans des événements réels.

 

Lire aussi: Recours au poème

 

Cet aveu d’impuissance devant le mystère créatif de Tolkien devient peu à peu plus flagrant tant la mise en scène dépourvue de flamboyance offre un contraste avec la profondeur et la beauté des pages de l’auteur britannique. Pire encore, en omettant volontairement l’influence du catholicisme chez Tolkien, alors que le flm ne cesse d’abuser de raccourcis crétins et de connexions bourrines, le réalisateur rate probablement la perspective qui lui aurait peut-être permis de saisir la profondeur de l’œuvre. Mauvaise foi ou ignorance ?

La seule évocation de l’impact religieux se trouve chez le tuteur de Tolkien, le père Morgan, qui s’oppose à l’idylle du jeune homme avec Edith. Sinon par la caricature négative, donc, nulle appréhension d’une des inspirations fondamentales de Tolkien, plus prégnante que les liens maladroits que Karukoski tente en permanence. Ratage total.

 

Arthur de Watrigant

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