C’est un peu hagarde, comme estourbie, que je contemple l’affiche. Sur un fond vaguement végétal, un King Kong mécanique regarde, courroucé, le pauvre humain que vous êtes. La bestiole est surplombée par un gigantesque robot tandis que se détache sur l’azur du ciel un aigle que l’on devine robotique. Et par-dessus tout ce bordel un vaisseau alien, doté d’une troublante ouverture, laisse s’écouler une non moins étonnante lumière dorée tandis qu’un couple d’abrutis trône au premier plan comme s’ils s’apprêtaient à faire la couverture d’un catalogue de voyage Thomas Cook.
C’est la foire aux clichés, une pâle resucée d’anciens « vrais » films pour un rendu final – hélas – bien plus proche d’une mélasse prédigérée que du pur velouté
« Les Autobots affrontent un nouveau groupe d’ennemis, les Terrorcons, dirigés par leur chef Scourge. Ils font également la rencontre des Maximals avec qui ils vont devoir s’allier pour affronter les Terrorcons ainsi qu’une menace encore plus grande : Unicron. » Vous n’avez rien compris ? Moi non plus ! Grosso modo, humains et robots s’allient pour contrer Unicron, une planète mangeuse de mondes… Alors pourquoi s’amuser à démonter la mécanique bien huilée de ce grand huit innocent basé sur un jouet américano-japonais commercialisé en masse dans les années 1980 ? Mais parce que ce navet interstellaire est symptomatique de la surenchère hollywoodienne qui s’effondre sous son propre poids à force de démesure ! Les sept films de la licence cumulent quasi cinq milliards de dollars au box-office alors même que les critiques s’érodent et chutent de 58 % d’avis positifs pour Transformers premier du nom à seulement 15 % pour The Last Knight (une pensée émue aux chevaliers de la chrétienté qui se voient ainsi revisités en semi-remorques pimpées).
Une mélasse prédigérée
Par ailleurs, nous sommes dans le divertissement pur et dur. L’idiot, le bête, l’infâme. Loin de la charge politique du premier Godzilla ou de la poésie un peu mièvre et naïve du King Kong de 1933. Nous nous en doutions, l’été pousse le genre à son acmé. Ici, c’est l’avènement sans partage du too much, une débauche de chrome scintillant sans profondeur ni sens intrinsèques (coucou Titane !). C’est la foire aux clichés, une pâle resucée d’anciens « vrais » films pour un rendu final – hélas – bien plus proche d’une mélasse prédigérée que du pur velouté. Pêle-mêle, nous avons : des ruines pseudo-précolombiennes, une jungle luxuriante à la Jurassic Park, un soupçon d’Indiana Jones… Et que penser de cette sexualisation des robots ? Parce qu’ici les machines sont non seulement dotées d’un humour qui donne la furieuse envie de se percer les tympans à l’aide d’une aiguille (tétanos compris) mais, en plus, elles sont genrées. Si, si ! Les machines possèdent un sexe et même un soupçon de rouge à lèvres ! Oh certes, elles ne copulent pas encore à l’écran mais attendez l’opus 8 ! Il me tarde de voir Optimus Prime s’emboîter (avec tendresse) dans Arcee.
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Tous épileptiques
Mention particulière à la VF qui est un hommage, à peine voilé, aux nanars des années 90. Les voix masculines se complaisent dans une gravité d’outre-tombe tandis que les féminines se font un devoir d’être plus niaises et godiches que jamais. Avec Dorothée herself dans le rôle d’Airzazor. Air qui ? Mais si… l’aigle sur l’affiche ! On le pensait viril ce symbole de l’Amérique mais c’était en fait un aigle femelle ! Prenons le féminisme là où il existe. Que retirer de ce qui n’est plus un film mais déjà un coffre à jouets ? Une montagne russe d’effets spéciaux qui, il faut bien l’admettre, font parfois péter la rétine et malmènent l’épileptique qui sommeillait en vous sans que vous ne le sachiez. Alors faut-il y aller ? Attendez le cross over avec GI Joe (véridique), et vous pouvez être sûrs de vous confronter à une abyssale expérience du pire.





