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Une nouvelle traduction du Thursday de Chesterton

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Publié le

28 décembre 2020

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Marie Berne propose une nouvelle traduction de L’homme qu’on appelait Jeudi de Chesterton aux éditions de L’Arbre vengeur. L’occasion de découvrir ou redécouvrir le plus célèbre roman du génial écrivain anglais.

Quel est le sens profond du premier roman de Gilbert K. Chesterton The Man who was Thursday, paru en 1908 ? Personne ne peut le dire avec certitude, et c’est précisément ce qui le rend si intéressant à lire et relire. On le connaissait jusqu’à présent en français dans la traduction de Jean Florence, parue dès 1911 à la NRF sous le titre Le nommé Jeudi – traduction disponible dans l’édition la plus courante, celle de la collection « L’Imaginaire » chez Gallimard, avec l’impénétrable préface de Pierre Klossowski. Le livre a toujours rencontré un large succès chez nous, où il compte parmi les œuvres de Chesterton les plus connues ; il a même eu les honneurs d’une adaptation radiophonique sur France Culture en 1983, par Claude-Roland Manuel, avec Pierre Arditi, Julien Guiomar et Gérard Desarthe.

Comme toutes les traductions, celle de Jean Florence avait peut-être vieilli ; au bout d’un siècle, il n’était pas inutile de se repencher sur le texte original. C’est ce qu’a fait Marie Berne, une admiratrice de G.K.C., après avoir lu le livre en anglais lors d’un séjour à Londres, et n’avoir pas retrouvé le même enchantement dans la version française, entachée de certaines erreurs qu’elle évoque dans sa préface, sorte de mode d’emploi de son approche. Les anglicistes et les spécialistes d’études chestertoniennes débattront de la plus grande fidélité de sa version, et de ses choix de traduction (jusqu’au titre,  Le nommé Jeudi devenant L’homme qu’on appelait Jeudi) ; les amateurs, eux, se réjouissent de redécouvrir ce roman obscur et palpitant, considéré par Borges comme un chef-d’œuvre.

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L’histoire ? Compliquée à souhait, puisqu’elle repose entièrement sur le principe des faux-semblants. Le poète Gabriel Syme est introduit par un collègue, Lucien Gregory, dans une étrange congrégation clandestine d’anarchistes, composée de sept membres qui ont pour pris pour pseudonymes les noms des jours de la semaine. Gregory entend devenir l’un d’entre eux, Jeudi ; mais au dernier moment, il est doublé par Syme, élu à sa place. Sauf que ce dernier est un inspecteur de Scotland Yard, infiltré dans la société pour déjouer ses complots !

Tout est à peu près clair jusqu’ici, mais il apparaît bientôt que d’autres membres de la société sont infiltrés comme lui, et que personne là-dedans n’est ce qu’il prétend être… C’était une blague récurrente en France, au pic de la panique provoquée par les attentats dans les années 1890 : les anars étaient surveillés de si près que la moindre réunion d’anarchistes à Paris était généralement remplie de plus de flics infiltrés que d’anarchistes véritables.

Chesterton, partant de cette idée, en tire un thriller métaphysique improbable, riche de nombreux niveaux de lecture, imprégné de références religieuses et d’allusions à la situation politique et morale de l’Europe au début du siècle. Il y aurait des thèses à écrire, pour interpréter ce livre à fond – il y en a peut-être eu. Grâces soient rendues à Marie Berne et à l’Arbre Vengeur de nous donner une nouvelle occasion de lire ce texte étonnant, et de mettre ainsi en vedette le grand G.K.C., d’ailleurs bien servi chez nous depuis quelques années, avec la biographie de Rivière et les multiples traductions d’inédits.

L’homme qu’on appelait Jeudi de Gilbert Keith Chesterton (traduit de l’anglais par Marie Berne)
L’Arbre Vengeur, 298 p. – 18 €

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