Skip to content

Traité de la vie élégante : Pas de politique à table

Par

Publié le

22 juillet 2019

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1563549516297{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

« Vous voyez, mon cher E., ce que je vous reproche, à vous autres conservateurs, c’est de ne pas faire confiance en l’homme, et de refuser de constater qu’il est devenu adulte… »

 

Depuis son ralliement à La République en marche, Chantal de S. n’était plus jamais en panne de lieux communs. Elle se servit une forte tranche de ce foie gras truffé qui faisait la gloire des dîners de Jean-Charles M., avant de reprendre sa démonstration :

 

– Tenez, vos fameuses règles de savoir-vivre, eh bien il y en a pas mal qui pouvaient se justifier jadis, quand presque tous les gens étaient analphabètes, superstitieux et prêts à s’étriper pour n’importe quoi, mais aujourd’hui ça ne rime plus à rien, entre personnes éduquées, habituées à débattre et à échanger.

 

Malgré un léger coup de coude de Lucien de S. qui était assis à sa gauche, E. décida de relever le gant que lui tendait la macroniste moitié de son ami.

 

– Mais à quelle règle pensez-vous, ma chère Chantal ?

 

– Eh bien, par exemple, à celle qui interdisait de parler de politique à table. Dans une grande démocratie adulte comme la nôtre, je trouve ça très « ancien monde », et même franchement ridicule, pour tout vous dire.

 

– Vous vous souvenez sans doute du merveilleux dessin de Caran d’Ache qui s’intitule je crois « Le dîner en famille », avec un premier temps où le patriarche déclare : « Surtout, ne parlons pas de l’affaire Dreyfus » ; et un deuxième où le dessinateur a simplement noté : « Ils en ont parlé », où de vieux birbes à bésicles étranglent furieusement des jeunes femmes, où les dames brandissent des carafes pour assommer leurs voisins, où les plats sont renversés, les verres cassés, les yeux pochés. C’est pour éviter ça que les manuels de politesse conseillaient sagement de…

 

– Enfin, E., c’était XIXe siècle ! Autant dire la Préhistoire ! On en a fait du chemin, depuis ! Sauf peut-être certains Gilets jaunes…

 

– Mais vous n’en êtes plus là, cela va sans dire, vous qui êtes manifestement supérieure à tous ces… gens ?

 

– J’ose l’espérer, approuva Chantal avec un demi-sourire perfide.

 

 

Lire aussi : Grand entretien avec Frédéric Rouvillois, conservateur en chef

 

 

– Et qui avez donc le droit de les regarder de haut ?

 

– Comme je le fais pour tous les extrémistes, sans exception, qui finissent d’ailleurs toujours par se rejoindre, c’est bien connu : j’avoue que je ne les supporte pas, je les trouve méprisables.

 

Chantal s’excitait toute seule. Pour se calmer, elle avala sans sourciller la moitié de son foie gras.

 

– Moi, j’ai bien ri quand ils ont décapité à Angoulême un pantin à l’effigie de votre Jupiter bien aimé ! lança Mathilde.

 

– Mais moins tout de même qu’en lisant le tweet de Benjamin Griveaux dénonçant un acte « lâche, raciste, antisémite, putschiste » ! ajouta E. en se tenant les côtes.

 

– Non, c’est pas possible, il a vraiment écrit ça ? s’esclaffa Zo’, déjà légèrement pompette.

 

– Mais… mais… enfin… – Chantal suffoquait de fureur – vous vous rendez compte qu’en disant ça, vous vous faites les… les complices de ces…

 

– Pour vous montrer l’étendue de mon crime, ma chère Chantal, je dois vous avouer que je suis allé à plusieurs reprises saluer les braves types qui faisaient le pied de grue sur les ronds-points. J’ai même goûté leur vin chaud.

 

– Comment ! Vous… ? Le ton de Chantal coïncidait maintenant avec son teint cramoisi. Autour d’elle, les gens commençaient à chuchoter.

 

– Mais le mieux, c’était la manif du 17 novembre, n’est-ce pas, E. ? Mathilde était sans pitié. Nous avons bien ri en enfilant les gilets jaunes par-dessus nos vestes de chasse ! Hahaha !

 

– C’est ce qu’on appelle la convergence des luttes, Gilets jaunes et Manif pour tous ! Les populistes et les conservateurs, prêts à déloger les forces du progrès !

 

– Mais taisez-vous donc ! Vous… vous devriez avoir honte !

 

– Allons Chantal, restez calme, nous sommes adultes, que diable, et au XXIe siècle…

 

– JE SUIS CALME, MAIS SCANDALISÉE QUE…

 

Frédéric Rouvillois

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest