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Tribune des généraux : les Français approuvent massivement

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Publié le

29 avril 2021

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Alors qu’elle continue de secouer la sphère politico-médiatique, la tribune des généraux reçoit une très large approbation de la population d’après un sondage Harris Interactive. Une nouvelle preuve de la déconnexion grandissante des élites ayant condamné l’initiative d’avec l’opinion et les réalités du peuple français.
Lecointre

Bien aidée par les prises de parole gouvernementales, la polémique sur la tribune des généraux continue d’enfler, et le sondage d’opinion qui vient de paraître risque bien d’alimenter encore le tapage. Réalisé par Harris Interactive pour LCI auprès de 1 613 personnes, il révèle que 58% des Français « soutiennent les propos des militaires ». La médiatisation de cette tribune l’a fait largement connaître au sein de la population : 64% des Français interrogés en ont entendu parler et 38% voient précisément de quoi il s’agit. Plus intéressant encore, au-delà même du soutien à la geste des généraux, le constat qu’ils dressent est massivement partagé par la population française : 84% pensent que « la violence s’accroît de jour en jour », 86% considèrent que « dans certains quartiers, les lois de la République ne s’appliquent pas » et 73% estiment que le pays se délite. Enfin – et c’est sans aucun doute la donnée la plus édifiante – près d’un sondé sur deux (49%) se dit favorable à l’intervention de l’armée « sans qu’on ne lui en donne l’ordre ».

Lire aussi : Tribune des généraux : le gouvernement et la gauche rejouent l’antifascisme

Comme le laissait entendre le hashtag #soutienauxgénéraux qui a fleuri sur Twitter, les Français partagent donc massivement le constat de pourrissement du pays sur le plan sécuritaire et réclament un tour de vis. De fait, la question sécuritaire avec tout ce qu’elle implique (ordre, immigration, assimilation) a de grandes chances d’être la première dans la hiérarchie des problématiques pour la prochaine présidentielle, alors que les réactions du gouvernement prouvent son complet décalage avec la réalité du terrain et avec l’état de l’opinion. Ces chiffres ne sont pas sans rappeler un récent sondage sur l’électorat du Rassemblement national, montrant que ses opinions étaient partagées par près des 2/3 à 3/4 de la population française. Alors même qu’ils sont un sur deux à souhaiter une intervention militaire sans ordre – donc à être bien plus radical que ne l’est Marine Le Pen, seuls 35% des sondés considèrent pourtant qu’elle a eu raison d’inviter les militaires à la rejoindre, soit l’équivalent de son électorat du second tour. Indéniablement, elle continue de polariser l’opinion, volontiers contradictoire quand il s’agit de Marine Le Pen et rechignant encore à se ranger sous sa bannière. Elle n’en reste pas moins la grande gagnante de cette séquence politique, et la vulgate antifasciste mobilisée, presque burlesque, risque d’en pousser beaucoup à franchir le cap.

Des sanctions à venir pour les signataires

De fait, la hiérarchie militaire s’est mise en porte-à-faux avec l’opinion. Interviewé dans Le Parisien ce mercredi 28 avril, le général François Lecointre, chef d’État-major des armées, s’est dit « révulsé » de « lire un appel à l’armée d’active », quand bien même il a dû avouer que « le fantasme du putsch me paraît hors de propos. Il n’y a pas la moindre tentation de ce genre ». Il s’est fermement opposé à leur parole publique : « Je leur dénie le droit de porter un jugement sur ce que nous sommes ! C’est une tentative de manipulation de l’armée inacceptable. Si ces gens veulent s’exprimer, qu’ils le fassent en leur nom, sans mettre en avant leur qualité d’ancien militaire ou leur grade ». Prise de position étonnante, qui signifie donc que le général de Gaulle était illégitime à se faire appeler général et à porter l’uniforme dès lors qu’il s’était lancé en politique depuis 1940.

La majorité a refusé de se laisser dépeindre comme étant laxiste sur le plan sécuritaire, et a espéré en faire un moyen de réactiver le front républicain, alors que les récents sondages d’opinion ne cessent de documenter son étiolement

François Lecointre a ensuite annoncé des sanctions, alors qu’un recensement des membres actifs de l’armée est actuellement effectué – « 18 personnes en activité, dont quatre officiers ». « Je souhaite que leur mise à la retraite d’office soit décidée », ce qui signifierait leur retirer la qualité de général en 2e section. Après passage devant un tribunal militaire, des sanctions disciplinaires seront prises pour les membres actifs de l’armée. Une décision que risquent de ne pas goûter les Français : dans le sondage susmentionné, seuls 36% des Français considèrent que les militaires à la retraite doivent être sanctionnés, et 26% pour ceux qui ne sont pas encore à la retraite. Les Français soutiennent largement les militaires contre leur hiérarchie, et c’est pourquoi le site « Place d’Armes » a annoncé l’ouverture « d’un espace annexe où tous les civils qui souhaitent nous soutenir pourront s’exprimer et apporter leur soutien ».

Macron et la réactivation du front républicain

Le président Emmanuel Macron est indubitablement le grand perdant. Depuis plusieurs jours, il a mobilisé la quasi-totalité des membres de son gouvernement pour attaquer les généraux et Marine le Pen. Que (et qui) n’a-t-on pas entendu ces derniers jours ? « Une initiative qui n’exclut pas de se retourner contre l’État républicain » pour Jean Castex, « goût des bruits de botte » pour Gérald Darmanin, « maréchale en chef d’une armée de généraux à la retraite qui sont des factieux » pour Éric Dupond-Moretti, « sorte d’insurrection » pour Florence Parly, « [Marine Le Pen] ne peut pas s’empêcher de se jeter sur le premier embryon de putsch » pour Marlène Schiappa, « quarteron de généraux en charentaises » pour Agnès Pannier-Runacher.

Lire aussi : Axel Kahn : faites ce que je dis mais pas ce que je fais

Pourquoi donc pareille mobilisation de l’appareil gouvernemental ? Sans aucun doute, Emmanuel Macron a réclamé à ses troupes un fort martèlement médiatique, quitte à être en totale disproportion avec l’événement et le contenu de la tribune. Beaucoup ont souligné la méfiance du président envers l’ordre militaire, rappelant la séquence constitutive de son mandat que fut le remplacement du général de Villiers par le général Lecointre. Pourtant, il est fort à parier que la tribune serait restée inaperçue si elle n’avait pas été publicisée et politisée par Marine Le Pen. Tout à la fois, la majorité a refusé de se laisser dépeindre comme étant laxiste sur le plan sécuritaire, et a espéré en faire un moyen de réactiver le front républicain, alors que les récents sondages d’opinion ne cessent de documenter son étiolement. Cette semaine fut un test grandeur nature, et le petit monde politique a indéniablement suivi au petit pas : la gauche et le centre ont protesté comme un seul homme, et Les Républicains – sûrement trop divisés en interne, comme toujours – sont restés (lâchement) muets. Quelques appareils partisans jouent la comédie pour garder la maîtrise du champ politique, et ralentir un glissement plus qu’entamé dans l’opinion, qui tôt ou tard se traduira dans les urnes. Mettant une nouvelle fois l’accent sur la scission entre le peuple et ses représentants, ce dernier sondage risque bien de décrédibiliser ces vociférateurs aux yeux de l’histoire. Il faut du moins l’espérer.

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